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L’Art, en soi ou acquis ? 1/3

En couverture : Walhalla, Max Brückner

« L’Art est-il issu de l’apprentissage ou est-il le fruit de l’inné, du naturel ? »: voici un questionnement mêlant art et esthétique, qu’On’ va chercher à esquisser ensemble… Car bien qu’ayant une formulation simple, cette question touche en réalité à de multiples thématiques : des interrogations sociétales, comme éthiques, qui dépassent l’objet artistique en lui-même.

C’est cette corrélation entre l’art et la société qu’On’ vous propose de découvrir dans une série de trois articles. Car l’œuvre et l’art sont la représentation (parfois volontaire ou malgré elle) d’inégalités sociales et culturelles, en s’illustrant comme les témoins de l’évolution permanente de notre monde.

L’Art est-il inné ou une chose qui s’acquiert ? Voilà une interrogation qui peut laisser perplexe. Après tout, nous pourrions nous dire que n’importe qui a une part d’artiste en lui ! Qu’un simple dessin esquissé sur une feuille de papier peut faire de nous des artistes à part entière, mais cela fait-il pour autant de nous des artistes accomplis ?

Un peu d’étymologie…

L’ « art » provient du grec « ars » qui veut dire « habilité », « connaissance technique ». L’art, c’est donc avant tout des connaissances techniques et pratiques.

« C’est un préjugé ordinaire de s’imaginer que l’art a commencé par le simple et le naturel », Hegel.

Pour Hegel, philosophe allemand du XIXème siècle, l’art est un apprentissage.

Ainsi, dans ses cours sur l’esthétique, il dit à propos de l’Art que :

« C’est un préjugé ordinaire de s’imaginer que l’art a commencé par le simple et le naturel (…). Il en est ici comme des manières d’un homme bien élevé,qui, dans tout ce qu’il dit et ce qu’il fait, se montre simple, libre et naturel, qualités qu’il semble posséder comme un don de la nature et qui sont cependant chez lui, le fruit d’une éducation parfaite. »

Hegel, Cours d’esthétiques, tome 2, page 9.

Pour Hegel, l’art n’est pas une chose innée, l’art ne débute pas, dit-il, du « simple » et du « naturel ». Il entend par là, que l’art n’est pas une faculté instinctive mais bien une instruction, un apprentissage. Il utilise une comparaison savante entre l’art et le parfait gentleman. Pour lui, on pense d’un gentleman qu’il possède des qualités comme la simplicité, la liberté, le naturel, d’une manière innée, alors qu’en fait on en oublie qu’il a reçu une éducation stricte, parfaite. Pour Hegel, c’est pareil pour l’art ! Nous pensons que l’art vient du naturel et du simple alors qu’en fait il en résulte d’un apprentissage parfait. Mais c’est devant c’est instruction parfaite que nous l’oublions… qu’elle s’efface.

Les Intelligences multiples

Contrebalançons Hegel avec une notion moderne, qui est la théorie des intelligences multiples ! C’est une théorie développée par Howard Gardner en 1983 et enrichie en 1993. Selon cette théorie, il existerait plusieurs formes d’intelligence comme celle de la linguistique, de la logico-mathématique, spatiale ou encore même musicale. Ainsi, un bon peintre développera une intelligence spatiale et un bon musicien une intelligence musicale. L’art n’est peut-être pas une chose acquise mais peut être un don, une intelligence individuelle que d’autres ne pourraient pas avoir.

Beaucoup d’artistes célèbres n’ont pas reçu d’éducation artistique mais ils sont reconnus comme des artistes voire même qualifiés de génie dans leur art. C’est le cas de David Bowie qui a appris à jouer seul du piano, de la guitare, de l’harmonica, des basses et des percussions, et aussi le cas de Jimi Hendrix qui a appris à jouer sur un ukulélé à une corde.

L’art est une intelligence que certains possèdent comme d’autres ont une intelligence logique, sensorielle, etc.

