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« un trajet pour le patron et un pour l’ouvrier » : réalité ou mythe ? Salarié du BTP ou employeur, vous subissez heures non payées, indemnités confuses et risques de redressement URSSAF.
Ce guide clarifie les règles du temps de trajet, les spécificités du BTP, le calcul des indemnités et les recours possibles. Vous saurez quand un trajet devient temps de travail et comment contester une paie incorrecte. Première partie : règles générales du temps de trajet — définitions et différences patron/ouvrier.
Dans le langage courant, un trajet pour le patron et un pour l’ouvrier désigne une inégalité perçue entre dirigeants et salariés. Sur le plan juridique, la notion centrale reste le temps de travail effectif : le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et ne peut vaquer librement à ses occupations personnelles. Le trajet domicile‑chantier n’est pas, en principe, du temps de travail effectif.
Pour le secteur du BTP, la règle se nuance. L’ouvrier non sédentaire bénéficie d’une indemnité de trajet forfaitaire et, si nécessaire, d’une indemnité de transport pour frais engagés. L’employeur peut définir le point de départ (siège ou domicile), mais documentez ce choix et appliquez‑le à tous les salariés pour éviter un traitement discriminatoire.
Voici les scénarios fréquents en entreprise. Chaque situation change la qualification du temps et la rémunération due.
Le trajet direct entre le domicile et le chantier reste généralement non rémunéré comme temps de travail. L’ouvrier perçoit toutefois l’indemnité de trajet si le chantier constitue un lieu d’affectation mobile. Si le temps dépasse le trajet habituel, accordez une contrepartie en repos ou financière.
Si l’employeur impose le passage par le dépôt ou le siège, ce déplacement devient du temps de travail effectif dès l’arrivée au point imposé. Rémunérez le temps de trajet entre le siège et le chantier et mentionnez cette règle dans les consignes internes.
Lorsque le salarié conduit un véhicule de l’entreprise sur ordre, considérez ce temps comme du temps de travail effectif. L’indemnité de transport n’est pas due si l’employeur fournit le véhicule, mais la durée du trajet doit être intégrée au décompte horaire.
Pour plusieurs chantiers dans la même journée, retenez le chantier le plus éloigné pour le calcul des indemnités forfaitaires. Les déplacements inter‑chantier sont du temps de travail effectif et doivent être payés comme tel.
Les indemnités de petits déplacements reposent sur des zones kilométriques définies par les partenaires sociaux et l’URSSAF. Vérifiez annuellement les barèmes applicables à votre département et conservez les justificatifs des distances.
Appliquez le barème URSSAF ou le montant conventionnel si celui‑ci est plus favorable. Documentez le centre de référence (siège ou bureau régional) et la méthode de mesure des zones. Vérifiez si une majoration s’applique, par exemple pour véhicule électrique.
Exigez un registre des distances et tenez la paie à jour selon les barèmes. Voici un extrait indicatif :
| Distance A/R | Montant/jour |
|---|---|
| 0‑5 km | 1,03 € |
| 20‑30 km | 9,10 € |
| 50‑60 km | 18,20 € |
Calculez la somme mensuelle en multipliant le forfait jour par le nombre de jours présents sur chantier. Documentez toute dérogation et justifiez les choix pour un contrôle URSSAF.
Le non‑versement des indemnités ou la mauvaise qualification du temps de trajet expose l’employeur à un redressement URSSAF, au paiement des cotisations arriérées et à un contentieux prud’homal. Conservez les preuves : plannings, feuilles de présence, registre des distances.
Si vous êtes salarié, saisissez les représentants du personnel puis l’inspection du travail. Saisissez le conseil de prud’hommes si la situation reste non résolue. Pour l’employeur, auditez la paie, formez le service paie et mettez à jour les barèmes chaque année. Documentez et appliquez les règles de manière identique pour tous afin de réduire les risques. Respectez ces étapes et protégez votre entreprise et vos salariés.