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On’ est allé au procès des attentats du 13 novembre

Comprendre le passage à l’acte de ces terroristes, c’est aussi le défi que s’est lancé le procès des attentats du 13 novembre souvent qualifié “d’hors normes”. Six ans après ces attaques, il s’est ouvert en septembre dernier à Paris. On’ s’y est rendu…

Les barrières s’alignent, les policiers guettent chaque angle et la circulation se plie à la loi de la déviation aux abords de l’île de la cité. C’est ici, entre les murs du Palais de justice, que se tient l’audience historique. Pour pénétrer dans l’enceinte judiciaire, il faut d’abord dénicher la bonne entrée dans ce labyrinthe de barrières. A l’intérieur, un premier contrôle de sécurité est à effectuer. Puis guidé jusqu’à la salle de retransmission, Odette Dumas, un nouveau contrôle est réalisé. Notre téléphone s’y voit prescrire une extinction totale sous le regard intransigeant du policier. 

Le théâtre d’une retransmission 

Une fois la porte franchie, se dévoile sous nos yeux une salle d’audience boisée, un peu vieillotte. De nombreux curieux occupent déjà la majorité des bancs et deux gendarmes veillent au comportement de cette assemblée. En levant le regard, on trouve trois écrans qui diffusent le direct de la salle d’audience principale. Le plan général nous offre un vrai contraste avec celle qu’on occupe. Appelée “Grand Procès”, elle a été construite sur mesure pour l’occasion. Depuis notre banc, sa luminosité et son étendue sont captivantes. Pourtant jusqu’à présent s’observent uniquement les allées et venues de l’auditoire. 

Stridente, la sonnerie retentit. L’auditoire se lève et la cour parée de rouge fait son entrée. Puis le président, Jean-Louis Périès, prend la parole. Le plan se resserre alors sur ce visage masqué. Ce jour-là, nous sommes le 15 décembre, les professionnels de la justice sont appelés à se rendre dans les rues afin de dénoncer leur manque de moyens. Son propos débute donc par l’évocation de son soutien à sa famille professionnelle. Il en profite pour rappeler que ce procès historique bénéficie d’un “budget hors normes qui est loin de refléter les réalités financières de l’institution judiciaire”. Un soutien également repris par les avocats de la défense et des parties civiles.  

A l’origine du clan Clain

Fabien et Jean-Michel Clain, considérés comme des hiérarchiques de la propagande de l’Etat islamique (EI), sont les voix françaises de la revendication des attaques terroristes de novembre 2015. Supposés morts faute de preuves, ils sont absents du box des accusés mais néanmoins jugés. L’interrogation de la cour est portée sur leur parcours afin de comprendre au mieux comment ces deux hommes en sont arrivés à revendiquer au nom de l’EI la mort de 130 de leurs concitoyens. La parole est donnée à leur sœur Anne-Diana Clain et à leur nièce Jennifer Clain, fille de la première. Toutes les deux incarcérées, elles témoignent par visioconférence. 

“Je suis déçue qu’ils aient participé à cette monstruosité […] et c’est dommage qu’ils ne puissent pas assister à ça » regrette leur sœur.

Selon elle, sa famille s’est convertie à l’islam en 1999. Une conversion qu’elle justifie par un contexte de recherche spirituelle face au manque de réponses apportées par le christianisme. Puis sa famille tombe dans “un engrenage”, celui de l’islam radical. Un premier déménagement se fait à Toulouse, en raison de la forte présence musulmane. Par la suite, s’organise la migration progressive de la famille en Syrie pour “vivre la religion pleinement” poursuit-elle. C’est ensuite que la volonté de prendre part aux combats locaux se serait développée pour les deux frères. La réalité de leurs rôles aurait été en partie ignorée par les deux femmes à l’époque des faits. Pour Jennifer, qui a vécu en Syrie, ses oncles « travaillaient dans les médias européens de Daesh”. Or, interrogée sur leur participation à l’enregistrement de la revendication elle rétorque “Fabien m’a dit qu’il était obligé de la faire« . Une ignorance qu’elle justifie aussi en partie par la séparation entre les femmes et les hommes imposée sur place par le régime de Daesh.

“Je suis l’ex petite-amie”  

C’est à la télévision qu’elle a appris la nouvelle : son ex-petit ami, Foued Mohamed-Aggad, est l’un des kamikazes du Bataclan. Kaltoum Ajagli, appelée à témoigner, le rencontre à l’âge de 16 ans alors que “c’était une toute autre personne » affirme-t-elle. La jeune employée de banque entame ensuite le récit de la radicalité progressive de Foued, initiée par le visionnage de vidéos d’endoctrinement qu’il souhaite appliquer à la lettre. “Il voulait me faire porter le voile, déchirait mes vêtements qu’il jugeait trop courts et coupait mes talons et devenait violent” décrit-elle. Parallèlement, Foued fait la rencontre d’un recruteur de l’État islamique. Frustré par ses refus à l’armée et par les agences de sécurité, il se laisse convaincre par ce dernier d’aller combattre en Syrie. Une décision qui convainc Kaltoum de le quitter définitivement. Malgré leur séparation, il tient à garder contact avec elle et tente même de la convaincre de le rejoindre, sans succès. Là-bas selon elle : “il a trouvé sa place en s’inventant un monde” fondé sur des mensonges à répétition. Désarmée face à l’ampleur de cette radicalisation, elle décide de rompre toute communication en 2014 craignant une accusation de complicité. Un an plus tard, il revient en France en tant que membre du commando des attentats du 13 novembre. 

Ces premiers mois d’audience ont surtout permis d’apporter jusque-là des éléments contextuels. Les faits reprochés aux accusés seront abordés à partir de ce mois de janvier. Il faudra attendre le mois de mai prochain pour connaître le jugement tant attendu notamment par les 1800 parties civiles de ce procès historique. 

Océane Caillat

Credit image : Benoit PEYRUCQ / AFP

Océane Caillat

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