« Un art majeur demande une initiation » Serge Gainsbourg

Je pourrais donc m’arrêter ici, et dire qu’après tout, cela dépend de l’opinion que l’on a de l’art, mais c’est mal me connaître ! Ainsi, je suis retombé il y a quelques jours sur une interview de Gainsbourg à Apostrophe (présentée par Bernard Pivot).

Dans cet extrait de l’INA, Gainsbourg dit qu’il faut une initiation pour les arts majeurs que sont l’architecture, la peinture et la musique classique.  Pour la chanson, écrire des chansons, il n’y a pas besoin d’initiation.

Je rends la tâche plus difficile encore pour répondre à cette épineuse question d’acquis ou en soi, car Gainsbourg ajoute une notion ! Il existe selon lui des arts mineurs et des arts majeurs. Ainsi, l’art majeur consiste en une longue initiation tandis que l’art mineur se contente simplement d’être instinctif. David Bowie et Jimi Hendrix ne seraient donc que des artistes de l’art mineur ?

Cette notion de « majeure » et « mineure » provoque bien des débats et c’est normal ! Car nous cherchons dans l’art non pas une hiérarchie des arts mais une intention ! L’intention de provoquer en nous un sentiment étrange. Ce sentiment d’émerveillement, de contemplation, de voyage et de songes… ou de dégoût, d’horreur…

Alors, acquis ? en Soi ?

Face à ces interrogations, chacun pourrait choisir son camp ! Le camp des Hégéliens, qui pensent que l’Art est un apprentissage, le camp des génies et de l’intuition ou le camp des Gainsbouriens. Mais chaque camp, avançant des arguments valables dans leur fond comme dans leur forme, il en vient impossible au final de dire précisément d’où vient l’art ! Et ceci pour une raison cette fois-ci simple. Il est en fait plus aisé de répondre à la question “pourquoi on ne sait pas ?” que de savoir comment l’art vient à nous (de façon innée ou acquise).

En fait, l’Art est une notion si vaste, si proche de nous au sens qu’il en émane de l’âme humaine, que nous pensons si bien le connaître, que sa définition exacte comme son origine nous échappent ! C’est comme essayer de définir le mot « aimer » ou encore de répondre à cette sempiternelle question du sens de la vie !

En philosophie, quand un terme comprend une définition large, des contingences, des significations diverses, on parle d’axiome. Du grec “axioma”, qui est une proposition considérée comme évidente, admise sans démonstration.

Ainsi, admettons (pour nous simplifier grandement la tâche!) que l’art est un axiome lui aussi ! Qu’il n’a pas de besoin de démonstration, qu’il n’a pas besoin d’avoir une justification, quant à savoir s’il est acquis ou inné !

Savoir si l’art est acquis ou inné revient au fond à se poser la question de savoir si Dieu existe ! Tout le monde avance des arguments convaincants mais au final personne n’a véritablement la réponse. L’art est une chose qui transcende l’humain, qui va au-delà de son créateur, l’Homme.

Comme Dieu, transcendant l’humain. Mais la question, qui mérite qu’on s’y intéresse et y réponde, ce n’est pas de savoir si Dieu existe ou encore si l’art est acquis ou inné. C’est de savoir pourquoi on croit en Dieu ? Pourquoi nous pratiquons l’art ? Connaître son origine est une absurdité voire… une question disons… mineure !

Mais une question me taraude l’esprit ! C’est à propos de cet art dit « mineur » ou dit « majeur ». Ces deux notions impliquent qu’un art en vaut mieux qu’un autre ou tout du moins qu’on donne plus d’importance à l’un qu’à l’autre. Mais cette scission, que l’on retrouve dans la société (entre la classe populaire et la classe dominante) ne fait-elle pas de l’art, une chose politisée ? L’art est-ce de la politique ?

Marc Mouty-Lecallier

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