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“Mon rêve ? Participer au Carnaval de Rio !”

Crédit : Shawnti92

Initialement prévu en février, mais repoussé pour des raisons sanitaires, le Carnaval de Rio est un monument dans le milieu de la samba. Une compétition bien au-delà du simple spectacle. Rencontre avec Lysa Senzala, une danseuse de samba qui nous conte sa vie entre répétitions, cours et spectacles de danse.  

Quel est ton parcours sportif ? 

Depuis que je suis capable de marcher, je fais du sport. J’ai toujours voulu faire de la danse, mais mon père ne voulait pas : il voulait que je sache me défendre. Il m’a inscrit au taekwondo que j’ai pratiqué pendant neuf ans. Puis, j’ai arrêté et eu la possibilité de faire d’autres sports : j’ai fait de la danse, d’abord du hip hop pendant un an, mais je n’ai pas trop accroché. Mon frère a commencé la capoeira. Mon père m’a incité à le voir car la capoeira allie combat sans violence, danse et bonne ambiance. Il y a eu une connexion avec ce milieu brésilien que je ne connaissais pas à 11-12 ans. J’ai quitté le hip hop pour la capoeira. Ma passion est née et bien au-delà : j’ai appris le portugais, j’ai grandi avec ce milieu. Et découvert la samba. 

Comment en es-tu arrivée à la samba ? 

Lors des prestations de capoeira, il y a souvent trois éléments : la capoeira, la batucada (groupe de musique) et la samba. Ce sont trois disciplines différentes qui sont liées lors des prestations. Un jour, lors d’un show au Pavillon Royal, il manquait une danseuse, on m’a demandé dans l’urgence d’apprendre les six chorégraphies de samba : je pratiquais uniquement en loisir, rien de plus. Et j’ai commencé la samba sur une scène. Puis, j’ai enchaîné les prestations avec des entraînements de 8 à 9h par semaine. 

Samba – salsa, quelles différences ? 

La salsa est une danse de couple contrairement à la samba qui se danse seule. Les costumes sont différents : il y a des plumes et des paillettes en samba. Et c’est aussi le Carnaval de Rio. 

Peux-tu nous présenter le Carnaval de Rio ? Comment se passent les sélections ? 

Le Carnaval est un concours. Tout est orchestré. C’est un milieu très hiérarchisé avec des reines de batterie. Il y a des postes bien définis : les danseuses de char, les danseuses au sol, les porta bandeira qui tournent avec les drapeaux des écoles. Lors du défilé, il faut chanter et raconter une histoire en lien avec l’école, cela rapporte des points. Il faut qu’il y ait une scénographie, tout est réfléchi. Chaque école a son enredo (hymne). 

Le Carnaval est réservé aux danseuses brésiliennes, mais il y a quelques places pour les danseuses internationales. J’ai fait une préparation physique intense en 2020 pour danser lors de l’édition de 2021 afin d’intégrer une école à Rio. Je me suis préparée pendant trois mois. Et l’édition 2021 a été annulée ! Cela a été très frustrant, mais j’ai conservé ma sélection pour 2022. Pour des raisons professionnelles, je ne peux pas m’y rendre. Je vais donc perdre ma sélection et devoir repasser les sélections. 

Participer au Carnaval de Rio est-il un objectif ? Que représente-t-il pour toi ? 

Le Carnaval de Rio est le rêve de ma vie. Un rêve que je n’arrive pas à atteindre, mais que je touche de près. 

Qu’est qui t’anime dans la danse ? Et plus particulièrement dans la samba ? 

Quand je danse, je suis déconnectée de tout. C’est indescriptible, je suis dans un autre monde. J’ai du mal à expliquer, mais j’aime la culture. J’ai la possibilité de tout exprimer en danse. C’est une attitude plus qu’une danse. Il faut réfléchir au choix des costumes, au maquillage. Tu peux être celle que tu veux quand tu danses. C’est le naturel le plus profond de soi qui ressort. Je suis extravagante quand je danse, mais introvertie dans la vie. En samba, je me permets tout car c’est le jeu : avoir le costume le plus beau, mais toujours dans le respect du corps. Il y a des limites à ne pas franchir. 

Quelles difficultés rencontres-tu dans ta pratique ? 

J’ai dû partir de Paris pour mes études. A Poitiers, il y a un réel manque de culture brésilienne, cela a été difficile pour moi. J’avais besoin de trouver une association en lien avec la culture du Brésil. J’ai trouvé des ateliers de samba pour des personnes en situation précaire à titre gratuit. C’était mon seul lien avec le Brésil : j’ai pu danser, écouter de la musique et partager de bons moments. 

