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Derby : mythes, réalité et essor, entre grandes histoires et détournements

Manchester City vs Manchester United, Atletico Madrid vs Real Madrid, Boca Junior vs River Plate, Arsenal vs Chelsea, Lyon vs Saint-Etienne, Stade Toulousain vs Castres Olympique, Biarritz Olympique vs Aviron Bayonnais, autant de matchs mythiques qui font écho à un historique derby. Retour sur ce qui fait la magie et l’essor de ces matchs hautement importants pour les supporters et les clubs. 

Derby : histoire et représentation sociale 

Derby, mot comptant double au scrabble ? Quoi qu’il en soit, il reste un mot important dans l’esprit des amateurs de sport. Un match à ne surtout pas manquer. Pour encourager son équipe, montrer sa domination. Et pourtant le derby, connu de tous aujourd’hui, n’était pas cadré dans cet esprit. Il est avant tout une course de chevaux, mythique Outre-Manche, en Angleterre, plus précisément à Epsom. Une course hippique qui se déroule tous les ans depuis 1780 pour des pur-sang de 3 ans. 

Source : https://petitegalerie.louvre.fr/oeuvre/course-de-chevaux-dite-le-derby-de-1821-%C3%A0-epsom

Le terme derby va prendre un autre sens lorsque le quotidien anglais Daily Express l’utilise pour la première fois en 1914 afin de désigner la rencontre opposant Liverpool à Everton (« A local Derby between Liverpool and Everton »), deux clubs très proches géographiquement et opposés religieusement (club catholique contre club protestant). Dès lors, le terme derby va s’utiliser fréquemment en Grande-Bretagne pour désigner un match opposant deux équipes situées à proximité l’une de l’autre. Par extension, cela sera repris en France et dans le monde. 

Évoquer un derby, c’est mettre en lumière une rivalité d’abord géographique : celle d’être le club le plus important du territoire, en imposant sa suprématie sportive. Fortement lié à l’implantation géographique d’une faible distance, le derby oppose ainsi des marqueurs sociaux diverses : religion, catégorie de population, cadre de vie. Parler de derby, c’est aussi parler de cadre social par l’opposition entre catholiques et protestants, entre populations de la classe aissée et ceux plus rurale, entre col blanc et col bleu. Toute symbolique peut prendre un sens et s’exacerber lors d’un derby. Il est commun de détester son voisin pour des raisons d’abord sportives pouvant trouver des sources plus profondes et sociales. 

Les derbys, essence des rivalités sportives ? 

Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Anglet, Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-Pée-sur-Nivelle, Hasparren, Urrugne, Arcangues, Sare, Ascain, Bidart. Autant de villes du Pays Basque qui renvoient à autant de clubs de rugby, une concentration sans équivoque en France. Les rencontres vont alors trouver un sens à des querelles parfois existantes entre villages, marquées par la défense d’un territoire, comme le précise Jean Callède : « Les jeux de forces basques […] véhiculent les mêmes valeurs de vaillance, de force et d’adresse [que le rugby]. Les participants ont entre leurs mains l’honneur de leur village. » 

Le rugby basque devient rythmé par les derbys qui se comptaient par dizaine et revêtent une dimension singulière d’une paix sociale quotidienne exceptée le jour du match. Une particularité, semble-t-il, de l’identité d’un rugby basque où la rivalité s’observe uniquement sur le terrain en jour de derby : « On était collègues toute la semaine et ennemis pendant une heure et demie le jour du derby. » Le derby est ainsi une mise en scène d’un espace déterminé et convoité par autrui portant sur la suprématie territoriale en opposant « deux modes de vie, deux mentalités et surtout deux représentations différentes ». Preuve en est l’exemple du derby opposant Bayonne, ville dite populaire, à Biarritz, dite représentante d’un riche littoral. Ainsi, deux identités s’opposent et consacrent l’idée d’une rivalité sportive que tous acteurs semblent parfaitement jouer : chacun se pare de ses apparats de supporters et entonne les chants pour faire plier l’adversaire tandis que les joueurs tentent de remporter le match. En jeu : la victoire sur et en dehors des terrains, celle de la suprématie. Cette synergie va propulser certaines rencontres en de matchs mythiques, parfois de légendes. 

Derby : mythes et légendes 

Le football est assurément, sinon le sport le plus populaire du monde (en termes de pratique et de médiatisation), au moins l’un des plus fameux. Sur tous les continents, dans tous les pays, dans toutes les villes et même dans presque tous les quartiers, on trouve un club. Le très grand nombre de championnats et de rencontres en font donc un terrain propice pour le développement des derbys et surtout des derbys mythiques. Certains de ces derbys sont rarement joués quand les matchs se déroulent à l’échelle nationale, voire internationale. Mais il est intéressant de se pencher ici sur les derbys dits « locaux », c’est-à-dire, sur les rencontres entre clubs d’une même ville et à une échelle plus large entre deux pays frontaliers. 

