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[CRITIQUE] Le dernier voyage : le début d’une aventure

L’appréciation d’une œuvre se forge dès la première fois que nous la rencontrons : en bande-annonce, par le bouche à oreille, dans un bac à VHS d’occasions… Alors imaginez bien la réaction de tout cinéphile lorsqu’on viendra lui susurrer à l’oreille que le 19 mai 2021, sortira en salle un film prometteur d’une nouvelle génération française, n’ayant pas peur de s’aventurer dans les sentiers de la science-fiction ! Qu’on l’annonce immédiatement : Le dernier voyage est une œuvre de fiction que nous défendrons avec cœur, et pas seulement pour le geste.

Naissance d’un mythe

Lorsque Paul marche à travers les débris de ce qui faisait la Tour Eiffel, le malaise oppressant est déjà là, comme faisant partie d’un décor devenu habituel : une lune rouge étouffe le cadre et surtout des aspirations à une vie paisible. À la différence de quelques projets sortis ces dernières années (tel que La dernière vie de Simon), Le dernier voyage est un film qui réussit à construire son propre mythe par la démarche qu’il entreprend. En 2021, le marché de la science-fiction semble saturé et asphyxiant pour un nouveau venu. En effet, Star Wars et Mad Max sont passés par là; et se placer sur leur terrain de jeu est une tentative perdue d’avance. C’est donc en raison de la juste digestion de cet héritage cinéphilique que ce nouveau film parvient à faire naître un mythe, suffisant et adapté.

Un dîner à l’américaine devient l’arsenal d’une scène de combat entre deux frères, les voitures volent à l’aide d’une énergie récupérée sur cette mystérieuse lune, une ville délabrée et malfamée constitue le dernier bout d’humanité, à la frontière des terres devenues inhabitables. Cet effort de mise en scène, certes très référencé, se transforme en cadre scénaristique car le réalisateur parvient à resserrer le champ de vision sur ce qui est fondamentalement nécessaire. Les scènes spatiales sont à ce titre plutôt évocatrices : Paul est filmé dans son dernier voyage avec humanité plutôt qu’héroïsme et la tension joue sur une crainte invisible mais jamais sur une terreur physique. L’ensemble de ce procédé rend le film véritablement utile car il permet de faire d’une pierre deux coups, de s’inscrire dans le genre de la science-fiction, tout en explorant un nouvel espace, contemporain, encore peu exploité, à savoir celui de la terreur naturelle.

« Cette fois, fais-moi confiance »

Derrière le scénario et la relation entre la jeune adolescente et le héros se cache en réalité une nouvelle interprétation des codes classiques du film d’anticipation. Le dernier voyage s’insère parfaitement dans le questionnement de notre siècle : quelle place donner à la jeunesse ? La génération au pouvoir – coupable de certains maux environnementaux – est-elle si compétente pour réparer les fautes qu’elle a commise ? Un jeune réalisateur, à l’ambition proportionnée, un protagoniste faisant office de seul espoir… Et si nous y croyions ?  

Le premier long-métrage de Romain Quirot apparaît dès le 19 mai comme un cri d’espoir en la faveur de la jeunesse. Qu’elle soit derrière ou devant la caméra, dans l’espace pour détruire une menace ou en train de mettre au point les outils permettant les progrès de demain, elle est la solution. Le dernier voyage est une proposition de cinéma comme on en aimerait plus en France : à l’ambition modérée mais au pari réussi. Et si le futur était fait de jours heureux ? Et si nous faisions confiance à ce film plutôt qu’à un blockbuster pour une fois ?

Nicolas Moreno

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