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Critique ciné : The Father

Le cinéma fait découvrir aux spectateurs une véritable expérience cinématographique pour la deuxième semaine de réouverture. Signé par Florian Zeller, metteur en scène reconnu internationalement pour ses pièces : « Le Père », « Le Fils », il réalise son premier long-métrage et remporte l’Oscar du meilleur scénario adapté. La sortie en salles est prévue le 26 mai.

Synopsis : Un homme de 81 ans est atteint de la maladie d’Alzheimer. Entre errance et démence, l’homme déambule dans son appartement au gré de ses interrogations intérieures.

Le film s’ouvre sur Anthony Hopkins écoutant une symphonie d’opéra classique. Le décor est planté, l’appartement d’Anthony. Sa fille lui rend visite en lui disant qu’elle va partir vivre à Paris, en découle la question de l’aide à domicile qu’Anthony refuse car il pense que l’aide-soignante lui a volé sa montre. Qui croire ? Qui est la victime ? Est-il réellement fou?

Sean Gleason

Un huit-clos déconcertant

Les films adaptés de pièces de théâtre sont souvent bien accueillis par le public. Ce qui plaît c’est le huis-clos imposé par la scène de théâtre et reproduite au cinéma. S’y concentre donc les émotions d’un casting minimal d’excellents acteurs. En France, on pense tout de suite aux films d’Agnès Jaoui-Bacri comme Cuisines et DépendancesUn air de famille ou encore Le Prénom de Matthieu Delaporte et d’Alexandre de La Patellière.

La caméra déambule dans l’espace et dans le temps sans coupure comme un plan-séquence. Un moment Anthony rentre des courses et pose le sac sur la table, alors qu’il entend un bruit dans l’entrée, il se précipite pour voir de quoi il s’agit. A son retour, il découvre un étranger dans son salon, qui est-il ? Que fait-il chez lui ? Le spectateur adopte tout de suite le point de vue d’Anthony et se pose les mêmes questions que lui. A qui faire confiance quand on vous dit que vous ne reconnaissez même plus votre propre fille ?

Anne, la fille, interprétée par Olivia Colman, la reine Elizabeth II dans la série britannique à succès The Crown, est la seule qui semble digne de confiance dans le film. Des objets disparaissent, les jours et les soirées se confondent, seule la bienveillance de sa fille apparaît comme le radeau auquel il peut se raccrocher.

La versatilité du jeu d’Anthony Hopkins

Orion Pictures Copyright 

Campé par l’excellent Anthony Hopkins, le médecin cannibale dans Le Silence des agneaux, le rôle d’un homme atteint de la maladie d’Alzheimer, était fait pour lui. Un jeu qui en vaut la chandelle car à 83 ans, il est nommé meilleur acteur à la cérémonie des Oscars pour le rôle, son deuxième Oscar. Il faut voir Anthony Hopkins incarner Hannibal Lecter pour comprendre son jeu et l’acteur qu’il est. En effet, le jeu psychologique il s’y connaît et la folie aussi. Pourtant, ici c’est l’homme vieillissant qu’il incarne. On le voit ici tout en faiblesse, dans la peau d’un vieil homme en pyjama qui pleure ou qui danse. La démence de son personnage nous émeut et nous fait pitié. Le spectateur s’identifie tout de suite au personnage, on est terrifié et fragile comme lui. Le film est puissant grâce à cette force d’identification.

Un film sur la maladie mentale et sur la mort

Cela fait quelque temps que l’on voyait émerger de plus en plus des films et des séries sur la maladie mentale. Il ne suffit plus d’y faire allusion, la maladie est bien au centre de l’action du film comme dans The Father. Même sur des grosses plateformes comme Netflix des séries comme Spinning Out avec Kaya Scodelario et January Jones, une mère et une fille souffrant de trouble bipolaire ou encore Ratched avec Sara Paulson, incarnant une infirmière dans un hôpital psychiatrique. A l’envers de Fight Club, où boxe, combines et virilité se côtoient ; The Father met lui en scène ce que peut expérimenter une famille face à un proche atteint de la maladie d’Alzheimer et ce que peut ressentir le malade lui-même.

Sean Gleason

A la « Benjamin Button », le spectateur est plongé dans la paranoïa, la démence, l’effroi, la désorientation et l’effroi du personnage principal inhérent à cette maladie. Comme une expérience, on est à la recherche de la vraisemblance et de repères spatio-temporels. Anthony est obsédé par l’heure et cette montre, des éléments clés « aident » le spectateur à se repérer ou bien à nous perdre encore plus dans ce tourbillon d’événements. Anthony, le personnage principal, est confronté à sa propre vieillesse et maladie quand on veut le laisser habillé en pyjama alors que la nouvelle aide-soignante arrive. La lutte contre son propre esprit est permanente et à trop rechercher la cohérence, on s’y perd…

Le long-métrage de Florian Zeller parle de la vieillesse, du déclin et finalement de la mort. Cette maladie mentale incurable n’est qu’une escalade descendante et dont l’issue est fatale. Le film nous fait réfléchir aussi sur la façon d’accueillir cette maladie et de vivre avec une personne qui en souffre. Quelles décisions prendre pour sa sécurité ? Comment faire comprendre au malade qui se croit sain d’esprit qu’il ne l’est plus ?

Comme le résume Florian Zeller toujours auprès de Madame Figaro après la nomination d’Anthony Hopkins : « Il a fait quelque chose de très courageux : je suis allé le voir pour lui demander d’explorer un nouveau territoire émotionnel et de se mettre dans un danger réel, en se connectant presque avec son propre sentiment de mortalité. » Ce courage ce n’est pas simplement celui d’incarner l’homme qu’il est, un homme vieillissant mais aussi celui de s’exposer publiquement en tant que tel.

En résumé, un film puissant à voir pour la réalisation et surtout pour Anthony Hopkins.

Anaïs Martinez

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