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Ce que leurs plumes en disent : « Black Boy » de Richard Wright, être Américain et Noir

Le 25 mai dernier, George Floyd prononçait ses dernières paroles. Maintenu au sol par plusieurs policiers blancs, cet Afro-Américain de 46 ans rendait son ultime souffle sous le poids de l’un d’entre eux, Derek Chauvin, depuis inculpé pour meurtre. Des millions de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre les violences policières. Dans cette lignée, On’ revient sur l’un des premiers romans écrits par un Afro-Américain traitant de ses conditions de vie : « Black Boy » de Richard Wright.

Si la mort tragique de George Floyd a fait le tour du monde, c’est parce qu’il est immédiatement devenu un symbole des violences policières aux États-Unis et ailleurs. En effet, malgré le contexte de crise sanitaire, des millions de personnes ont témoigné de leur indignation et de leur colère en se rassemblant dans la rue. Nombre de manifestations contre le racisme et les brutalités policières ont ainsi été organisées à travers le monde, remettant en avant le mouvement Black Lives Matter, qui existe depuis 2013 aux États-Unis et dont l’objet est de militer contre le racisme systémique envers les Noirs.

Quand dénoncer ne suffit plus

Face à cette mobilisation générale, de nombreuses initiatives appelant à l’action ont vu le jour, notamment sur les réseaux sociaux. La signature de pétitions en ligne, la publication d’un carré noir comme symbole du mouvement lancé par l’industrie musicale ou encore l’appel aux dons sont autant de marques de soutien qui se sont rapidement déployées, témoignant alors du besoin général de s’exprimer et d’agir. 

Toutefois, face à un événement d’une telle gravité, nombreux aussi sont ceux qui, démunis, se sont interrogés sur la bonne manière d’agir, sur la façon la plus pertinente d’apporter son soutien à la cause. Très vite, une clé d’action à la hauteur des moyens de chacun s’est démarquée : l’instruction. 

En effet, s’instruire sur le racisme systématique dont les personnes noires sont la cible mais aussi sur le privilège blanc est vite apparu comme essentiel afin de devenir un allié des victimes de discriminations. A cette occasion, On’ revient sur l’un des premiers romans écrits par un Afro-Américain traitant de ses conditions de vie : « Black Boy » de Richard Wright.

Richard Wright : l’écrivain engagé

Richard Wright a marqué son temps. Considéré comme l’auteur ayant ouvert la voie aux autres écrivains noirs, il ne cesse, tout au long de son œuvre, de dénoncer les humiliations subies par des millions de personnes en raison de la couleur de leur peau. A l’aide de sa plume engagée, l’auteur fait effectivement de l’égalité son cheval de bataille, témoignant au passage de sa volonté de rassembler deux mondes, celui des Blancs et celui des Noirs, afin de n’en faire plus qu’un. 

C’est avec son roman Native Son, publié en 1940, que son œuvre militante se fait connaître et le succès est immédiat. Plusieurs centaines de milliers d’exemplaires sont vendus en quelques semaines et Native Son devient ainsi le premier roman écrit par un Afro-Américain à intégrer la sélection du Book of the Month Club.  

Mais c’est cinq ans plus tard, avec la parution de « Black Boy », que Richard Wright connaît la consécration. Véritable phénomène mondial depuis élevé au rang de classique de la littérature, ce roman autobiographique revient sur l’enfance et la jeunesse de l’auteur dans le Sud ségrégationniste des États-Unis du début du 20e siècle.

Le récit d’une enfance ségréguée

Dans Black Boy, Richard Wright évoque ses premiers souvenirs d’enfance. Il raconte tantôt l’absence d’un père alcoolique, tantôt la présence d’une mère malade. Élevé par cette dernière dans l’État raciste et ségrégationniste du Mississipi, le jeune Richard se confie sur l’enfance difficile qu’il a vécue, entouré d’une famille bigote à l’étroitesse d’esprit effrayante. Son quotidien est ainsi ponctué de sentiments d’injustice et d’incompréhension, au sein même du cercle familial et en dehors, et de sensation de faim, dans un environnement où la misère et la pauvreté prédominent. 

Avec une écriture fluide et élégante, Richard Wright relate cette existence particulière où il n’a jamais eu la chance de terminer une année scolaire dans la même classe. Séparé de sa mère et de son frère, trimbalé de villes en villes et confié à des membres inconnus de cette famille ultra religieuse, l’auteur raconte comment il a dû se construire seul.

Dans « Black Boy », Richard Wright dévoile ainsi une partie des difficultés qu’il rencontre dès son jeune âge. Mais l’auteur ne se plaint jamais, il les accepte. Ce qu’il ne tolère pas, en revanche, c’est l’autorité et la discrimination des Blancs auxquelles il se trouve très vite confronté. En effet, l’enjeu principal de « Black Boy » est d’exposer et de dénoncer toutes les injustices réservées aux personnes noires dans un État américain ségrégationniste du début du 20e siècle. 

Véritable éveil à la réalité de la ségrégation vécue par Richard Wright dès son plus jeune âge, ce roman autobiographiquetémoigne des humiliations constantes, de la peur mais aussi du refus de soumission qui anime son auteur. Conscient qu’il peut mourir à tout moment pour la simple raison de sa couleur de peau, le jeune Richard ne laisse pas pour autant la crainte dicter son existence. 

« Black Boy » relate ainsi l’incroyable volonté d’un homme à changer son destin en luttant contre l’injustice, l’ignorance et les préjugés. Armé d’énormément de courage et d’une obstination sans faille, ce dernier opte finalement pour l’exil lorsqu’il comprend qu’il ne parviendra pas à transformer un système qui dysfonctionne complètement.

Redonner la parole aux personnes concernées

Si la lecture de Black Boy n’apporte aucun fait nouveau propre à cette triste période de l’histoire, elle permet néanmoins de sensibiliser à des problématiques qui trouvent encore leur pertinence dans l’actualité du 21e siècle. La lecture d’un tel ouvrage permet aussi de donner une voix aux principales personnes concernées pour parler des oppressions et des discriminations dont elles ont été ou dont elles sont la cible. 

En effet, trop souvent, la parole est monopolisée par des personnes blanches qui parlent au nom des personnes noires, ce qui a comme unique résultat de perpétuer l’oppression initialement dénoncée. Il est donc primordial de corriger cela en visibilisant les auteurs et autrices non-blancs et en lisant les innombrables œuvres produites par ces derniers et ces dernières.

Pour aller plus loin, On’ ne peut s’empêcher de recommander trois ouvrages coup de cœur écrits par trois femmes noires : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, L’Origine des autres de Toni Morrison et Tant que je serai noire de Maya Angelou. Bonne lecture !

Estelle Cocco

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