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HINA, déesse de la lune

Pour le deuxième article de cette série consacrée à la découverte de talents émergents, On’ a donné rendez-vous à HINA. Installées à la terrasse du Syndicat, nous avons échangé de longues minutes durant, bercées par l’effervescence de la rue du Faubourg Saint-Denis (ou par les cocktails particulièrement envoûtants qu’on nous a servis). Trêve de plaisanterie, On’ espère que cette rencontre vous donnera envie de rejoindre l’artiste ce soir, ou pour le reste de sa carrière.

Jeune auteure-compositrice-interprète de 21 ans, HINA est née et a grandi à Paris. C’est toujours dans la ville lumière qu’elle y développe son projet musical. À travers une musique qu’elle situe entre pop, électro et variété française, HINA raconte ses histoires à elle. Son premier single, « Rejoins-moi ce soir », accompagné de son tout premier clip, vient de sortir, le 21 octobre dernier, pour le plus grand plaisir de vos oreilles.

© Jade Druet/13h52

On’ : HINA, tu travailles à ton projet depuis un peu plus d’un an maintenant si je ne me trompe pas, mais la musique a toujours joué un rôle important pour toi. Quand as-tu découvert la musique et comment est-elle entrée dans ta vie ?

J’ai toujours fait de la musique de près ou de loin. J’ai fait quinze mille instruments, de la harpe, du piano, de la guitare, un peu de flûte…, mais je n’ai jamais accroché car je n’avais qu’une envie, c’était de
chanter. À partir de mes six ou sept ans, j’ai commencé à faire de la musique en prenant des cours de chant, puis des cours de comédie musicale. À 12 ans, j’ai pris des cours particuliers de chant et j’en prends encore aujourd’hui. C’est ensuite à 18 ans, avec le stage d’entrée aux Cours Florent Musique, que je me suis vraiment lancée en me disant que je voulais écrire mes propres textes pour parler de ce dont j’avais envie de parler.

Avant ça, j’ai commencé à faire des jams assez jeune. À 15 ans, j’entrais dans des bars en mentant sur mon âge pour monter sur scène. J’attendais donc deux heures, puis je montais sur scène et je faisais une chanson ou deux et je repartais, et ça a été les plus beaux moments de ma carrière.

On’ : Tu viens de le dire, tu t’es lancée très jeune avec des jams dans des bars. Quel rôle joue la scène pour toi ? Qu’est-ce que cela t’a apporté de commencer si tôt en performant devant un public ?

Je ne le réalisais pas à l’époque, mais ça m’a décomplexée de ouf, ça m’a appris le plaisir de la spontanéité. Quand tu montes sur scène, tu n’as qu’un seul moment : soit tu donnes tout tout de suite, soit c’est trop tard. Tes trois minutes, il faut que tu les vives à fond et donc tu testes tout : tu fais des fausses notes, tu gueules, tu danses mal, tu chantes mal, mais au moins tu essayes de connecter désespérément parce que t’as trois minutes pour avoir un retour de flamme avec un public qui n’est pas venu pour toi. Les jams m’ont donc vraiment appris à capter l’attention et à essayer de me démarquer en me disant : « maintenant c’est mon tour, comment je fais pour que tu me regardes, que tu kiffes et que je kiffe ». J’ai donc appris à aimer l’instant présent.

On’ : Dernièrement, tu as adapté « Back to Black » d’Amy Winehouse que tu as traduit en français et rebaptisé « Noir ». Quelle place ont l’écriture et la langue française dans ta musique ?

Il faut savoir que « Back to Black », c’est ma chanson de choix à chaque fois que je fais une jam. Et je trouve que c’est hyper important, quand tu chantes une chanson, de la sentir proche de toi pour pouvoir mieux l’interpréter. J’avais donc non seulement envie de rendre hommage à une artiste qui m’a donné envie de faire de la musique, et au-delà de ça, la réécrire en français, c’était la rapprocher de moi. Cette chanson fait naître quelque chose en moi, et j’ai envie que les gens le comprenne sans la barrière de la langue.

Et c’est d’ailleurs pour ça que je me suis mise à écrire en français, sinon j’aurais continué à écrire à anglais. Quand je chante en français, il n’y a plus de barrière entre vous et moi. Si je me donne, je me donne entièrement. Je ne passe pas par une autre langue. Quand tu passes par une autre langue, tu ne te comprends pas toi-même. Tu veux dire quelque chose, mais tu n’oses pas le dire vraiment, alors tu le dis en anglais. Ce qui peut être bien au début. Tu n’as pas envie de tout donner de toi et c’est un choix, mais moi je crois que j’ai envie de tout donner à mon art, à mes chansons. Pour qu’elles soient le plus proche de moi possible, il faut qu’elles soient dans ma langue maternelle.


On’ : Est-ce que c’est rassurant, ou au contraire impressionnant, de te lier à une artiste que tu apprécies ?

