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En gymnastique, les Russes, rois et reines de la discipline, manquent à l’appel

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les équipes masculines et féminines russes de gymnastique sont interdites de compétition. La Russie, géante indétrônable de la discipline, a donc brillé par son absence lors des championnats du monde de Liverpool, qualificatifs pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Les gymnastes n’ont donc pas défendu leurs titres mondiaux, laissant place à quelques surprises. Et si les principaux concernés s’insurgent de ce mélange injuste de politique et de sport, les sportifs ukrainiens y voient eux un excellent moyen de punir le Kremlin.

Pour le plus important des rendez-vous de la gymnastique artistique, les Russes manquaient à l’appel. Bannis des compétitions internationales – sous vives recommandations du CIO, le comité international olympique, – depuis le début de la guerre en Ukraine le 24 février 2022, athlètes russes et biélorusses se contentent depuis des compétitions nationales. De plus, la Russie n’accueille plus de compétitions internationales sur son territoire, raison pour laquelle la finale de la Ligue des Champions s’était tenue au Stade de France, et non à Saint-Pétersbourg, en mai dernier.

À l’étape française de la coupe du monde, aux Internationaux de France de Bercy, pas de Russes non plus. L’absence de cette nation, qui figure parmi les meilleures mondiales en gymnastique, a donc laissé place à des surprises sur les différents podiums de ces championnats du monde de gymnastique à Liverpool, au Royaume-Uni, du 29 octobre au 6 novembre.

Les athlètes russes soutiennent le Kremlin

Remontons d’abord au mois de mars 2022, alors que la guerre en Ukraine vient de commencer. L’Ukrainien Illia Kovtun, 19 ans, se tient sur la plus haute marche du podium de l’épreuve des barres parallèles ; il remporte aussi l’argent au sol et le bronze à la barre fixe. Sur la troisième marche de ce même podium se tient le gymnaste russe Ivan Kuliak, qui porte sur sa tenue de compétition la lettre « Z ». Ce symbole de soutien à l’armée russe provoque l’indignation des équipes ukrainiennes et de la Fédération internationale de gymnastique (FIG), car cet acte constitue une violation de ses codes d’éthique et de conduite.

Pour ce geste, le gymnaste russe âgé de 20 ans a été banni pendant un an et privé de sa médaille de bronze de la Coupe du monde. Ceci quelques jours avant que la FIG annonce bannir tous les gymnastes russes des compétitions internationales. Il n’est pas le seul à avoir affiché son soutien à l’armée russe puisque l’ex gymnaste Svetlana Khorkina, septuple médaillée olympique, a posté ce même « Z » sur Instagram quelques jours plus tard avec cette légende : « Une campagne pour ceux qui n’ont pas honte d’être Russes ». La gymnaste multi-médaillée Angelina Melnikova s’est elle aussi affichée avec le signe pro-guerre en mai dernier.

Durant les dernières compétitions internationales, les gymnastes russes avaient régné (presque) sans partage. Médaille d’or pour les équipes féminine et masculines à Tokyo en 2020, or individuel au concours général pour Angelina Melnikova – en l’absence de la championne américaine Simone Biles -, mais aussi argent au sol et bronze au saut de cheval lors des championnats du monde 2021. Côté hommes, le gymnaste Nikita Nagornyy avait décroché la médaille de bronze au concours général individuel et à la barre fixe à Tokyo, l’or mondial au concours général individuel en 2019, ainsi qu’au saut de cheval et au concours général par équipes. Rappelons que tout ce beau monde était déjà récompensé sous bannière neutre, dite « ROC » (Russian Olympic Committee), depuis 2020 en raison des accusations de dopages de la fédération russe.


Russes absents, podiums changeants

L’absence des Russes à Liverpool a donc laissé la place à de sérieux concurrents pour rafler des médailles lors de ces championnats du monde. Et ça n’a pas manqué : chez les femmes, la brésilienne Rebecca Andrade, déjà vice-championne olympique et quasi promise en or a remporté le titre de championne du monde, talonnée par l’américaine Shilese Jones (2ème) et la britannique Jennifer Gadirova (3ème). En équipe, l’absence de la Russie a aussi créé la plus belle des surprises : derrière la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, les Canadiennes se sont offerts le bronze, leur première médaille mondiale, devançant ainsi Brésiliennes, Italiennes, Chinoises, Japonaises et les Françaises, 8èmes et dernières de cette finale par équipe. Elizabeth Black, membre de l’équipe canadienne depuis plus de 10 ans, a prouvé que l’ancienneté était gage de réussite en s’offrant aussi le titre de vice-championne du monde à la poutre. La tricolore Coline Devillard, spécialiste du saut de cheval, a remporté la médaille de bronze sur cet agrès. Il s’agit de la première médaille mondiale d’une Française depuis 2009.

Chez les hommes, c’est la Chine qui est montée sur la plus haute marche du podium par équipe, devant le Japon et la Grande Bretagne. Les Français se sont classés 14ème par équipe. Le concours général individuel a laissé moins de place à la surprise : le règne impérial des Japonais se poursuit, avec Hashimoto Daiki et Tanigawa Wataru médaillés respectivement d’or et de bronze. Parmi les finales par agrès, on note l’or aux anneaux pour le turc Adem Asil et le bronze au saut de cheval pour l’Ukrainien Igor Radivilov, multi-médaillé européen et mondial à cet agrès.

(De gauche à droite) : le Philippin Carlos Yulo, l’Arménien Artur Davtyan et l’Ukrainien Igor Radivilov sur le podium de la finale du saut de cheval aux Championnats du monde à Liverpool. Source : Ben Stansall, AFP

L’équipe ukrainienne bataille pour concourir

Côté ukrainien, les équipes poursuivent leurs entraînements tant bien que mal et participent aux compétitions internationales. Début octobre, les championnats nationaux féminins s’étaient achevés en sous-sol où les gymnastes avaient passé huit heures dans un abri anti-bombes en raison des frappes de missiles russes sur Kiev. Pour participer aux mondiaux de Liverpool, l’équipe ukrainienne avaient dû effectuer deux jours de voyage pour se rendre en Pologne afin d’obtenir un visa anglais, faute de consulat Britannique en Ukraine à cause de la guerre.

Il y a quelques semaines, la championne ukrainienne de gymnastique Valeriia Osipova confiait que de nombreuses filles prometteuses de l’équipe nationale ont pris leur retraite à cause de problèmes physiques ou mentaux, causés par la guerre. La semaine dernière, l’Ukrainien Illi Kovtun portait un t-shirt d’entraînement avec l’inscription « Stop war » (« arrêtez la guerre ») sur le plateau des Mondiaux à Liverpool. Contraire au règlement, cette tenue lui a value un rappel à l’ordre selon L’Équipe. Mais elle résonne avec la phrase prononcée dans le film Olga (vivement recommandé), par un entraîneur russe qui rétorque à cette jeune gymnaste ukrainienne s’entraînant alors que s’embrase la place Maïdan de Kiev, en 2014 : « on fait du sport, pas de la politique ».

Sarah Krakovitch

Sarah Krakovitch

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