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Covid-19 : la consommation et la pratique de l’art au secours de la santé mentale

Le moral des Français se dégrade depuis mars 2020. Le changement des habitudes et la situation inédite que connaît la France ont un impact sur la santé mentale. Cependant, au cours des confinements, les alternatives artistiques ont permis un véritable mieux-être. Sondage sur la consommation de l’art pendant les confinements, et analyse de Nathalie Paillusseau, psychologue clinicienne et psychothérapeute exerçant à Nantes.

20,8 %, c’est le nombre de Français âgés de 18 ans et plus, présentant des troubles anxieux en novembre 2020, d’après l’enquête CoviPrev de Santé Publique France. Depuis quelques mois, le moral des Français est au plus bas. L’arrivée de l’hiver y est chaque année pour quelque chose, mais cette fois, la pandémie de Covid-19 accentue gravement ce phénomène. “Je constate, en effet, une montée de l’anxiété extrêmement importante, toutes classes d’âge confondues et particulièrement chez les jeunes. Chez les petits, entre 8 et 10 ans, puis les adolescents et les jeunes adultes. Ces états s’accentuent particulièrement depuis quelques semaines !”, atteste Nathalie Paillusseau, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

De nombreuses raisons expliquent cette hausse de la détresse : l’absence de date claire sur la réouverture des lieux culturels et de restauration (au début de l’année 2021), les informations contradictoires sur l’assistance des cours en présentiel ou en distanciel et sur un possible reconfinement. Mais aussi, la répétition, par les médias, de la dégradation de la situation sanitaire. En général, c’est la perte d’équilibre de vie chez les étudiants, avec l’impossibilité de se projeter ou de démarrer la vie professionnelle, qui cause ces états anxieux.

Afin d’entretenir son bien-être, il est plus que jamais nécessaire d’apprendre à s’écouter et pratiquer des activités relaxantes en cette période de pandémie. Sur Instagram, le #confinementcréatif était populaire lors du premier confinement pour atteindre 331 000 publications publiques. Certains ont réalisé des créations visuelles ou musicales dans le but d’exprimer leurs sentiments. Des artistes ont composé des chansons en soutien au personnel médical, comme “On fait comme si” de Calogero. Des musées ont tenu des expositions et visites virtuelles des plus beaux monuments parisiens tels le Palais Garnier, le Musée du Louvre ou encore la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre. Alors, comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle changé notre rapport à la consommation de l’art et à la pratique d’activités artistiques ?

La création artistique, une source de bien-être

D’après un sondage réalisé sur Facebook sur la consommation de l’art pendant les confinements, on peut constater que, sur un échantillon de 142 personnes vivant en France métropolitaine et âgées de 18 à 30 ans, 55,6 % ont été touchées par la fermeture des lieux culturels. 31,7 % se disent extrêmement impactées (sentiment de déprime, etc.). Afin de combler ce manque, 59,2 % d’entre elles ont pratiqué des activités artistiques au cours des confinements : du 17 mars au 10 mai, et du 30 octobre au 15 décembre. D’après Nathalie Paillusseau, “La consommation de l’art et précisément la pratique d’activités artistiques apporte majoritairement du bien-être, car engendre un état d’auto hypnose. Elle permet d’être dans un état modifié de conscience qui fait que tout ce qui peut créer de l’angoisse et des peurs est mis de côté”.

Toujours selon cette enquête, parmi ceux ayant pratiqué des activités artistiques pendant les confinements, la grande majorité (66,3 %) s’est tournée vers la peinture. Ont suivi la danse et le chant, la musique, la photographie puis la couture. Selon la psychologue, “Ces activités artistiques permettent au cerveau d’être stimulé en termes de plaisirs et donc développer des hormones comme la sérotonine et la dopamine qui font du bien au moral”. Le classement de la peinture en première position, n’est pas étonnant. “La colorthérapie, l’art de soigner avec les couleurs, prouve que les couleurs ont un impact positif ou négatif sur notre moral. On retrouve cette logique dans le Feng Shui, qui va adapter l’environnement dans lequel on vit et faire en sorte que les énergies circulent”.

Par exemple, le bleu est une couleur ayant des effets apaisants. Il inspire le calme et la sérénité. Le jaune est une couleur symbolisant l’énergie, l’enthousiasme et la confiance en soi. La musique est également très bénéfique pour notre moral : “Les musicothérapeutes comparent la musique à un massage. Le corps humain étant composé de beaucoup d’eau, l’eau vibre en fonction des sons. La musique ferait vibrer toutes ces molécules d’eau dans le corps comme un massage et apporterait un apaisement”.

