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Élections en Italie : un renouveau eurosceptique ?

Alors que les populismes s’imposent en Europe, On’ vous décrypte ce phénomène dans une série de quatre articles. Le 25 septembre, la coalition formée par le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia avec la Ligue de Matteo Salvini et le parti de Silvio Berlusconi Forza Italia a remporté les élections législatives. Pour la première fois, un parti d’extrême droite accède au pouvoir dans un pays fondateur de l’UE.

Crédit : ALBERTO PIZZOLI, AFP

Au cours du mois de septembre, la Suède, et l’Italie ont élu de tout nouveaux gouvernements de coalition, avec à leur tête des partis nationalistes d’extrême droite. Giorgia Meloni, du parti Fratelli d’Italia, a particulièrement fait son effet en Europe. Sur les réseaux sociaux, un clip de la dirigeante datant de ses jeunes années militantes, la montrait affirmant que Mussolini avait été un « bon politicien », et que ce dernier avait « accompli beaucoup de choses ». De quoi inquiéter les voisins de l’Italie sur l’effet que pourrait avoir le parti de Meloni, régulièrement qualifié de « nostalgique du fascisme », « post-fasciste », ou, tout simplement, « fasciste ».  

Fratelli d’Italia et les Démocrates de Suède siègent tous deux dans le même groupe parlementaire à Bruxelles, celui des Conservateurs et réformistes européens (CRE). Actuellement composé de vingt-trois partis membres, dont le Droit et justice polonais, et le Vox espagnol, les CRE s’autodéfinissent comme appartenant à la droite nationaliste, critique du fédéralisme européen. Meloni reprend d’ailleurs régulièrement la notion d’une « Europe des nations » prônée par Viktor Orban dans laquelle la souveraineté nationale de chaque pays membre pèserait plus lourd que n’importe quelle directive européenne. Bien que leurs partis ne soient pas associés au Parlement européen, le dirigeant du Fidesz est proche de Giorgia Meloni depuis plusieurs années, et a été un des premiers à la féliciter de sa victoire sur Facebook. Un de ses conseillers politiques, Balázs Orbán, tweetait même : « Plus que jamais nous avons besoin d’amis partageant une vision et une approche communes de l’Europe ». 

Mais la victoire de Meloni signifie-t-elle que l’un des pays fondateurs de l’Union européenne s’apprête à rejoindre les rangs du « problème » hongrois ? Fratelli d’Italia appartient certes au même mouvement d’une droite populiste et ultra-conservatrice, centrée sur la lutte contre l’immigration. Mais, les positions de Giorgia Meloni sont cependant clairement favorables à l’OTAN et à une réponse unie de l’Europe envers la Russie, contrairement au gouvernement de Viktor Orban qui continue de se prononcer contre les sanctions européennes. « Avec nous au gouvernement, l’Italie ne sera jamais le maillon faible de l’Occident« , rassurait Meloni le 19 octobre 2022, en réponse au scandale provoqué par son allié Silvio Berlusconi, qui avait dit avoir « renoué » avec Vladimir Poutine. 

Mais cela ne fait pas de la dirigeante italienne une europhile. Tout comme le Fidesz, les Démocrates de Suède, le parti Droit et justice polonais, Vox en Espagne, ou encore le Rassemblement national français, Fratelli d’Italia se présente comme une réponse aux gouvernements libéraux pro-européens. En Italie, la victoire de Meloni est également vécue comme la défaite du modèle européiste libéral de son prédécesseur Mario Draghi.

Cela aurait-il de quoi inquiéter les gouvernements européistes au pouvoir dans le reste de l’Europe ? Emmanuel Macron et Olaf Scholz étaient idéologiquement proches de Draghi. En juin, un cliché du trio dans un train en direction de Kiev les montrait en alliés, se voulant porteurs de la cohésion européenne face à Moscou. La France et l’Allemagne regardent désormais d’un œil méfiant la coalition en cours de formation dans la troisième force européenne du pays. Giorgia Meloni s’est pourtant dit prête à collaborer avec Bruxelles, et pour cause. L’Italie, très endettée depuis la crise du Covid, est une des bénéficiaires principales du plan de relance européen. Sur les 800 milliards d’euros promis par l’UE pour mener à bien des réformes, Rome s’apprête à recevoir 200 milliards d’euros de prêts et subventions à taux réduit. Et Meloni ne peut pas se passer des fonds européens si elle veut sortir l’Italie de la crise. Impossible alors de risquer de recevoir des sanctions européennes en s’opposant trop fermement à Bruxelles. 

L’Italie est souvent présentée comme étant le « laboratoire politique » de l’Europe, annonciatrice de tendances qui gagneront bientôt le reste du continent. Quelles leçons tirer alors de la victoire de Fratelli d’Italia, arrivée en tête d’une coalition rassemblant 43% des voix ? Depuis une dizaine d’années, l’influence de partis d’extrême droite a explosé sur le continent. Mais c’est la première fois que l’un d’eux accède au pouvoir dans l’une des économies majeures de l’Union. Dans l’opposition entre partis libéraux et partis issus de l’extrême droite, certains observateurs voient la victoire de l’ancienne nostalgique de Mussolini comme la première étape d’un virage vers le nationalisme à l’échelle du continent. Mais celle-ci n’a pas encore été nommée présidente du Conseil italien, et les conclusions à tirer de son ascension au pouvoir dépendront de sa gestion de la crise qui secoue son pays.

Magdalena Hervada

Magdalena Hervada

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