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Grossophobie : « Dans la rue, on peut m’arrêter pour me dire que je suis une aberration de la nature »

Victime de harcèlement de rue, Gabrielle Deydier a publié son premier ouvrage On ne naît pas grosse aux éditions de la Goutte d’or le 15 juin 2017. Elle témoigne aujourd’hui des remarques à caractère grossophobe qu’elle subit chaque jour et appelle les femmes grosses à décomplexer.

La grossophobie, mot inventé par Anne Zamberlan dans les années 1990 désigne toutes formes de discriminations « anti gros ». Dix millions de personnes seraient concernées par l’obésité en France. Les femmes en surpoids ou obèses sont souvent marginalisées par la société et subissent au quotidien une discrimination dans la rue, à l’embauche ou sur les réseaux sociaux.

Une violence verbale

« Vu comme elle est, elle doit pas baiser, elle doit être aussi serrée que ma sœur de 10 ans« ,  « Tu crois qu’il y en a beaucoup qui vont s’attarder sur toi comme je viens de le faire ?« , « Voilà la grosse » . 38 ans, 1m53 et 140 kilos, ces remarques, Gabrielle les entend depuis ses 11 ans.

« En cumulant le fait d’être une femme dans notre société actuelle et celui d’être une femme obèse, les gens se permettent de n’avoir aucun filtre« . Insultes dans la rue, regards insistants au supermarché ou gestes déplacés dans le métro, le manque de bienveillance s’étend partout. « Je me souviens d’une caissière qui m’a dit que je me faisais plaisir car j’achetais certains produits au supermarché ou d’une cliente qui m’a conseillé de ne pas acheter ce produit ».

La grossophobie, un tabou de la société

Souriante et pleine de vie, Gabrielle Deydier est obligée de changer son comportement dans la rue au risque de passer à côté de belles rencontres.

« Je suis sur la défensive dès que je vois un homme me regarder longuement, je me prépare au pire ».

Elle révèle dans son livre une vie d’horreurs et d’humiliations quotidiennes. D’autant que le harcèlement se ressentirait aussi au travail. Le taux d’emploi des femmes obèses serait inférieur de dix points à celui des femmes non obèses (71% contre 81%), selon une enquête Santé et Itinéraire professionnel (SIP) de 2010. « On m’a déjà demandé si mon quotient intellectuel (QI) était inversement proportionnel à mon indice de masse corporelle (IMC) », raconte-t-elle. La discrimination à l’embauche est souvent verbale mais peut aussi être physique. Gabrielle a subi une agression physique il y a quelques années. « Un ancien collègue m’a dit qu’il allait me violer car j’ai refusé ses avances », se souvient-elle, ajoutant « il m’a dit : les filles comme toi aiment qu’on les prenne de force« .

Une succession de violences verbales et physiques qui traduisent une réalité : la grossophobie. Une discrimination réelle « et non un fantasme » nous dit-elle. Cela va si loin qu’il est devenu difficile pour Gabrielle de trouver une colocation.

Une association pour lutter contre la grossophobie

L’association Allegro Fortissimo, créée par l’actrice Anne Zamberlan en 1989 lutte contre les discriminations dont sont victimes les personnes de forte corpulence. Selon Maud Hospital, membre de l’association, il est difficile de porter plainte et de faire valoir ses droits aujourd’hui. « C’est à nous, en tant que victime, de devoir prouver qu’on a subi une discrimination » et comme le dit Gabrielle, c’est parce que  « on considère que les personnes grosses sont responsables de leur état« .

à voir aussi sur YouTube l’interview Sorb’on de Gabrielle Deydier

Crédit photo : Youtube

Laura Laplaud

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