Enfin, vous pensiez peut-être que la couture ou le tricot était une activité dépassée ? Détrompez-vous ! Nathalie Paillusseau prouve que les 27,9 % des personnes ayant pratiqué la couture pendant les confinements, ne sont pas une surprise car elle est une réelle activité apaisante ! “Ces personnes sont dans la construction. Surtout dans cette période où on a l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui se sont arrêtées voire détruites. Il y a une perte de sens importante chez les gens. Le fait de construire et faire quelque chose de concret permet de remettre du sens dans le quotidien. Ils vont, en général, créer des choses utiles, pour se sentir utiles, comme la création des masques en tissu ! De plus, faire plaisir à d’autres personnes permet de se sentir bien”, explique l’experte.

L’art, un véritable secours psychologique ?

Pour certains, consommer cet art a donc été une véritable aide psychologique au cours des confinements : un sentiment d’accomplissement, là où les projets étaient interrompus, vider son esprit de toute l’actualité négative, combler son ennui, exprimer ses émotions, mais aussi a permis de prendre du recul sur la situation vécue. L’art permet donc une véritable évasion, tel un voyage imaginaire ! Ces activités artistiques peuvent même apporter plus que cela.

D’après la psychologue clinicienne, “Certaines personnes, les dépressifs notamment, vont avoir besoin de ces créations artistiques pour renforcer leur narcissisme. Elles leur donnent une forme de prestance et d’équilibre. Chez les chanteurs et musiciens, dans les moments où ils ne se sentiront pas bien, ils vont être particulièrement exceptionnels dans leur art ! Prenons par exemple une personne qui, pendant le confinement, se met à chanter ou jouer d’un instrument dans son appartement, les fenêtres ouvertes, afin que tous puissent l’entendre. Le fait d’être applaudi renforce son narcissisme, lui permet donc de se sentir mieux, et en même temps d’exprimer ses émotions.”

Un moyen intéressant de renforcer le lien social. En effet, ici, tout le monde s’y retrouve, autant le musicien que les autres qui l’écoute. “Le lien humain est très important, il alimente le réservoir de bonheur de l’être humain. Chacun le cultive avec sa personnalité, avec ce qu’il peut donner, mais c’est important d’être dans ce lien.”

Cependant, cette échappatoire qu’est l’art ne correspond pas à tout le monde. Certains auront, à la place, besoin d’être dans le mouvement en faisant du sport par exemple. “Pour être dans la création, il faut laisser les émotions s’exprimer. Ce n’est pas quelque chose de calculé. Il faut être dans un état de détente, de liberté de penser et d’associations d’idées qui font qu’à ce moment, tu vas être dans la création et prendre du plaisir. Certains ne prendront pas ce temps”. De plus, il existe une sorte de pudeur, une peur de se lancer, une peur de “mal faire”. Sachez que vous n’avez pas besoin de talent pour vous vider l’esprit ! “L’objectif quand on se lance dans les activités artistiques, c’est surtout de ne pas être dans la performance, c’est l’utiliser comme un moyen d’expression.”, explique Nathalie Paillusseau. Enfin, la beauté artistique est très subjective et personnelle, certains seront sensibles à tels courants artistiques alors que d’autres, pas du tout.

Afin d’affronter la suite de la pandémie avec moins d’inquiétude et de stress, les conseils d’une experte vous intéressent ? Nathalie Paillusseau recommande “D’arrêter d’écouter les informations en boucle ! Regarder d’autres médias. On ne demande pas d’être déconnecté de la réalité, mais on n’a pas besoin d’entendre des statistiques toute la journée, car de toute façon, on est impuissant face à cette situation.” Autre conseil : “Alimenter vos piliers. Il existe plusieurs piliers pour trouver son équilibre – le sommeil, l’alimentation, le lien social, les plaisirs et le sport – il faut pouvoir alimenter ces cinq piliers et les faire vivre pour se sentir le mieux possible dans ce contexte qui n’est pas évident.” Que la consommation d’art vous aide, ou non, à faire en partie face à cette crise sanitaire, prenez soin de vous avec des activités qui vous font du bien. Cependant, en cas d’état anxieux important, consultez un professionnel de santé.

Crédit photo de couverture : Pixabay

Estelle Derotteleur

La rédaction

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