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Le Kremlin, un bar spécialisé dans la vodka

Sorb’on vous emmène à la découverte du Kremlin et de son alcool phare : la vodka, plus fin que sa réputation ne le laisse présager.

[Sorb’on tient à rappeler à ses lecteurs que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération] 

Alors que toutes les rédactions de mes collègues journalistes étaient occupés à commenter la vague de froid qui s’était abattue sur la France ces dernières semaines, aucun article ne mentionnait cet événement dans les colonnes de notre journal. Mais à peine ai-je pris la plume que j’ai reçu un appel de notre rédacteur en chef menaçant de me virer si je publiais un article digne d’une chaîne d’info en continu. Je pense qu’il a pris peur que Bolloré rachète notre canard, peur tout à fait justifiée au fond, vu l’état actuel d’i-Télé. Donc plutôt que de nous faire perdre quelques degrés (ainsi que de perdre mon emploi) j’ai décidé d’apporter un peu de chaleur. Quoi de mieux alors qu’un alcool qui réchauffe le cœur et l’esprit. Mais alors que je déambulais dans les rues parisiennes, une devanture m’apparut : le Kremlin. Un signe du grand Marx lui-même, il ne m’en fallut pas plus pour m’engouffrer en ce lieu.

A peine rentré, je suis frappé par le sigle CCCP (Союз Советских Социалистических Республик ou Union des républiques socialistes soviétiques pour les non russophones d’entre vous) présent sur le comptoir : il est maintenant certain que je me trouve en terre prolétarienne.
En m’approchant du bar, je remarque des portraits du camarade Lénine et du camarade Staline, exhibés un peu partout. S’ajoutent à eux des articles de journaux rédigés en alphabet cyrillique. Pour ce qui est du mobilier, ils ont décelé des banquettes usagées rouges et de gros canapés confortables en cuir. Un banc d’une église orthodoxe a même été retapé avec des ferronneries afin de le rendre plus solide. Cependant, plus je m’enfonce en ce lieu, plus la décoration me fait penser à l’idée qu’un Français se fait de la glorieuse Mère-Patrie. Serais-ce une ruse capitalisto-bourgeoise ? Hum, il me faut de ce pas vérifier cela auprès du camarade travaillant sur place en l’interrogeant sur l’alcool du peuple. Entretien avec Corentin, du bar le Kremlin.

Bonsoir Camarade, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Corentin, je suis manager du Kremlin depuis septembre. Ça fait trois ans que je travaille ici, épaulé par mon chef barman Hugo Combes et on fait équipe depuis un an.

NDA: Corentin n’est pas seulement manager, il bosse aussi derrière le comptoir.

Comment présenterais-tu la vodka à quelqu’un qui n’en a jamais bu ?

Petit topos historique. La vodka est considéré comme une eau de vie, qui a une base de céréales, de pommes de terre, de betteraves ou éventuellement de raisins. En fait, l’appellation vodka désigne le degré alcoolique et le mode de distillation qui va faire que ça s’appelle vodka.

Vodka en langue slave, « Voda » ça veut dire eau et « Ka » ça veut dire petit dans le sens affectueux du terme donc « petite eau ». Ce mot fut attesté pour la première fois aux alentours du 15ème siècle au moment où les pommes de terre et les céréales constituaient l’ensemble de ce que les paysans pouvaient trouver en grandes quantités pour leurs gnoles dans leurs coins.

Mais juste en termes de goût purs ou même de texture comment tu lui présenterais ?

Tu peux avoir des vodkas que l’on peut considérer comme plus corsées ou plus douces car tout dépend de la matière première. Par exemple, la pomme de terre produit de l’amidon qui apporte du sucre à la vodka ce qui va la rendre, plus douce, plus ronde contrairement à une vodka de blé qui va être un peu plus sèche, un peu plus brute de décoffrage.

Après pour quelqu’un qui ne connait pas réellement la vodka, il faut plutôt se diriger vers des vodkas aromatisées. Je pense qu’il faut y aller palier par palier

 Peux-tu m’en dire plus sur la manière dont on fabrique la vodka?

La vodka se produit par la macération de céréales ou de pommes de terre avant une distillation en au moins trois temps. On en extrait une essence que l’on mélange avec de l’eau. Dans les pays du Nord comme la Suède ou la Finlande, on mélange cette essence avec de l’eau des glaciers, ce qui va donner une vodka très pure. En France il y a une très bonne vodka qui s’appelle Pyla distillée sur du sable de la Dune du Pilat à laquelle ils y ajoutent de l’eau de source.

Un mot à dire sur la vodka française ?

Pour les vodkas françaises, les principaux lieux de distillations vont se trouver à Cognac, en Charente-Maritime et plus récemment, ça commence à se développer, dans la région de Champagne. Les vodkas françaises, il y a à boire et à manger. On a par exemple la Grey Goose et la Ciroc qui s’adressent plus au marché international avec une production industrielle et une forte communication marketing. Il faut se méfier des beaux flacons et des marques qui ont une force de frappe marketing, ça cache souvent quelque chose.

