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Tour d’horizon #5 : L’Irlande du Nord

Certes l’Irlande du Nord n’est pas un pays mais une nation du Royaume Uni. Or, c’est parce qu’elle est trop souvent méconnue, oubliée ou confondue que j’ai décidé de vous la présenter. Religion, indépendance et plaines vertes … Que faut-il donc retenir à son sujet ?

Il était une fois l’Irlande du Nord…

S’intéresser à l’histoire de l’Irlande du Nord c’est se pencher sur ses affaires de religion et la question d’indépendance. Pour y voir un peu plus clair, je vous invite à remonter au XIIe siècle. À cette époque aucune frontière ne sépare l’île irlandaise, et le Royaume-Uni est encore inexistant. Sur le territoire des groupes d’hommes ont l’habitude de s’affronter afin de se disputer le pouvoir. Or en 1169, l’un des belligérants décide de faire appel à l’Angleterre. C’est donc là que tout aurait commencé. Celle-ci répond à l’appel mais profite de l’occasion pour s’installer sur cette terre à laquelle elle ne prête finalement pas un grand intérêt. Trois siècles plus tard le protestantisme apparaît en Europe. Les Anglais s’y convertissent tandis que les Irlandais maintiennent leur attachement au catholicisme. Une divergence que les Anglais perçoivent comme une menace. C’est pourquoi, ces derniers décident de coloniser définitivement l’île. Les terres sont confisquées et les répressions s’enchaînent.

Nous arrivons au XIXe siècle, où intervient un tournant historique : la grande famine irlandaise. Les pommes de terre, principale ressource alimentaire des habitants, sont touchées par l’épidémie dite de « mildiou ». Entre les morts et les départs, la population perd près de deux millions d’habitants soit un quart de sa population. L’Angleterre, qui a pourtant les moyens suffisants pour leur venir en aide, n’intervient pas. Une passivité qui exacerbe les tensions existantes surtout que depuis 1801 l’Irlande est rattachée au Royaume-Uni.

Quelques décennies plus tard au cours de la Première Guerre mondiale, alors que les Anglais sont mobilisés, les Irlandais décident de passer à l’action avec l’insurrection de Pâques (1916). Leur objectif est la création d’une république irlandaise. La réponse anglaise ne se fait pas attendre : Dublin est bombardé. A la suite de cet événement, les indépendantistes irlandais multiplient les attentats ciblés. Une rébellion que les Anglais ne parviennent pas à étouffer.  Finalement en 1921, un accord est trouvé : l’île irlandaise est coupée en deux. Au sud se forme l’état libre d’Irlande majoritairement catholique. Au nord, le territoire reste rattaché au Royaume-Uni où se poursuivent les affrontements entre catholiques nationalistes et protestants loyalistes. La guerre civile continuant, l’armée britannique est déployée. De nombreux nationalistes sont emprisonnés. Puis le 30 janvier 1972, des officiers tirent sur des manifestants catholiques. Quatorze d’entre eux y perdent la vie, c’est le Bloody Sunday. Le célèbre groupe de rock irlandais U2 leur dédie une chanson « Sunday Bloody Sunday ».

Le conflit perdure et s’étend même sur le territoire anglais où se produisent de multiples attentats. La première ministre Margaret Thatcher est la cible de l’un d’entre eux.  Pour que les tensions s’apaisent, il faut attendre le 10 avril 1998 date du « Good Friday agreement ». Celui-ci organise notamment la libération de prisonniers politiques et les nationalistes doivent eux renoncer à une réunification irlandaise. Le traité est adopté par un référendum. Depuis le chapitre des « troubles » s’est donc refermé mais les tensions –certes amoindries– ne sont pas prêtes de s’éteindre. 

Politique

Souvent oubliée, l’Irlande du Nord est bien l’une des nations composantes du Royaume-Uni avec l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Angleterre. Son statut politique le rattache donc à la monarchie et au gouvernement dirigé actuellement par Boris Johnson. Mais sa politique locale se caractérise comme son histoire par les questions d’indépendance et de religion. Aujourd’hui les mêmes camps se font face : les protestants unionistes favorables au Royaume-Uni et les catholiques nationalistes partisans d’une réunification irlandaise. Les partis correspondants sont le DUP (Democratic Unionist Party) et le Sinn Féin (« Nous-mêmes » en gaélique).

