Le média qui initie, interroge et informe !

La certification Haute Valeur Environnementale (HVE) en débat

Implémentée en 2012, la certification agricole Haute Valeur Environnementale (HVE) suscite une diversité d’opinions, une palette de réactions allant de l’accusation de greenwashing à une critique sur la sévérité de ses critères environnementaux. Réunissant producteurs agricoles, défenseurs de l’écosystème et consommateurs, cette certification crée un véritable débat. Mais quels sont donc les éléments à l’origine de ces controverses ?

La genèse controversée de la certification HVE

L’instauration de la certification HVE (Haute Valeur Environnementale) provient du Grenelle de l’Environnement, mécanisme décisionnel à long terme encadrant les questions environnementales et de développement durable en France. L’objectif avoué ? Préserver la biodiversité, intensifier l’efficience énergétique tout en réduisant de manière concrète les émissions de CO2. Cette démarche encourageait fortement la certification comme méthode privilégiée pour favoriser la croissance d’une production et une consommation plus durables. De plus, elle défend l’idée de reconnaître les bonnes pratiques environnementales et sanitaires des agriculteurs dans leur travail quotidien, tout en répondant aux demandes des consommateurs en quête de produits sains et de qualité, et des citoyens qui appellent à des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

La certification HVE peut être obtenue soit par un agriculteur individuel, soit collectivement au sein d’une structure d’accompagnement comme une coopérative. Elle est volontaire et structurée en trois niveaux :

  • le niveau 1, qui nécessite uniquement le respect de la législation environnementale,
  • le niveau 2, qui valorise le respect de bonnes pratiques environnementales (biodiversité, usage phytopharmaceutique, fertilisation, gestion de l’eau) en accord avec les principes de l’agriculture raisonnable,
  • et le niveau 3, correspondant à la Haute Valeur Environnementale ou HVE.

L’introduction de cette certification, qui s’appuyait sur des propositions établies par France Nature Environnement (FNE), a suscité l’opposition de plusieurs acteurs clés du secteur agricole français (tels que les chambres d’agriculture, les instituts techniques, le syndicat agricole). Le point de discorde principal : une intensification des contraintes et des exigences environnementales. Le lobby agricole a mené une lutte acharnée pendant deux ans et est parvenu à assouplir les conditions liées à cette certification.

HVE et son positionnement : entre l’agriculture traditionnelle/raisonnée et le Bio (label AB, Eurofeuille)

Il existe deux façons concrètes d’accéder à la certification HVE :

  • La première option, dite thématique, est fondée sur plusieurs indicateurs de performance en matière de biodiversité, de politique phytosanitaire, de gestion des engrais et de gestion des ressources en eau. Cette voie est généralement facile à emprunter car l’indicateur de politique phytosanitaire peut être validé même si seule une portion de l’exploitation est libre de tout traitement et si le fermier met également en œuvre des alternatives aux traitements chimiques
  • La deuxième option, référencée comme une approche globale et synthétique, est basée sur des indicateurs de performance qui tiennent compte de la place accordée à la nature, avec au moins 10% de la structure de l’exploitation dédiée aux infrastructures agro-écologiques et une utilisation d’intrants ne dépassant pas 30%. Pour les grandes exploitations, ces critères sont généralement assez simples à atteindre.

Il est donc possible pour les agriculteurs déjà labellisés Bio (AB) de coupler cette certification avec celle de HVE pour mettre davantage en valeur leurs efforts concernant la préservation de la biodiversité et le maintien d’éléments naturels (haies, arbres, etc.) sur leur exploitation.

Il est à noter que les exigences de la certification HVE sont plus élevées que celles de l’agriculture traditionnelle ou raisonnée, qui repose fortement sur l’utilisation d’intrants en raison de l’intensification agrochimique, avec les conséquences environnementales que cela implique (contamination des cours d’eau, toxification des écosystèmes). Par exemple, HVE oblige à prendre des mesures pour la protection de la biodiversité et la gestion adéquate des ressources en eau. Néanmoins, HVE est bien moins rigoureux que le Bio. Ce dernier est régi par un cahier des charges défini au niveau européen, tandis que HVE est une simple mention de qualité encadrée par les autorités publiques. L’une des principales différences réside dans l’autorisation d’utiliser des engrais chimiques et des pesticides, dont les effets néfastes sur la santé (cancers, troubles neurologiques et immunitaires, infertilité) sont largement reconnus. Par ailleurs, la certification HVE ne comporte pas de normes relatives au bien-être animal.

Vers une défense plus active de l’environnement: opportunités et défis de la certification Haute Valeur Environnementale (HVE)

Sans surprise, la certification HVE ne fait pas l’unanimité. Pour certains, l’appellation “Haute Valeur Environnementale” devrait être exclusivement dévolue à l’agriculture biologique. Ces sceptiques dénoncent aussi une minimisation des normes HVE, confondues avec celles de l’agriculture raisonnée. Et bien sûr, cette certification est régulièrement scrutée pour son caractère concurrentiel avec la Bio. Cependant, toute l’agriculture française se doit de progresser vers des pratiques plus respectueuses de la planète, et l’HVE offre une reconnaissance valorisante à l’autonomie et à la polyvalence des exploitations agricoles. Il est intéressant de noter que nombre d’agriculteurs parviennent à produire en limitant leur empreinte écologique.

Le manque d’intérêt pour la certification HVE découle principalement de l’absence de stimulants économiques ou fiscaux tangibles. C’est pour cette raison que quelques structures envisagent l’implantation d’un marché distinct mettant en valeur des produits différenciés. « Cependant, une exploitation est certifiée, et non pas une méthode de production, comme c’est le cas en agriculture biologique. Produire en respectant l’environnement ne garantit pas automatiquement un produit de qualité », souligne la Confédération paysanne.

En outre, « la certification HVE est perçue par l’État comme un moyen d’imposer au monde vivant des standards provenant de l’industrie. En cherchant avant tout à sécuriser sur le plan hygiénique, la certification donne accès au marché et assure l’approvisionnement des entreprises avec des biocides (insecticides, fongicides, herbicides et antibiotiques) sans véritablement améliorer les pratiques agronomiques. Elle fait office de paravent aux risques sanitaires sous-jacents à l’industrialisation», ajoute Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir. C’est donc un potentiel danger de détournement de la démarche et de la certification par les secteurs en aval (restauration collective, industrie de transformation, distribution etc), instaurant de la confusion chez les consommateurs et « risquant de causer une concurrence injuste vis-à-vis des certifications reconnues, comme le Label rouge, l’agriculture biologique ou encore l’AOC.»

4/5 - (30 votes)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *