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On’ s’évade à Cannes #1 : R.M.N [Critique]

Sélectionné à Cannes en compétition officielle, le réalisateur roumain Christian Mungiu frappe fort et juste cette année, en montrant les affres d’un regain identitaire magistralement mis en scène dans R.M.N, qui se veut à la fois coup de poing et médiateur. Retour sur ce drame nominé dans six catégories et dont le titre fait référence au sigle Rezonanta Magnetica Nucleara en roumain, car l’humain et la société sont analysés dans ce film. 

L’église au cœur du village

Suite à une dispute avec un collègue, Matthias quitte l’Allemagne et retourne dans village natal de Transylvanie. Si l’on découvre graduellement les places fortes de la ville, c’est par et autour l’église que le village a été pensé et s’organise désormais. Dans cette région rurale et montagneuse dont les villages sont souvent embrassés par des forêts où résident encore des ours, les emplois se font de plus en plus rares. Toutes les industries ont quitté la ville, laquelle est bloquée par une forêt classée réserve naturelle en raison des ours qui y évoluent. Toutes les industries, sauf une : la boulangerie industrielle tenue par Csilla, incarnée avec justesse par celle qui fut découverte en 2016 à Cannes dans Sieranevada: Judith State. Proactive, sagace et douée d’une empathie remarquable, elle tient d’une main de maîtr(esse) cette entreprise dont les casques jaunes des ouvriers, filmés en plongée aérienne, créent un écho avec le gilet de nos ouvriers. Séparés par plus de deux mille kilomètres, ils partagent néanmoins les mêmes souffrances : un surtravail (au sens marxiste) et des salaires dérisoires, auxquels s’ajoutent parfois des problèmes de santé. De quel sein nourricier s’abreuve les identitaires ? Exactement celui-ci. 

Une révolte sociale

Alors que Csilla doit recruter deux employés pour faire fonctionner son usine, aucun candidat, même Matthias pourtant désormais au chômage, ne se montre favorable à cette nouvelle expérience. Et pour cause, elle est trop peu rémunératrice. La force de R.M.N vient de sa chronicité dans la manière de traiter le rejet que subit les deux hommes venus du Sri Lanka et qui travaillent au sein de la boulangerie industrielle. Ce qui commence par des regards et qui se poursuit avec une éjection pure et simple de l’église, s’achève sur un « grand moment de cinéma dans le hall », tel que me l’a livré un critique assis à côté de moi. Une séquence totale, où cohabitent l’innocente insolence d’un français venu « chercher des ours », le racisme d’un roumain envers un hongrois, d’un hongrois envers un sri lankais, et enfin une lutte des classes à la sauce « Vous avez bien une Mercedes vous, la patronne ». Syncrétique et enivrant, Mungiu aura sans doute un jour à son compteur une seconde palme d’or – même si sa filmographie sent l’airain et le fer.

Bande annonce :

Aymeric de Tarlé

Aymeric De Tarle

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