Les derbys locaux

Si de nombreux pays en Europe connaissent des derbys « locaux », entre clubs d’une même ville, il n’en va pas de même en France. En effet, l’Hexagone ne dispose pas d’un championnat d’assez haut niveau pour qu’une ville héberge plusieurs équipes de niveau similaire pour se retrouver à jouer face à face. Il n’existe ainsi que deux de ces derbys en France, à Paris entre le Red Star et le Paris FC ainsi qu’à Ajaccio. Toutefois, le « derby parisien » ne s’est joué que rarement et la dernière rencontre date de 2019 lorsque les deux équipes étaient en Ligue 2. Quant au « derby ajaccien », il n’a eu lieu qu’à quatorze reprises depuis 1963, ce qui est très peu. On ne retrouve ici rien de l’intensité d’un OM-PSG. La situation de la France est toutefois assez inédite en Europe, notamment en comparaison avec quelques pays frontaliers.

Si la capitale française ne dispose que d’un club d’envergure européenne, il en va différemment pour la principale ville du Royaume-Uni, puisque deux clubs d’envergure européenne ont leurs quartiers à Londres : Arsenal et Tottenham, ce qui donne souvent lieu au « North London Derby ». Ce dernier s’est tenu plus de deux-cent fois depuis 1909 et l’intensité est telle que très peu de joueurs osent passer d’une équipe à l’autre. Un autre derby très classique au Royaume-Uni est bien sûr le « Manchester Derby » qui oppose Manchester United et Manchester City. Là encore, les rencontres doivent parfois se tenir hors des enceintes des équipes pour éviter tout débordement. 

L’autre État européen qui dispose de derbys locaux de qualité est l’Espagne. Ainsi, le derby entre le Real Madrid et l’Atlético Madrid est le premier qui a été joué en finale de Ligue des Champions, lors de la saison 2013-2014. Comme pour les équipes britanniques, ces deux clubs ibères se sont rencontrés plus de deux-cent fois, dont huit fois en match de Ligue des Champions. Le niveau est totalement différent de celui qui se rencontre à Paris ou Ajaccio. 

Enfin, un dernier pays intéressant à étudier dans le cadre des derbys locaux est celui de l’Italie. En effet, il s’agit probablement du pays d’Europe qui a le plus grand nombre de clubs par ville et il n’est pas rare que deux équipes de la même cité se rencontrent. C’est notamment le cas à Gênes entre le Genoa et le Sampdoria pour le « derby du phare » ; à Turin entre la Juventus et le Torino pour le « derby de la Mole » (nom du monument turinois) ; à Rome entre la Lazio et l’AS Roma. Mais le plus important des derbys locaux italiens est bien sûr celui qui oppose l’AC Milan et l’Inter Milan : un match qui s’est joué quatre fois en Ligue des Champions, témoignant encore du niveau des équipes. 

Les derbys entre clubs d’une même ville sont toujours l’occasion de grandes fêtes et de grands débordements. Ils ont une saveur particulière car ils mettent à nu des divisions qui parcourent les différents quartiers, les différentes couches de la population et se déroulent entre « meilleurs ennemis ». Toutefois, il existe parfois des derbys dont les enjeux sont plus importants et qui se déroulent entre clubs de villes proches : c’est le cas de Madrid et Barcelone ou de Turin et Milan. A une échelle un peu plus grande (pas plus de quelques centaines de kilomètres), c’est le même phénomène qui se joue. 

Si les derbys locaux sont nombreux, il ne faut pas perdre de vue que beaucoup d’amateurs occasionnels de football ne se passionnent que pour les matchs internationaux. Et comme dans les derbys locaux, le meilleur ennemi est souvent le voisin. 

Les derbys frontaliers

Le plus familier des derbys frontaliers concernant la France est probablement celui qui l’oppose régulièrement à la Belgique. Dans le Nord-Est, de nombreuses personnes partagent leur vie entre les deux pays et les villages postés sur la frontière sont toujours en pleine effervescence lors des rencontres. Le même phénomène se retrouve aussi lorsque l’adversaire de la France est la Suisse, l’Italie ou l’Espagne. Lors des matchs contre l’Angleterre, c’est peut-être davantage un sentiment de rivalité qui domine. 