Je ne dirais pas que c’est pas rassurant. C’est émouvant, car c’est une artiste que je ne rencontrerai jamais puisqu’elle est morte. Avec « Noir », j’ai l’impression d’avoir mis ma pierre à l’édifice. Cette chanson, ce n’est pas juste une petite meuf qui l’a écoutée et qui l’a reprise. Elle m’a tellement touchée que j’ai eu besoin qu’elle soit un peu à moi aussi. J’ai eu besoin qu’elle m’appartienne. Je pense qu’un jour, je serais très touchée si quelqu’un reprenait, dans une autre langue, une de mes chansons.


On’ : L’amour est un thème central de ta musique que l’on peut notamment retrouver dans ton premier single « Rejoins-moi ce soir ». D’une manière générale, tes textes évoquent les sentiments ambivalents que l’on peut ressentir dans la vingtaine. Que raconte ta musique ?

Je pense que l’amour est une bonne métaphore de la vie. Tu renais quand tu rencontres quelqu’un, tu meurs quand tu quittes quelqu’un, et tout ce qui se passe entre temps, c’est la vie. Tomber amoureux, ce n’est pas juste tomber, c’est t’élever vers quelque chose de nouveau, tu grandis à travers d’autres. Il n’y a rien qui te fait plus grandir, selon moi, que les relations amoureuses. On ne peut pas nier que l’amour te fait faire des bonds dans le temps qui sont dingues : soit ça te fait ralentir, soit ça te fait accélérer. Tu fais des rencontres que tu n’imaginais pas, c’est très hasardeux. Et je pense qu’on est dans une période qui nous permet de vivre énormément de chose à travers l’amour. On n’est plus dans l’optique où on rencontre quelqu’un, on se marie et on passe notre vie ensemble.

Et donc forcément, moi qui ai vécu mes premières histoires d’amour très jeune, des histoires d’amour lourdes, ça m’a fait grandir et, à moment donné, je n’avais que ça à raconter car je m’étais tellement jetée dedans. Maintenant, ce n’est plus le cas et pour mon prochain projet je pense que j’en parlerai beaucoup moins, voire pas du tout, de l’amour. Mais là, c’était important de démarrer avec ça puisque c’est l’amour qui m’a poussée à faire ce que je fais.

On’ : Est-ce qu’on peut dire que tes chansons sont une sorte de journal intime de ta vingtaine ?

Je ne pense pas que ce soit un journal intime. J’ai essayé de romantiser au maximum ce que j’ai vécu pour avoir une belle conclusion. C’est une peinture de ce que j’ai vécu. Je m’en suis inspirée, mais tout n’est pas à prendre au mot, tout n’est pas complètement réel, et c’est ça qui est génial. Tu peux prendre des histoires qui te sont arrivées et les raconter comme tu en as envie. Le journal intime, je pense que ça viendra plus tard.

On’ : Entre paroles mélancoliques et sonorités électroniques, ton premier single est un véritable mélange de genres. Quelles sont tes influences ?

La plus grosse influence pour ce titre, c’était Daft Punk. L’album qui m’a le plus inspirée, c’est Tron. Je le trouve parfait dans ce côté éclectique, dans la vitesse, ce côté « je fonce ». Dans le film Tron, il y a d’ailleurs plein de motos, c’est un film qui est jeune, avec un côté jeu vidéo, et en même temps, c’est très orchestré. Il y a aussi eu The Weekend pour le côté plus moderne et pop. Pour les paroles, elles me sont vraiment sorties du cœur. Finalement, à part Daft Punk, ce sont beaucoup des artistes américains qui m’ont inspirée. J’avais envie d’avoir ce côté hit, un peu puissant. Tu vas au sport, t’as envie d’écouter ça et t’es prête à aller niquer des mères.

On’ : Ton premier clip est sorti une semaine après ton single. Raconte-moi l’histoire de ce projet. Est-ce que c’est toi qui l’a imaginé ?

On n’avait pas de budget, on avait juste de quoi louer le matériel. Les gens l’ont donc fait totalement bénévolement, et je les remercie encore une fois du fond du cœur parce qu’ils ont cru au titre. Le clip a été produit par Trois Six Zéro qui ont été adorables. C’était mon premier clip, donc ça a été très intimidant. Je n’avais jamais vraiment été face à une caméra où je suis le sujet. Au départ, je voulais simplement apparaître en tant que narratrice. J’aime bien l’idée d’être narratrice de quelque chose et pas forcément actrice. Mais finalement, c’était assez bien de me pousser à être actrice du projet, parce que
pour ton premier clip tu es obligée d’être identifiable à l’image. Et en même temps, je suis quand même attachée à l’idée que je serai un jour narratrice d’un truc, mais plus tard. Pour l’instant, je trouve ça cool. À 21 ans, c’est le moment où tu penses à toi, où tu as envie d’être au centre de quelque chose.

Je n’ai pas écrit le clip même si j’avais une idée assez précise. Je voulais une moto, c’était le clin d’œil à Tron qui a inspiré la chanson. Je voulais vraiment avoir ce côté vitesse, ce côté sensuel. On est passé par plusieurs idées de scénarios mais avec toujours la moto et l’idée de vitesse au centre, de spontanéité, de brut. C’est un clip qui est aussi très parisien, parce que cette chanson, je l’ai écrite à Paris. J’avais donc besoin de me recentrer sur les bases de ce projet : la vitesse, le besoin que ça avance, la précipitation, l’urgence. Je trouve que c’était cool de mettre une moto dans Paris qui est une ville qui est constamment dans l’urgence.

