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La fin de la ville hôte ?

Londres, Saint-Pétersbourg, Munich, Bucarest, Glasgow, Séville, Bakou, Rome, Budapest, Amsterdam, Copenhague. Autant de sites, autant de villes hôtes, autant de stades pour une seule compétition. L’Euro 2021 emprunte un chemin différent du classique et unique pays d’accueil. Pour célébrer les 60 ans de la compétition, l’objectif était de mettre en avant l’Europe dans sa globalité. Un nouveau mode d’accueil des compétitions qui soulève des interrogations.

Vers la fin du site unique ?

Onze stades dans onze pays différents. Une première pour une compétition sportive. Si l’objectif est de valoriser l’Europe, l’impact à long terme pourrait être sans précédent. Si certaines compétitions sportives internationales avaient levé les voiles en déconcentrant les sites de compétition sur plusieurs pays comme lors de la Coupe du monde rugby en 2007 (en France et au Royaume-Uni), peu d’organisateurs exploitent ce versant qui préfèrent concentrer leur énergie sur un territoire donné. Organiser l’Euro dans plusieurs pays pourrait être alors le fer-de-lance d’un nouveau mode d’organisation. Michel Platini suggère l’idée d’un championnat d’Europe dans plusieurs villes. Une idée qui se concrétise donnant naissance à l’Euro 2021. Dans cette continuité, pourraient alors s’envisager des événements se déroulant sur plusieurs sites. Exit le pays hôte, celui qui monopolise les forces et concentre les externalités sur un écosystème précis. Si l’Euro 2021 s’avère être un succès économique, politique et social permettant à des pays de se propulser sur la scène sportive, alors d’autres organisateurs pourraient se laisser tenter par des sites différents dans l’accueil des événements sportifs. Une réelle opportunité pour des pays initialement non invités aux candidatures.

Vers une nouvelle diversité des sites d’accueil ?

Diversifier les sites d’accueil pourrait être une opportunité pour des pays qui ne se seraient pas portés candidats. Ou qui aurait vu leur candidature balayer par les masses financières de certains pays. Porter une candidature relève d’un véritable défi, nécessitant la mobilisation des instances et de diverses parties prenantes, véritable soutien dans l’accueil de compétitions sportives. Or, tous les pays ne peuvent pas s’aventurer dans la rédaction de dossiers plus longs que la saga Harry Potter, répertoriant un budget que bon nombre de pays ne peuvent soutenir. L’organisation de l’Euro 2021 s’inscrit dans une ouverture vers des sites en capacité d’accueillir des matches (capacité des stades, qualité des infrastructures, ferveur populaire, accessibilité), mais dont le pays n’aurait pu amortir le coût de l’organisation complète de l’événement. Dans cette lignée, pourrait-on imaginer une Coupe du monde de football dans plusieurs pays ? De même, post olympiade 2028, l’itinéraire des Jeux pourrait-il s’effectuer à travers le monde ? Spécialisation de la pratique et valorisation des infrastructures existantes, sans déployer des forces supplémentaires pour des structures devenant éléphants blancs dans certains pays hôtes. L’objectif serait alors de donner l’opportunité à des pays de recevoir des grands événements internationaux tout en diversifiant les sites d’accueil et de donner une certaine visibilité.

Vers un bilan carbone élevé ?

Sans site hôte unique, les sportifs sont amenés à se déplacer sur les divers sites de compétition. Plus de logistique, plus de mobilité, plus d’emprunte écologique. Cercle vicieux d’une version plutôt inclusive d’un Euro à travers le vieux continent. Car si l’idée paraissait positive, d’un point de vue environnemental, le constat est à revers. Programmer Croatie – République Tchèque à Glasgow illustre ces déplacements lointains alors que des stades se trouvaient plus proches. Parcourir plus de 2 000 km pour jouer un match de poule a-t-il trouvé écho dans une démarche éco-responsable ? Peu probable. Qu’importe, le match a bien eu lieu, loin des bases. Plus près, mais toujours dans une même logique : Portugal – France à Budapest. Sans compter les allers-retours de la Suisse à deux reprises à Bakou. N’aurait-il pas fallu recentrer les destinations des équipes participantes plus près de leur territoire ? Entre les déplacements aériens et ceux routiers des supporters, le bilan carbone va peser lourd.

Vers la fin de l’équité sportive ?

Autre particularité de l’Euro 2021, aucun pays n’a été automatiquement qualifié comme il est coutumier lorsqu’un pays accueille un événement sportif. Plus équitable ? Toutes les équipes ont été logées à la même enseigne : matches de qualification pour accéder aux phases de poule et espérer devenir champion d’Europe. À noter que cette équité fut vite balayée par des matches à domicile de certaines équipes considérées comme pays hôtes. L’Italie a joué à trois reprises à Rome, comme l’Allemagne à Munich et l’Espagne à Séville. De même, pour la Russie, l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Écosse qui ont pu s’exercer devant leurs supporters par deux fois. Favoritisme ? D’abord d’un point de vue financier : augmentation de la consommation, limitation des frais de déplacement des équipes. Puis d’un point de vue sportif par l’appui des supporters, en nombre dans les stades. Aurait-il fallu délocaliser ces rencontres pour aboutir à une équité sportive plus importante ?

L’Euro 2021 se veut différent des précédentes éditions. Plus inclusif, à travers l’Europe pour célébrer le football européen. Il n’en reste pas moins un vecteur d’un nouveau cadre d’organisation pour lequel des interrogations persistent. Diversifier les sites pourrait amener à de véritables opportunités dans l’organisation future de grands événements sportifs en spécialisant les pays et en offrant une opportunité à des pays abandonnés jusqu’à présent par les grandes compétitions. Toutefois, doivent se corréler la dimension environnementale et l’équité sportive pour que les événements deviennent de véritables facteurs de dynamisme.

Stéphanie Millet

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