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Une possible indépendance écossaise post-Brexit? 

Le 6 mai 2021 le Scottish National Party (SNP), parti indépendantiste écossais, remportait les élections législatives au Parlement écossais. Une coalition avec le parti vert lui permettait de bénéficier de la majorité absolue. Nicola Sturgeon a donc été réélue First Minister le 18 mai, faisant du nouveau référendum sur l’indépendance écossaise l’objet d’une réactualisation dans l’agenda politique britannique. 

L’Ecosse : une nation constitutive britannique au gouvernement décentralisé. 

En 1707, l’Union Act crée le Royaume-Uni de Grande Bretagne en dissolvant le parlement écossais et anglais. Il donne alors naissance au Parlement de Grande Bretagne. A la différence de sa voisine nord-irlandaise, l’incorporation de l’Ecosse dans cette couronne ne s’est pas faite par les armes mais afin d’éviter la séparation des deux royaumes après le décès de la reine Anne. En 1801 s’achève la constitution de l’archipel britannique avec l’incorporation de l’Irlande au Royaume-Uni de Grande Bretagne. 

En 1999, le Scotland Act est impulsé par les accords du Vendredi Saint qui mettent fin aux violences qui retentissent en Irlande du Nord, et permet d’initier un processus de décentralisation au sein des nations constitutives du Royaume-Uni de Grande Bretagne. Un parlement et un exécutif écossais sont créés pour tenter de maintenir l’unité du royaume. Leurs pouvoirs sont restreints mais cette décentralisation est accueillie favorablement par les populations de ces provinces qui concentrent chacune un particularisme. 

Néanmoins, une nouvelle rupture intervient en 2016 lorsque les Britanniques votent en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cette rupture intervient dans un contexte d’éloignement politique et idéologique entre un mode de gouvernement décentralisé à tradition plutôt travailliste et un autre centralisé et conservateur, notamment incarné par Margaret Thatcher, James Cameron, Theresa May ou encore Boris Johnson).

La tradition écossaise : entre légalisme et pacifisme

L’Ecosse n’a pas de passé historique aussi violent que celui de l’Irlande du Nord. Les événements nord-irlandais, opposant protestants et catholiques et loyalistes et nationalistes, qui ont rythmé l’histoire britannique du XX e siècle, ont largement marqué les esprits et complexifient les relations entre gouvernement central et gouvernement nord-irlandais. 

En plus de la tradition plutôt conciliante de la population écossaise vis à vis de l’autorité centrale, le gouvernement actuel l’est lui aussi à bien des égards. En effet, un des enjeux de l’indépendance écossaise serait de sortir du nucléaire et il existe une opposition au sein de la coalition sur l’entrée de l’Ecosse dans l’OTAN. Le SNP se prononce en faveur alors que les Verts y sont opposés. 

Les revendications indépendantistes écossaises revêtent surtout un aspect légaliste. En effet, le gouvernement autonome d’Ecosse doit obtenir de Londres une autorisation pour pouvoir organiser un référendum sur l’indépendance. Il n’a jamais été question pour le gouvernement autonome de contourner cette obligation légale. Lors du référendum de 2014, le gouvernement écossais avait obtenu de Downing Street une autorisation en vertu de l’accord d’Edimbourg signé en 2012 par David Cameron et son homologue écossais de l’époque, Alex Salmond. Néanmoins l’indépendance avait été rejetée par la population à une très courte majorité de 55,3 %. 

Le Brexit : une donnée qui réactualise la question de l’indépendance écossaise

La population écossaise avait voté à 62% pour rester au sein de l’Union européenne. Mais en 2016, conformément à la demande du gouvernement de Nicola Sturgeon, Theresa May avait affirmé qu’aucune différence ne serait faite entre les nations constitutives britanniques durant les négociations pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union. Pourtant, dans ces accords de retrait, l’Irlande du Nord s’est vu bénéficier d’un traitement particulier avec l’ajout du protocole spécifique : ce territoire reste intégré au marché unique alors que le gouvernement autonome d’Ecosse avait milité pour l’option d’un « soft » Brexit, c’est-à-dire que le Royaume-Uni reste dans le marché unique. Dès lors, l’Ecosse se voit appliquer au même titre que l’Angleterre les conditions qu’elle avait pourtant refusées. Pour une partie de la population écossaise, le Brexit et les accords de retrait ont été subis et vécus comme une trahison.

Depuis, l’Ecosse souffre donc économiquement et politiquement des effets du Brexit et de ses conséquences juridiques. En effet, la pêche constitue l’un des secteurs clés de son économie. A ce titre elle bénéficiait de 45% des subventions versées par l’Union européenne au Royaume-Uni, dans son ensemble, dans le cadre de la PCP. La disparition de ces dernières pose donc de réelles difficultés à ce secteur. 

De plus, le gouvernement autonome d’Ecosse craignait que le Brexit soit une occasion pour Londres d’insuffler un mouvement de centralisation au sein du Royaume-Uni. Nicola Sturgeon avait alors demandé au gouvernement central le rapatriement des compétences auparavant dévolues à l’Union européenne auprès du gouvernement autonome écossais dans les domaines de l’agriculture, de la pêche, du développement économique régional et de l’énergie. Malgré l’ouverture de négociations, ces demandes sont restées lettre morte, happées par la crise sanitaire. Les dépenses sociales sont par ailleurs beaucoup plus importantes en Ecosse qu’en Angleterre et le gouvernement décentralisé souhaite conserver une marge de manœuvre plus large pour mettre en place une politique sociale de grande ampleur. 