Avec le temps, certains derbys sont devenus très classiques et il est amusant de relever leurs noms qui sont souvent révélateurs de l’état d’esprit qui anime les adversaires. Le match entre l’Algérie et le Maroc est ainsi surnommé celui des « frères ennemis maghrébins » et celui entre l’Angleterre et l’Écosse le « derby des vieux ennemis ». Certains surnoms ont une connotation davantage historique, comme entre l’Autriche et la Hongrie, appelé le « derby de l’Empereur ». Certains surnoms sont surtout révélateurs des marqueurs géographiques : la rencontre entre le Congo et la République Démocratique du Congo est le « derby du fleuve » tandis que celle entre la Belgique et les Pays-Bas est celui des « plats-pays ». 

Dans une même ville ou entre deux pays, avec ou sans enjeu important, les derbys sont toujours le moment d’expression des plus grandes passions et l’occasion pour les supporters de prouver une bonne fois pour toute la supériorité de leur équipe … jusqu’à la prochaine rencontre !

Derby : évolution et objet marketing

S’aventurer à trouver les contours d’un derby devient de plus en plus complexe à mesure que le simple cadre de la proximité géographique s’estompe. Il n’est plus rare d’évoquer des matchs devenus derby pour des clubs situés à plus de 100 km de distance. Les clubs de football et de rugby de Bordeaux en sont un parfait exemple. Alors que le derby initial du club de rugby de Bordeaux était la rencontre jouée contre le club voisin de la ville limitrophe de Bègles, le derby s’est transformé depuis la fusion des deux clubs. Dès lors, il s’octroie à plusieurs rencontres : celle contre La Rochelle, qualifiée de « derby de l’Atlantique » et face à Toulouse, dénommée « derby de la Garonne ». Les distances initiales d’une ville limitrophe se conjuguent désormais avec des trajets plus longs et des matchs portés non plus sur la suprématie locale, mais sur celle d’un espace “partagé” plus conséquent, à mesure que les rencontres sportives ne deviennent plus locales, mais des matchs à échelle nationale. Même constat pour le club de football qui fait de ses rencontres face au FC Nantes et Toulouse FC ses derbys. Deux rencontres qui évoquent là encore des distances bien éloignées des cœurs de ville et exploitent les leviers marketing : communication autour du dit derby, animations diverses pour attirer les spectateurs, diffusion à horaires de grande audience et nombre de spectateurs conséquent (plus de 27 000 face au Toulouse FC, plus de 33 000 face au Stade Toulousain). 

Source : https://www.ubbrugby.com/actualites/6358-video-le-teaser-du-derby-atlantique.html 

Cette modification du derby peut s’entrevoir par une structuration sportive différente de celle de la Grande-Bretagne, avec peu de villes comptant des clubs d’un même sport à haut niveau. Ainsi, et pour conserver la ferveur des supporters, le derby s’élargit en s’appuyant sur des rencontres à la fois proches et éloignées géographiquement. Le derby peut également se transformer via les fusions de club. Alors que le derby du club de rugby de Bordeaux trouvait sa source dans celle d’une rencontre avec le club limitrophe, il devient un autre combat, celui de la suprématie régionale. Il est dorénavant un objet marketing plus qu’une simple rencontre. A ce titre, clubs, joueurs, supporters et médias font de ces rencontres des journées particulières. En illustre la rencontre entre les deux clubs de rugby Niort et Union Cognac Saint Jean d’Angély jouée au stade Marcel Deflandre à La Rochelle, qualifiée comme derby alors qu’il n’en était pas un initialement avant cette rencontre. Toutefois, sa dénomination de derby lui octroie une couverture médiatique importante, rendant service aux clubs engagés.

L’évolution du derby prend effet également au travers de l’attachement local qui voit les joueurs natifs défendre leur territoire avant que cette confrontation dépoussière les traditions faisant de ces rencontres des matchs de gala. Avec la médiatisation, ces rencontres deviennent folklore, son sens en est transformé. Il ne s’agit plus de défier son voisin, il s’agit d’opposer deux visions : « la ville contre la campagne, la plage contre la terre ». La confrontation devient symbolique, animée par les médias, mais reste une rencontre majeure ancrée dans l’esprit des joueurs et supporters. Le derby s’est donc transformé. Et ne cesse de changer de forme. 

Les derbys en NBA : coups de marketing ou réelles rivalités ?

La NBA n’a jamais été le théâtre de grandes rivalités locales : la faute à des franchises plutôt bien réparties sur le grand territoire américain et à des déménagements assez réguliers. Les seules rivalités historiques sont le fruit du succès de certaines franchises, à l’image du duel mythique entre les Boston Celtics et les Lakers de Los Angeles, les deux équipes les plus titrées de l’histoire. Ainsi, les derbys sont peu nombreux dans la grande ligue et n’ont pas la même importance que dans d’autres championnats.

