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“La course est plus forte que toi”

Embrunman. 3,8 km de natation. 188 à vélo. 42 km de course à pied. Une des courses les plus difficiles et mythiques de France. Louis Savoyat, 25 ans, a accepté de nous raconter la course. Après trois participations, le jeune montreuillois a conclu l’édition 2021 à la 125ème place en 12h50. 

  1. Pourquoi avoir participé à l’Embrunman ? 

J’avais envie de participer à l’Embrunman pour me surpasser. A la base, c’était vraiment un défi et de se dire : est-ce que je serais capable d’enchainer avec le marathon car tu as déjà nagé et pédalé pendant un certain temps ? J’avais envie de me surpasser, pas de gagner. 

J’ai participé à la course pour la première fois en 2017. Niveau performance, cela a bien fonctionné (13h30 en longue distance). C’était une belle surprise. La course m’a marqué, cela a été un déclic personnel. Tu y penses souvent après y avoir participé. J’avais envie d’y revenir pour revivre les mêmes émotions. 

  1. Qu’est-ce qui rend la course mythique ? Et difficile ? 

Il y a très peu de triathlon qui ont cette aura en France. L’épreuve exploite le massif des Ecrins et le massif du Queyras dans les Hautes-Alpes. C’est une région très belle avec de belles routes et de beaux paysages qui ajoutent un intérêt supplémentaire à l’effort sportif. Il y a vraiment quelque chose de spécial. 

La course est difficile car les distances sont énormes. Tu sais que tu vas souffrir pendant plus de 10 heures et il va y avoir beaucoup de situations où tu seras en difficulté. Pour l’épreuve de natation, le départ s’effectue de nuit, il fait sombre, les premiers mouvements de bras s’effectuent quasiment à l’aveugle. En vélo, il faut gravir le col de l’Izoard. Il y a plus de 3 600 mètres de dénivelé positif. Tu montes et descends quasiment tout le temps. Et tu enchaines avec le marathon qui se court autour d’Embrun avec une bosse de 1,5 km que tu passes à trois reprises. 

Crédit photo : Mathis Savoyat 

  1. Peux-tu nous décrire le parcours ? 

L’épreuve de natation s’effectue sur le plan d’eau d’Embrun d’une distance de 3,8 km. Puis, tu récupères ton vélo au parc à vélo avec une première boucle sur les hauteurs d’Embrun (la Route des Puys) puis cela descend pour rejoindre la grande boucle où tu grimpes le col de l’Izoard. L’épreuve de cyclisme se termine par une descente sur Briançon avec un retour le long de balcons escarpés de la Durance. Enfin, vient le marathon, à Embrun, où tu cours trois fois 14 km. 

  1. Peux-tu nous parler de l’organisation ? 

Il s’agit d’une grosse organisation. La course accueille plus de 1 000 participants. Ce qui m’a marqué reste le parc à vélo qui canalise tout et qui est très bien organisé. Tout le long du parcours, les routes sont balisées. Il y a également des ravitaillements partout sur le parcours. Cela est très agréable. Comme la course est très longue, tu as certains ravitaillements qui sont personnalisés avec des sacs que tu as préparé en amont.

  1. Peux-tu nous illustrer la place des bénévoles sur ce type de course ? 

Les bénévoles sont essentiels. Ils se chargent des petits détails qui permettent de rendre agréable la course. Et d’aller au bout de l’épreuve : ils te proposent un ravitaillement, ils s’adaptent à tes besoins et sont réactifs. On ne peut jamais les remercier assez. 

  1. Comment se préparer à participer à une telle course ? 

C’est un gros volume d’entraînement dans les trois disciplines. Avec une bonne préparation, il est possible de rater sa course, mais si tu es mal préparé, tu te loupes à coup sûr. Il est impossible d’y aller sans préparation. En termes d’entraînements, cela dépend de chaque athlète. Il faut choisir les points à travailler, ceux où tu as le plus de difficultés. L’expérience m’a permis d’avoir des axes de travail. J’ai plus de facilités à vélo, j’ai donc travaillé davantage la course à pied et la natation. Pour la course à pied, je me suis entraîné six jours sur sept et je me suis aligné sur certaines courses, pas forcément de longues distances, mais de façon à être régulier. Il ne faut surtout pas s’entraîner un jour à bloc et se reposer les six jours suivants. Il faut s’entraîner un peu chaque jour. Tout le monde peut y participer. 