De fait en aurais-tu quelques-unes à déconseiller ?

En vodka française, Grey Goose et la Ciroc.  Il y a des produits plus intéressants.

Trouve-t-on l’équivalent des œnologues pour la vodka ?

Non, ça va être des Maîtres distillateurs. C’est pas la même appellation, après la vodka a un goût un peu moins complexe donc y’a pas besoin d’avoir un palais aussi développé que pourrait avoir un œnologue. C’est plus le Maître distillateur qui va déterminer quelle eau va le mieux convenir à quel type de céréales. Après, il y a des céréales d’hiver que l’on coupe au moment des moissons et qu’on laisse reposer tout le long de l’hiver et on le transforme en vodka que après.

En tant que barman, comment intègres-tu la vodka dans tes cocktails ?

Tour dépend de la base. La vodka, on la boit aussi sèche, mais également en infusion car c’est un alcool qui s’y prête beaucoup par son goût plutôt neutre. Donc ça va s’imprégner facilement. Nous on travaille actuellement avec du romarin, avec les agrumes ça fonctionnent bien aussi.
Donc soit on fait des infusions pour donner plus richesse au cocktail, soit on essaye de trouver la meilleure vodka en adéquation au goût que l’on veut donner au cocktail car chaque vodka a son caractère.

Toutes les Pubs ou les bars qui te vendent de la vodka gelée, c’est plus du marketing qu’autre chose ?

C’est pas du marketing on va dire que c’est une idée reçue. Déjà tu vas moins sentir le goût et moins l’alcool donc ça va mieux passer forcément. Mais nous ici on a une petite dizaine de vodkas que l’on met au congélateur parce qu’elles le méritent et qu’elles se servent comme ça. Mais la plus grosse partie se trouve en partie à 4-5 degrés.

La rencontre entre alcool et boisson énergisante comme le vodka-red bull est quelque chose d’assez rependu : à ton avis d’où vient cette popularité et comme Barman, quel regard portes-tu sur ce mélange ?

Je vais être un peu saignant. Le red-bull c’est de la merde et on va dire que, étant donné que ça a un goût de chewing-gum, ça peut sans doute permettre la réalisation des fameux shoots vodkas tagada ou vodka caramel. Après, ce type de mélange fait penser que la vodka a mauvaise réputation, en France tout du moins. Car c’est l’alcool de nos premières bitures, c’est pas cher en supermarché donc la vodka laisse dans l’inconscient collectif une mauvaise réputation. En mode : « Ouais, non, je me rappelle à 16/17 ans je me suis pris une biture à la vodka, j’en bois plus jamais ». Alors que c’est un alcool qui mérite, au même titre que le Gin qui est à la mode en ce moment d’être mis en avant. Il faut oser goûter les vodkas.

Penses-tu que cette vision soit spécifique à la France ? Dans l’hémisphère Nord ça se consomme moins ce genre de mélange ?

Ce genre de mélange je n’en sais rien. Après, il faut savoir que la vodka est l’alcool le plus vendu dans le monde au niveau quantité.
Après, nous faisons également ce genre de mélange, même si nous n’avons pas de red-bull. La seule boisson énergisante que l’on va avoir c’est du Club Maté (une boisson allemande). Donc entre guillemet une boisson plus naturelle, moins chimique et moins sucrée. Ici, si on nous demande un Vodka-energy drink on va vous servir un Vodka-Maté, ça se fait beaucoup en Allemagne.

As-tu un message en particulier aux hérétiques qui consomment ce genre de mélanges ?

On va pas être nazi, ni des ayatollahs donc on va laisser la liberté aux gens de faire ça, mais au Kremlin c’est interdit.

Notre lectorat étant composé principalement d’étudiants, que leur conseillerais-tu comme bonne vodka pas trop chère et facilement accessible dans le commerce ?

La moins chère que l’on va trouver et qui a un excellent rapport qualité/prix, d’ailleurs on travaille avec, c’est la Wyborova ; une vodka de seigle polonaise. Après, il y a la Rusian Standard qui est une vodka russe à base de blés, ce qui va la rendre plus sèche et plus corsée. Sinon le meilleur rapport qualité/prix, trouvable à Monoprix et n’importe où, c’est la Stolichnaya Rouge, qui est l’une des plus vieilles vodka faites en Russie, mais qui à cause des impôts est maintenant distillée en Estonie. Elle reste tout de même une vraie valeur sûre.

A contrario quelles vodkas déconseillerais-tu ?

Poliakov, Eristoff et tout ce qui finit en « off » ou en « ski ».

Un dernier mot pour nous, qui allons consommer de la vodka juste après cet entretien ?

Santé !

PS : Je précise que le Kremlin est un organisme apolitique et que peu importe vos opinions politiques tous seront servis de manière parfaitement égale.

Informations pratiques:

  • Adresse : 6 Rue André Antoine, 75018 Paris
  • Horaires : Tous les jours de 18H à 2H.
  • Métro : Pigalle (Ligne 2)
  • Page Facebook : Le Kremlin

Quentin Poirier

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