Mais ces dernières années, la concurrence tend à s’intensifier entre les équipes voisines, en particulier dans les deux mégalopoles du basket américain : Los Angeles, avec les Lakers et les Clippers, et New-York avec les Knicks et les Nets. Alimentés par des « fan bases » toujours plus chaudes et par la NBA elle-même, qui en fait de véritables affiches, ces affrontements sont de plus en plus intenses. Peut-on pour autant parler de réels derbys, ou ne sont-ce que des rivalités montées de toute pièce par les dirigeants des franchises et de la ligue ? On’ tente de répondre à cette question en s’intéressant aux deux principales rivalités géographiques de la ligue américaine.

Los Angeles Lakers – Los Angeles Clippers, des voisins si différents

Tout commence en 1984 quand les Clippers quittent la ville de San Diego pour s’installer à Los Angeles, rejoignant les Lakers dans la « Cité des Anges ». Mais alors qu’on s’attend à la naissance d’une grande rivalité entre les deux nouveaux voisins, celle-ci peine à se développer. Et pour cause, les récents arrivants connaissent des débuts difficiles dans leur nouvelle maison et se construisent rapidement une réputation de perdants. Ils souffrent de la comparaison avec les Lakers qui imposent leur domination sur la ligue, remportant trois nouveaux titres en 1985, 1987 et 1988. Difficile de parler d’une réelle rivalité entre deux équipes quand l’une est au sommet et l’autre au plus bas. 

Il faut attendre les années 2010 pour enfin voir les Clippers rivaliser avec les Lakers. Portée par le trio Blake Griffin – Deandre Jordan – Chris Paul, la franchise que l’on surnomme désormais « Lob City » connaît une belle progression et s’installe dans le haut du classement de la NBA. Malgré de très bonnes performances en saison régulière, cette jeune équipe peine à performer en play-offs et ne parvient pas à atteindre les finales de la Conférence Ouest. Pendant ce temps, les Lakers connaissent une période plus difficile et ne se qualifient pas pour les phases finales entre 2014 et 2019. La ville de Los Angeles n’est pas vraiment à la fête en NBA et la rivalité entre les deux franchises est au point mort. Le seul élément susceptible de l’alimenter est la salle qu’elles partagent depuis 1999, le Staples Center (désormais Crypto.com Arena).

La concurrence entre les Lakers et les Clippers commence réellement à se développer en 2019 quand les deux équipes se constituent chacune un duo de stars : Lebron James et Anthony Davis d’un côté, Kawhi Leonard et Paul George de l’autre. Elles semblent chacune suffisamment armées pour le titre et la NBA en profite pour faire de la confrontation Lakers-Clippers l’une des grosses affiches du championnat : nuit d’ouverture, lendemain de Noël, la « Battle of L.A. » est désormais programmée à des dates stratégiques et devient l’un des rendez-vous incontournables de la NBA.

Lebron James / Anthony Davis et Kawhi Leonard / Paul George, duos de stars de Los Angeles

A l’issue de la saison 2019-2020, les Lakers et les Clippers terminent respectivement 1er et 2e de la conférence Ouest. On se dit alors qu’une confrontation entre ces deux équipes en finale de conférence serait un bel affrontement. Mais les Clippers s’inclinent en demi-finale face à Denver et doivent regarder leurs voisins s’emparer du 17e titre de leur histoire devant leur télévision. Revanchards, les coéquipiers de Paul George et Kawhi Leonard se hissent jusqu’en finale de conférence lors de la saison 2020-2021. Mais cette fois, ce sont les Lakers qui ratent leurs play-offs, éliminés dès le premier tour par les Suns de Phoenix. L’affrontement Lakers-Clippers se fait toujours attendre, ce qui est regrettable pour la rivalité entre les deux franchises. Pour Jeanie Buss, le propriétaire des Lakers, cette rivalité ne pourra en effet naître que d’un affrontement en phases finales : « On ne les a jamais joués en play-offs. Une rivalité, c’est une histoire, et on a pas d’histoire avec les Clippers ». 

Les deux équipes sont aujourd’hui prétendantes au titre et présentent un bilan semblable (21-20 pour les Lakers, 20-21 pour les Clippers). Cette année sera-t-elle la bonne pour les voir s’affronter en play-offs ? Une chose est sûre, la bataille de Los Angeles ne fait que commencer et elle ressemble de plus en plus à un vrai derby.

New York Knicks – Brooklyn Nets, une rivalité enfin lancée ?