Enfin, le retrait du marché unique du Royaume-Uni a entrainé une modification des frontières de ce territoire vis à vis du continent. La politique migratoire du Royaume-Uni est extrêmement stricte et s’oppose à celle que souhaiterait mettre en place le gouvernement autonome écossais. En effet, l’Ecosse devra faire face à une crise démographique dans quelques années qui s’est déjà amorcée par une baisse de la natalité et le vieillissement rapide de sa population. Elle a donc donc des besoins importants en matière d’immigration pour maintenir à flot son économie. Le gouvernement autonome d’Ecosse avait d’ailleurs, en 2019, formulé l’hypothèse d’un système d’immigration calqué sur le modèle canadien : un système souple adapté en fonction du besoin des provinces. 

Une possible indépendance à l’épreuve du Covid-19 et des relations tendues avec Johnson

Pour Boris Johnson, Premier ministre britannique, il n’est absolument pas envisageable, aujourd’hui, d’accorder au gouvernement autonome d’Ecosse une nouvelle autorisation d’organisation d’un référendum. Il affirme que celui de 2012 est bien trop récent. Néanmoins, pour Nicola Sturgeon, le Brexit constitue un argument déterminant qui justifie la tenue d’un nouveau référendum. L’opposition entre Johnson et Sturgeon s’est d’ailleurs étendue à bien d’autres sujets parmi lesquels la gestion de la crise sanitaire. Nicola Sturgeon tacle régulièrement son homologue dans sa gestion de la pandémie alors que les Ecossais se déclarent satisfaits de la gestion par le gouvernement de Strugeon. Même si le gouvernement n’a pas fait de miracles dans cette crise c’est surtout dans la communication politique qu’il a fait preuve de plus de finesse et d’expertise tandis que Boris Johnson est apparu brouillon et donc plus contestable. 

Lors des élections parlementaires de mai 2021, la First Minister écossaise avait rappelé que le référendum d’autodétermination constituait l’une de ses priorités politiques après la gestion de la crise sanitaire. Elle réaffirme régulièrement, depuis, qu’elle souhaite obtenir de Londres une autorisation pour 2023. Fait inhabituel jusqu’alors, des voix commencent à se faire entendre au sein du SNP pour contourner l’obligation légale et proposer un vote consultatif puis en référer à la Cour Suprême du Royaume-Uni qui devra statuer sur sa légalité.  

L’indépendance écossaise : un projet avant tout européiste 

Si la question de la volonté politique du gouvernement pour organiser un référendum sur l’indépendance ne se pose plus, la viabilité économique de ce projet est souvent remise en cause. 

Il faut d’abord rappeler que l’Ecosse n’est pas un Etat. Dès lors la transition entre victoire indépendantiste lors d’un référendum et la viabilité de l’Etat écossaise pourrait être longue. 

Aussi, de nombreux observateurs estiment que l’économie écossaise ne saurait faire face à l’indépendance. Le territoire bénéfice cependant de nombreux atouts parmi lesquels son expertise en matière d’énergies renouvelables et particulièrement éolienne. Le charbon n’est plus utilisé depuis 2016 et en 2018, selon l’organisation Scottish Renewables, les énergies renouvelables (énergie éolienne et marine) ont fourni 76 % de l’électricité écossaise. Le projet d’indépendance écossais s’inscrit donc au moins dans une logique économique durable. Il faut néanmoins rappeler que c’est le Royaume-Uni qui absorbe les deux tiers des exportations écossaises. 

Pour les Ecossais il ne fait nul doute désormais que seule l’intégration dans l’Union européenne de l’Ecosse pourrait assurer la pérennité économique du potentiel Etat. Comme la plupart des partis politique indépendantistes britanniques, le SNP est devenu européiste dans les années 1980, l’Union européenne offrant une nouvel espoir d’indépendance économique. Mais la connivence entre l’Ecosse et l’Union européenne réside aussi dans l’imaginaire des valeurs : droit de l’homme, dignité humaine… Pour autant, la Commission européenne a été claire sur ce point, affirmant que l’Ecosse devrait suivre la procédure de n’importe quel Etat qui souhaiterait adhérer à l’UE : le dépôt d’une demande formelle qui devra être acceptée à l’unanimité par tous les Etats. Pour cela l’Ecosse devra notamment respecter les critères imposés par le Pacte de Stabilité et de Croissance qu’elle est loin de remplir aujourd’hui. D’autres obstacles pourrait empêcher l’entrée de l’Ecosse indépendante dans l’Union Européenne et notamment l’opposition de l’Espagne. En effet, cette entrée donnerait l’opportunité à d’autres provinces ou régions indépendantistes européennes de revendiquer le même sort, à commencer par la Catalogne.

Rester une nation constitutive mais opérer un rapprochement avec l’Union européenne

C’est pour le moment l’option que semble préférer Nicola Strugeon sans pour autant perdre de vue le référendum sur l’autodétermination. Elle avait formulé de nombreuses propositions à Londres lors des négociations du Brexit pour ne pas opérer de rupture entre l’Ecosse et l’Union européenne, comme l’entrée de l’Écosse dans l’Espace Economique Européen. La crise du Covid-19 a constitué un vrai frein dans ces pourparlers, ce qui laisse présager des discussions futures.


Encore faudrait-il pour cela que Downing Street se montre coopératif et à l’écoute des demandes écossaises pour améliorer ses relations avec le gouvernement autonome. 

Julie Draut

 Source image : https://www.la-croix.com/Monde/Ecosse-semaine-tous-dangers-Nicola-Sturgeon-2021-03-23-1201147125

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