Au final, ça a été deux nuits de tournage intenses jusqu’à quatre heures du matin avec ma manageuse Alexa qui est restée les deux jours jusqu’à quatre heures du matin et que je salue bien bas. Donc bref, urgence et zéro budget.

On’ : Tu n’as donc pas réfléchi seule à ton projet. C’est important pour toi d’être entourée d’une équipe pour faire de la musique ?

C’est un avis personnel, mais je pense que l’on a besoin d’être entouré quand on fait de la musique. J’ai fait de vraies rencontres artistiques, qui ont un peu joué le rôle d’un psy dans le sens où a travaillé ensemble à un projet commun. Je travaille avec Before Management, c’est avec Noctua que j’ai fait ma première résidence créative, etc. Et c’est à partir de ce moment-là qu’on a posé des mots sur le projet et qu’on a compris que je faisais de l’électro-pop. Mon projet grandit avec moi et avec les rencontres que je fais. Je pense donc vraiment que c’est bien d’être entouré car ça permet de produire un discours sur son projet et de s’entraîner à en parler. Plus je dis mon projet, plus j’y crois.

On’ : On a pu le voir dans ton clip, la nuit est un élément omniprésent de ton univers. Qu’est-ce que cela symbolise pour toi ?

Je m’appelle Hina, ce qui veut dire « déesse de la lune » en tahitien. Mes parents m’ont appelée comme ça parce que je devais naître un soir de pleine lune. Finalement, j’ai eu une semaine de retard et je suis née à minuit pile. L’infirmière a demandé à mon père s’il préférait le 10 ou le 11, et il a trouvé que c’était plus beau de commencer une journée que d’en finir une. Tout ça pour dire que j’aime bien l’idée que ma vie devienne un projet, je crois que ça ne pourrait pas être autrement. C’est un hommage à mes parents : « vous avez créé plus qu’une personne, vous avez créé un vrai projet et ce projet, ça va être ma musique ».

Et aussi, jeune, j’adorais la nuit. Je me disais que le jour où je pourrais sortir la nuit sans rien demander à personne, c’est le jour où je serais libre. J’avais donc envie de la mettre au centre de mes titres, parce que l’époque où j’ai commencé à écrire ces sons, c’est l’époque où je pouvais sortir quand je voulais et il y avait vraiment un côté libérateur. C’est vraiment cette ode à la jeunesse et à la renaissance à l’âge adulte que je veux transmettre.

On’ : Ce n’est pas un secret, de nouveaux artistes émergent tous les jours sur la scène musicale. Comment te positionnes-tu par rapport à ce qui se fait aujourd’hui ? Qu’as-tu à apporter à la musique et à la scène électro-pop française ?

Je trouve déjà très cool de faire partie de ça. J’ai toujours été quelqu’un qui me sentais extrêmement seule, et l’idée de partager et de porter quelque chose de plus grand que moi, qui est la musique, je la trouve magnifique. Je ne suis pas obsédée par l’idée de faire quelque chose de différent parce que je pense qu’à partir du moment où tu es quelqu’un, tu es différent et tu vas proposer quelque chose de différent. Une Angèle ne fait pas du Juliette Armanet, une Juliette Armanet ne fait pas du Kalika, une Kalika ne fait pas du Mylène Farmer, etc. Je pense donc déjà qu’il faut se rassurer avec cette histoire « d’apporter quelque chose de différent ». En fait, je m’apporte moi et c’est déjà tellement assez. Je pense que le plus important c’est de rester hyper proche de soi et de ce qu’on a envie de faire, et à partir de là c’est sûr que ce sera différent parce que personne ne pense comme toi et personne n’a envie de faire comme toi.

Ce que je veux apporter de différent, c’est donc juste ce côté brut, sincère, qui n’est pas non plus trash. J’essaie vraiment de trouver le bon entre-deux entre brutalité et douceur et du coup de faire quelque chose de poétique, j’essaye toujours d’être dans la métaphore. J’essaye surtout de tout le temps garder en tête que je ne fais pas de la musique pour moi. Je fais de la musique parce que ça appartient à quelque chose de beaucoup plus large et parce j’ai envie de parler aux gens.

On’ : Ton plus grand rêve musical ?

Mon plus grand rêve lié à la musique, c’est d’avoir suffisamment de détermination pour pouvoir me poser et faire exactement ce que j’ai envie de faire. Et après, j’ai vraiment envie d’en arriver au point où je peux faire des stades de France. J’ai envie de faire des énormes concerts, et en même temps j’aimerais pouvoir faire ressentir les mêmes choses aux gens que je sois dans une salle de cinq personne ou une salle de 10 000, 20 000, 30 000 personnes. Je veux pouvoir chanter n’importe où, n’importe quand et que mes chansons aient du sens. J’espère aussi que mes chansons survivront dans le temps. Tout en restant humble, j’ai quand même très envie de laisser une trace (rires).

Estelle Cocco

Estelle Cocco

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