Quelles rencontres ont été déterminantes pour toi ? 

Il y en a plusieurs. D’abord, pour mon stage à contexte international en organisation d’événements, j’ai eu le contact d’une des pionnières des écoles de samba en France qui m’a proposé l’organisation du Carnaval Tropical de Paris sur les Champs-Elysées pour sa troupe. Il fallait aussi organiser le voyage des danseuses à Rio pour le Carnaval. Cela a été déterminant pour moi. 

J’ai également fait la rencontre d’une Brésilienne à Poitiers qui rêvait de pratiquer la samba. Il faut savoir que la samba est réservée au peuple défavorisé, elle est issue d’un milieu aisé et donc plus compliqué. En France, elle s’est formée et m’a proposé de participer à la formation avec un chorégraphe de Mangueira, une école qui a déjà remporté plusieurs fois le Carnaval de Rio. J’ai accepté et c’est à ce moment-là que j’ai reçu mon premier cours de Samba. J’ai pris conscience que la samba me fait transpirer d’émotions et de passion. 

Lors de mon retour à Paris, j’avais la volonté de reprendre la capoeira et des cours de danse, mais la pandémie a tout stoppé. J’ai tenté en visio, mais c’était trop compliqué. J’avais été repérée par une troupe à Toulouse, mais avec mes études et mon alternance sur Paris, les allers-retours sont devenus compliqués. 

Es-tu sportive de haut niveau ? 

J’ai un statut de danseuse professionnelle, mais pas de sportive de haut niveau. La samba n’a pas de fédération, il manque de structuration à ce niveau. 

Est-il possible de vivre de la danse ? 

J’aurais pu vivre de la danse, mais j’ai fait des choix différents. C’est un milieu dur physiquement avec beaucoup de contraintes. J’ai d’autres objectifs, j’aimerais vivre de la danse par passion. A Paris, j’ai démarré avec des prestations de danse pour divers événements (mariage, anniversaire, baptême, séminaire). Je suis danseuse indépendante. J’ai suivi une formation intense à l’été 2021 lors de laquelle j’ai rencontré une autre danseuse avec qui nous continuons de faire des shows. Lors d’un défilé, j’ai été intégré à la troupe parisienne. 

Crédit : Karismpictures

Comment se déroule une semaine type ? 

J’ai deux entraînements par semaine. Un le mardi soir qui est un entraînement avec les musiciens pour s’accorder. Et un autre le samedi matin de 3h à 3h30 qui est un entraînement purement technique où l’on travaille sur le show et la chorégraphie. Les autres jours, je me prépare physiquement : musculation, cardio. Il n’y a pas d’alimentation spécifique, car il n’y a pas de normes physiques : tous les profils sont acceptés, il faut juste être soi-même. 

Jongler entre sport, études et travail n’est-il pas difficile ? Comment gères-tu ton temps ? 

Le rythme est gérable. Il faut juste tout planifier : tout est calé en amont. C’est important pour avoir une vision globale et pour bénéficier d’une bonne récupération.

Quel regard ont tes proches sur ta pratique sportive ? 

Mes parents me voient épanouie. Ils sont fiers. Mon père a même pleuré en me voyant danser pour la première fois récemment. Ils me poussent à continuer de danser. J’ai la chance d’être bien entourée. Ils voient la performance sportive au-delà du spectacle. 

Derrière les strass et les paillettes, quelle est la réalité d’une danseuse de samba ? 

L’envers du décor est tout autre. Nous avons des heures et des heures d’entraînement. Réussir certains mouvements demande de s’entraîner durement et de recommencer souvent les enchaînements. C’est aussi 6 kg de costume, des cuisses brûlées par les frottements, des pieds abîmés par les talons. Il faut avoir beaucoup de cardio. Et c’est beaucoup de stress et de doute, beaucoup de trajets et de préparation physique, mais humainement ce sont aussi des moments très forts. Le pire, c’est la pluie.

Il y a aussi ce risque que le costume se déchire. Pour s’habiller, il faut 1h et nous pouvons rarement nous habiller seules, les costumes sont lourds. Une fois, ma coiffe n’était pas assez serrée, elle était en équilibre sur ma tête pendant la danse, ce qui m’a troué le front, c’est lourd et en métal. 

Trois mots pour qualifier ta discipline ? 

Transcendante, culturelle, inclusive 

MILLET Stéphanie 

Stéphanie Millet

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