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On’ s’évade à Cannes #2 : Rebel [Critique]

Pour leur premier film Hors Compétition à Cannes, le duo belge-marocains Adil El Arbi et Bilall Fallah frappe fort avec Rebel : véritable tour de force en matière de mise en scène et d’innovation cinématographique. Présenté en séance de minuit, les deux cinéastes nous embarquent dans une plongée en plein cœur d’une Syrie aux mains de l’État Islamique.

De Molenbeek à Raqqa

Kamal (Aboubakr Bensaihi) vit de reventes de drogue dans un quartier pauvre et criminel de Molenbeek, une petite ville belge en périphérie de Bruxelles. De ces quartiers délaissés par l’État et les collectivités territoriales naissent des réseaux qui profitent de cette pauvreté pour essayer, par une organisation méthodique et des techniques aguicheuses, de recruter des hommes pour un voyage en Syrie. Les réalisateurs ont voulu « raconter à quel point le djihad pouvait sembler romantique et héroïque à première vue, et comment la religion est utilisée comme une arme ». Car si tout esprit sensé distingue la foi de l’utilisation de la foi à des fins politico-militaires, la dimension de séduction des recruteurs de l’EI est souvent occultée. Le public cinéphile en général et le public cannois en particulier ne peut penser tel que le pense un jeune de quartier qui pourrait se laisser séduire par cette idée honorifique d’aller « tuer Assad, ce chien d’Assad ».

Alors qu’il vit dans son quartier, Kamal va progressivement se laisser influencer par un recruteur (Fouad Hadi), qui va l’emmener sur la route vers la Syrie. De la tragédie personnelle découle une tragédie familiale, qui par ricochet va emmener son jeune frère à le suivre sur la route de la mort. La caméra à l’épaule, le bruitage de guerre et l’absence d’envie de « faire cinéma« , en utilisant par exemple un sound design trop fort, fait de ce film une puissante fable réaliste qu’il faut montrer à toutes celles et ceux qui, par négligence ou par facilité, confondent l’islam et l’islamisme… et plus généralement la foi des hommes. 

Le corps et l’esprit

S’ils ont fait leurs preuves dans des réalisations de films d’actions (GangstaBad Boys for Life), Rebel n’a rien du film sensationnel qui viendrait chercher une émotion factice par un procédé cinématographique exacerbé. Les interludes musicaux allant des sonorités arabiques aux scènes de rap et qui demeurent en dehors de l’espace-temps narratif, démontrent l’envie des co-réalisateurs d’élargir leur cinéma. Rebel ajoute le corps des soldats tués et des villes bombardées à l’esprit d’un contrepoint sonore anamorphique – séquence où le médecin met de l’opéra au moment d’un bombardement -, tout cela avec justesse, élégance, et rythme. Une claque, un coup de poing dans la gueule ; un poème, une innovation… Rebel est tout cela à la fois. Mais surtout un bon poing dans la gueule. 

Extrait du film :

Aymeric de Tarlé

Aymeric De Tarle

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