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Critique du film Le Discours

Un discours, un dîner de famille, un porte-serviette en forme de sexe et l’attente infinie d’un message de sa dulcinée : ainsi va la vie d’Adrien dans Le discours, film de Laurent Tirard adapté du roman de Fabcaro. Une sortie annoncée pour le 9 juin 2021, puis décalée du fait du confinement.

La mise en scène 

La mise en scène est peu habituelle. Le protagoniste, Adrien, fait des allers-retours entre un jeu dit “classique” et un regard tourné vers la caméra. Une fois le quatrième mur tombé, le film se transforme et prend la forme d’une pièce de théâtre. Le personnage d’Adrien, qui est joué par Benjamin Lavernhe (pensionnaire de la Comédie-Française), nous prend alors à partie. On ne peut plus détourner les yeux de l’écran car on se retrouve coincé, à la même manière que le personnage qui ne peut pas échapper au discours que lui demande de faire son beau-frère à son mariage. L’aspect théâtral revient également dans le choix des scènes. Sans être un huis-clos pour autant, les décors sont très réduits : on passe de la salle à manger des parents où se déroule un dîner interminable, à la salle de mariage, sorte de laboratoire expérimental des différents scénarios qui se présentent à Adrien qui imagine le déroulé de son futur discours…

Un tour de passe-passe entre réalité et imagination

Benjamin Lavernhe campe Adrien fraîchement largué par sa copine, durant un dîner de famille, il se parle intérieurement et invente des scénarios qui auraient pu se produire “si”. Une fois au repas de famille, une scène imaginaire se joue à l’écran : ce qu’il aimerait répondre à son beau-frère ou encore à son père qui parle trop. Le film oscille entre illusion et réalité, souvenirs et présent et retour à son imaginaire sans jamais nous perdre narrativement. Grâce à ces apartés, le spectateur devient un confident des pensées intimes d’Adrien, et le film s’apparente en ce sens beaucoup à une pièce de théâtre. Il devient le narrateur omniscient, vrai centre névralgique des péripéties. L’écriture du scénario est soignée, on ne s’ennuie pas et se laisse emporté par l’histoire, dans la peau d’Adrien qui attend impatiemment si son ex-amie va enfin répondre à son SMS laissé en “vu”.

Un film sur l’écoute 

Adrien est un porte-parole, un tandem. Chacun de nous, ou presque, peut se retrouver en lui. Il dialogue beaucoup avec lui-même, nous fait part de son mal-être et de ses incertitudes. Mais dès qu’il replonge dans sa réalité et qu’il tente de dialoguer avec ses proches, il rencontre un mur. C’est encore plus frappant pour le spectateur puisque le protagoniste dialogue avec durant le film. Tout du long, il nous met dans la confidence, alors quand il s’adresse à ses proches et que tous le regardent avec des yeux de merlan frit, on se sent mal pour lui, on compatit. Qui n’a pas déjà connu cette situation ? Vous êtes à table, toute la famille est là mais personne ne vous écoute vraiment. Dans ce cas-là, on a tendance à se recroqueviller dans sa coquille et laisser aller les discussions. Le personnage d’Adrien, sous sa carapace exubérante et une attitude qui peut paraître complètement loufoque, est finalement comme un petit garçon qui attend d’être écouté.

La symbolique du discours

Qui n’a jamais eu la phobie de monter sur une estrade pour faire un exposé en classe ? Le discours est en quelque sorte une épreuve initiatique sur la confrontation de soi au regard des autres et la mise à nu aux yeux de tous. Pour Adrien, le discours est l’occasion de dire tout ce qu’il veut sur sa famille et enfin d’y trouver une place. Lorsque son beau-frère, joué par Kyan Khojandi – héros de la série “Bref” – lui demande d’en faire un, Adrien est tout de suite contraire à cette idée. Il ne sait pas bien ce qu’il va pouvoir raconter : les secrets de sa sœur ? Ses secrets éhontés ? Son désespoir amoureux ?… Comme le montre le film, il n’est pas seulement question d’éloquence mais de finalité. Par intervalle, le film nous présente différentes versions du discours d’Adrien : le comique, l’accablant, le déprimé et le juste. À chaque fois, nous pensons que c’est enfin le fameux « Discours », mais l’esprit imaginatif d’Adrien nous dupe à chaque fois. En somme, Le Discours revient à nous poser cette question : quelle place avons-nous au sein de notre famille ?

Ce qu’On en pense :

Anaïs : C’est un film qui fait du bien, drôle, divertissant et à la limite d’une pièce de théâtre. L’originalité repose sur le fait que le personnage principal brise le 4e mur et donc qu’il s’adresse directement à nous spectateur qui participe activement au film. On ne s’ennuie pas car Benjamin Lavernhe est à la fois juste et drôle, comme toujours. C’est un film qui parle à tout le monde, petits et grands, sur un sujet universel de la famille.

Emma : On y va pour Benjamin Lavernhe, on reste pour un film bien construit et touchant. Un bon moment à passer, n’hésitez-pas à y aller avec un membre de votre famille histoire de pimenter l’expérience ! 

Anaïs Martinez et Emma Mériaux

Pour les photos : https://le-pacte.com/france/film/le-discours

La rédaction

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