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Mes frères et moi de Yohan Monca: un film poétique sur le passage à l’âge adulte

Quelle place l’art peut-il occuper dans une vie semée d’embûches ? Comment être un enfant, avec ses rêves et sa naïveté, quand la réalité vous impose de devenir un adulte avant l’heure ? C’est précisément ce qu’interroge Yohan Monca, dans son premier long métrage librement inspiré de la pièce de théâtre Pourquoi mes frères et moi on est parti… de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, en salle depuis le 5 janvier. Tourné à l’argentique, le film aborde donc l’enfance et le passage à l’âge adulte, questionne la masculinité et l’amour fraternel, le tout avec poésie.

Résumé : C’est le début des vacances d’été. Nour (Maël Rouin Berrandou), 14 ans, vit avec ses trois grands frères dans un quartier pauvre du sud de la France. Tous les quatre s’occupent de leur mère en soins palliatifs, qu’ils refusent de mettre à l’hôpital. Alors qu’il est contraint d’effectuer des travaux d’intérêt général, Nour doit repeindre un mur de son collège. Il tombe alors sur un atelier estival de cours de chant assuré par une chanteuse lyrique… 

Un enfant dans un monde d’adultes

Une fin d’après-midi sur la plage, une partie de foot sous les yeux d’un garçon… Alors que les touristes affluent, le spectateur rêve de partir. Le film relate l’histoire d’un enfant qui grandit. En pleine construction, Nour regarde le monde qui l’entoure entre précarité, maladie et délinquance. Un monde d’adultes dans lequel il semble baigner depuis longtemps, et pourtant, il l’observe avec insouciance. Mais ne vous y méprenez pas : insouciance ne rime pas avec naïveté ! Nour sait pertinemment que certains rêves lui sont interdits. A l’opéra – entouré de testostérone – il se cache derrière sa mère pour écouter Pavarotti. Alors, quand il tombe par hasard sur un cours de chant, c’est à peine s’il ose se montrer. Sa pudeur n’aura pas raison de son talent. Caché derrière le mur de son collège, il sort timidement quelques notes, le dos courbé et les mains croisées. Originalité du film : le quartier populaire sert de décor, et non de trame à l’histoire. Pour son premier long métrage, Yohan Monca traite la vie de quartier et sa violence sociale, physique et émotionnelle, comme simple fond ; sans cliché et avec ses codes. 

Un film qui interroge la masculinité

Évoluant dans un milieu où l’homme doit user de sa force physique, les personnages sont progressivement de plus en plus complexes. Qu’importe leur manière d’être un homme, qu’il s’agisse de porter le même slip jaune tout l’été, de vouloir coûte que coûte protéger les volontés de sa mère, de vendre de la drogue ou encore de chanter de l’opéra : les quatre garçons sont tous égaux face à leurs émotions. Ils rient, ils pleurent, ils s’aiment et ils aiment. La pudeur n’est que façade et on entre dans leur intimité dès lors qu’on franchit les murs ternes de leur appartement. Ce qui frappe surtout, c’est l’amour fraternel. Unis par celui de leur mère, mais pas seulement. Malgré une retenue apparente, les quatre frères s’aiment et cela crève l’écran. Dans ce contexte, l’art s’impose comme une nouvelle forme de virilité, car il est synonyme de puissance. On comprend que pour Nour, l’art permet de tout affronter et on le découvre en même temps que lui. L’art le rend maître de ses émotions quand le garçon chante et qu’il affronte le regard des autres, mais aussi quand il chante pour surmonter le deuil. C’est d’ailleurs, le seul des frères à ne pas pleurer dans les moments les plus difficiles du film.

De Pavarotti à Sefyu, la bande son participe à la dynamique du film

Nour baigne constamment dans un entre-deux entre le quartier et l’opéra, l’enfance et l’âge adulte, l’amour et l’agacement de ses frères. La bande-son quant à elle, permet d’accentuer cette dualité car elle rythme le film en cassant les moments prévisibles. Par exemple quand Hédi (Moncef Farfar) découpe ses plaquettes sur Molotov 4 en dansant avec légèreté, ou quand les frères roulent en scooter et qu’on observe au loin le quartier sur fond de Traviata… La bande originale du film, comme le format argentique et les touches d’humour (car oui, on rit beaucoup), apporte un peu plus de poésie à une histoire en somme un peu banale, un peu à la manière d’un Billy Elliot contemporain, mais sublimée par ses acteurs dont l’alchimie semble sincère. 


Source photo bannière : Ad Vitam

Ranine KL

Ranine Kezal

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