  1. Le départ s’effectue à 6 heures. Qu’est-ce que cela change en termes de préparation ? 

Partir à six heures ajoute une forme de pression. Même les sportifs élites avouent que le départ de nuit fait peur. La nuit avant la course est courte, la tension est palpable. Il y a de l’appréhension. En termes de gestion, cela est propre à chacun. Personnellement, je me suis mis (beaucoup) la pression, mais j’ai finalement bien géré. 

Crédit photo : Mathis Savoyat

  1. Le tarif pour participer est assez élevé (entre 300 et 400 euros). Qu’est-ce qui motive à dépenser tant pour participer à une course aussi difficile ? 

Il ne s’agit pas des tarifs les plus élevés sur ce type de course. Personnellement, je n’ai pas de problèmes avec cela car au final j’en retire bien plus que le prix que j’ai déboursé. Tu vas plus loin que ce que tu peux imaginer, c’est une grosse expérience sportive et personnelle. C’est un vécu incroyable. 

  1. Quel est le moment le plus marquant que tu ais pu vivre ?

Il y en a énormément. Cela génère beaucoup de souvenirs dans son ensemble, c’est difficile d’en choisir un. (Réfléchit) Il y a un moment qui m’a marqué sur l’édition de 2021. J’ai pu courir avec les élites. C’est une chance. J’ai pu parcourir quelques mètres avec eux sur le marathon. Ils étaient largement devant moi, mais comme il s’agit d’une boucle, je savais que je pouvais courir avec eux à un moment. Ce sont des surhommes. C’est une occasion incroyable de les croiser et de pouvoir courir avec eux. Et au final, tu te rends compte que la course est difficile pour tout le monde. Tout le monde souffre. 

  1. Et le plus difficile ? 

Cela dépend de la gestion et de la tactique de course. Avec l’expérience, j’ai appris à ne pas lâcher des cartouches trop tôt. Il y a intérêt à être modeste vis-à-vis de la course. La course est plus forte que toi. Il y a beaucoup de moments difficiles. Il faut essayer de ne pas en créer : malaises, hypo, chutes. Sinon, cela devient difficile et la course est compromise. 

  1. Quelle sensation ressent-on lorsque l’on gravit le col de l’Izoard ? 

Je me dis que c’est dans le parcours. C’est un gros morceau. Il y a des paysages qui te marquent. Tu passes du temps malgré toi sur ce col. Je le connais quasiment par cœur maintenant. Je connais les lacets et les coins difficiles. Cela reste mythique et marque tes esprits. J’ai pu le gravir à six reprises entre les courses et les reconnaissances. 

  1. Peux-tu nous faire part de ton ressenti après l’épreuve ? 

Cela dépend du résultat. En 2021, j’ai amélioré mon temps de ma première participation. Je suis très content. C’est un très gros accomplissement personnel, peut-être le plus gros jusqu’à présent. J’étais dans un état minable, bien fatigué. Dix jours après, tu es encore en mode zombie. Quand tu retrouves ta force, tu te dis que tu n’as pas fait cela pour rien. 

Crédit photo : Mathis Savoyat

  1. Comment s’occupe-t-on les jours précédant le départ ? 

C’est super dur psychologiquement. La préparation est finie. Il reste seulement les petits paramètres. Tout est joué. Il faut réussir à passer le temps sans trop penser à la course. J’ai essayé de ne pas me mettre la pression, mais forcément tu penses aux investissements qu’ils y avaient derrière et ce n’est pas évident. J’ai reconnu un peu le parcours sans me fatiguer. Il faut juste faire tourner les jambes, s’entretenir sans dépenser d’énergie. 

  1. Si tu devais décrire la course en trois mots ? 

Ténacité : il faut rester déterminé et ne rien lâcher. 

Dépassement de soi : c’est vraiment difficile pour tout le monde, du sportif élite au novice, nous n’avons pas les mêmes armes, mais la difficulté reste identique. 

Partage : pour toutes les personnes qui t’accompagnent, celles aux bords des routes et les moments avec les concurrents. 

Pour découvrir la course de Louis Savoyat en image : https://www.youtube.com/watch?v=JVWmOehVulw&t=567s&ab_channel=MathisSavoyat

Crédit photo de couverture : Tintin Photo

Stéphanie Millet

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