La rivalité entre les Knicks et les Nets est, comme pour les Lakers et les Clippers, assez récente. Si les deux franchises cohabitent à New-York dans les années 1960-1970, il est difficile de parler d’une concurrence entre elles, étant donné qu’elles n’évoluent alors pas dans la même ligue (les Knicks en NBA et les Nets en ABA). À la fusion des deux ligues en 1976, les Nets sont contraints de payer 4.8 millions de dollars de compensation aux Knicks pour rester dans la ville de New York. Des débuts en NBA amers pour les Nets qui déménagent dans la New Jersey l’année suivante, mettant fin à la rivalité émergente avec les Knicks.

Cette rivalité renaît en 2012 avec l’installation des Nets à Brooklyn, le quartier le plus peuplé de New York. Après plus de 30 ans loin de leur ville d’origine, ils reviennent avec l’intention de mettre fin à la suprématie des Knicks sur la « Big apple ». Dans une interview pour la chaîne américaine ESPN, le propriétaire des Nets, Mikhail Prokhorov, annonce même vouloir « convertir les fans des Knicks en fans des Nets ». C’est ainsi que débute une grande bataille commerciale entre les deux franchises : passages à la télévision, affichages sur des buildings, « trashtalking », tous les coups sont permis pour faire de sa franchise la reine de New York. 

Malheureusement, cette rivalité ne se reproduit pas sur le terrain, notamment à cause des résultats mitigés des deux équipes qui retombent dans le bas du classement de la conférence Est à partir de la saison 2013-2014. Ni les Knicks ni les Nets ne peuvent prétendre au titre, ce qui fait perdre de l’intérêt à la guerre pour la suprématie de New York. Et si la « fan base » des Knicks continue d’apporter un soutien inconditionnel à son équipe, les Nets, moins populaires que leurs voisins, manquent quant à eux de soutien. De la même manière que les Clippers de l’autre côté des Etats-Unis, ils souffrent de la concurrence avec une équipe mythique aux fans fidèles. Et quand on sait le rôle fondamental que jouent les supporters dans la création d’une rivalité entre deux équipes, on comprend pourquoi l’affrontement entre les deux franchises de New York n’a alors pas des allures de derby.

Mais depuis quelques années, les Nets semblent susciter davantage d’enthousiasme et attirer de nouveaux supporters, comme l’affirme le shooter Joe Harris, qui a rejoint la franchise en 2016 : « Au fil des années, depuis que je suis là, on sent un changement. La « fan base » augmente chaque année. C’est comme s’il y avait de plus en plus de gens de Brooklyn qui s’identifient aux Nets. » Cet engouement peut s’expliquer par l’arrivée, entre 2019 et 2021, de trois des meilleurs joueurs de la ligue à Brooklyn : Kevin Durant, Kyrie Irving et James Harden. Le nouveau « Big Three » parvient à hisser la franchise dans les hauteurs du classement et à ramener un public que les Nets n’avaient plus depuis plusieurs années. De quoi créer une réelle concurrence avec les Knicks qui connaissent eux aussi une amélioration dans leurs résultats.

Ainsi, depuis 2019, la rivalité s’accentue entre les deux équipes : déclarations chocs, trashtalking, échauffourées, les affrontements entre Knicks et Nets sont de plus en plus intenses. On peut par exemple penser à un match d’octobre 2019 où une bagarre a failli éclater au Barclays Center. Davantage une provocation qu’une réelle intention d’en venir aux mains, cet événement montre pourtant bien la rivalité qui se développe entre les deux équipes.

 L’échauffourée entre Knicks et Nets, symbole de leur rivalité naissante

Plus houleuse, plus serrée et plus médiatisée, la « Battle of New York » semble désormais rassembler toutes les conditions d’un derby ! Reste maintenant à déterminer qui des Knicks ou des Nets domine la « Big apple ». Et pourquoi pas une série de play-offs entre les deux équipes pour en décider ?

Le derby était, est et restera une rencontre particulière véhiculant la volonté de remporter un match au-delà de la simple performance sportive. Il est aujourd’hui ancré dans les mœurs sportives et trouve son essence dans les rivalités locales aujourd’hui devenues parfois nationales. Nombreux sont les sports collectifs qui comptent des derbys dans leur championnat. Et ils devraient avoir encore de beaux jours devant eux, entre suprématie sportive et ferveur populaire. 

Source photo de couverture: https://www.proximus.be/pickx/fr/2182228/lhistoire-derriere-la-photo-la-plus-iconique-du-derby-milanais 

Article rédigé par Pierre BOURGEOIS, Tristan GIL et Stéphanie MILLET

La rédaction

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