Depuis l’adoption du « Good Friday agreement », l’Irlande du Nord bénéficie d’une décentralisation du pouvoir renforcée. La nation dispose d’un gouvernement local et d’une assemblée qui se doivent d’être partagés entre catholiques et protestants. A la tête de l’Irlande du Nord se trouve aujourd’hui une femme, la première ministre Arlene Foster. Elle est la cheffe du parti unioniste démocrate (DUP). Elle est épaulée par une vice première ministre, Michelle O’Neill, quant à elle issue du Sinn Féin.

 A présent vous vous posez peut-être la question : quel est le drapeau de l’Irlande de Nord ? La réponse est assez complexe. Entre 1953 et 1973, le drapeau reprenait la bannière de l’Ulster ornée d’une main rouge et d’une couronne.

Drapeau de l’Irlande du Nord entre 1953 et 1973

Or, celui-ci ne faisant pas l’unanimité par la présence de la couronne, il a finalement perdu son statut officiel. Aujourd’hui, c’est théoriquement le drapeau de l’Union Jack qui représente l’Irlande du Nord. Néanmoins, il n’est pas officiel : pour preuve, aucun drapeau n’est hissé devant la mairie de Belfast. En effet, depuis un vote du conseil en 2012 il réapparaît uniquement lors d’événements particuliers. Des discussions sont toujours en cours pour en créer un. Cependant, les deux communautés ne semblent trouver aucun accord à ce sujet encore très tabou.

Géographie

Nous nous trouvons au nord-ouest de l’Europe au milieu des îles britanniques. Sa superficie est de 14 139 km², soit un sixième de l’île irlandaise entière. Pour avoir une idée de comparaison, sachez que l’Ile de France s’étend sur 12 012 km². La nation compte environ 1,87 millions d’habitants. Belfast, la capitale, compte 340 200 habitants.

Concernant le climat, ce n’est pas un secret il fait bien sûr humide mais relativement doux. Son territoire est connu pour ses plaines verdoyantes peuplées de moutons. Mais au-delà des clichés, il se distingue également par le Lough Neagh, situé en son cœur. Il s’agit du plus grand lac des îles britanniques. Partout la nature se fait sinon omniprésente offrant ainsi un riche décor (montagnes, plages, forêts…). Au sud, Slieve Donard (850m) dans les Mourne Mountains offre le plus haut sommet du territoire. Mais l’Irlande du Nord tient aussi sa réputation par les paysages qu’offre sa côte nord. Sachez que celle-ci a été grandement plébiscité pour le tournage de la série Game of Thrones. Vous pouvez y découvrir de belles plages et la fameuse Giant’s Causeway, un site placé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Giant’s Causeway/ Credit Photo : Océane Caillat

Culture et Gastronomie

Par son histoire passée, son identité culturelle est bien évidemment double. Influences britanniques et irlandaises se mêlent inévitablement. Premièrement, si on remonte au XVIIe et XVIIIe siècle et que l’on s’intéresse à la peinture, l’influence anglaise est évidente. La raison principale vient du fait que c’est en Angleterre que le commerce se fait le plus important. Les peintres irlandais quittent massivement leur île natale afin de répondre à la demande anglaise. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que les peintres locaux apprennent à s’y détacher et s’ouvrent à d’autres influences européennes dont l’impressionnisme français. Aujourd’hui, la peinture occupe toujours une place importante en Irlande du Nord. De nombreuses galeries d’art contemporain sont à découvrir à Belfast.

Si on s’intéresse à la littérature à présent, là encore l’Irlande du Nord n’a pas à rougir des œuvres de ses natifs. L’un d’entre eux a d’ailleurs obtenu un prix Nobel de littérature en 1995 : le poète Seamus Heaney. Il s’agissait de l’un des poètes anglophones les plus appréciés et reconnus sur la planète. Ses mots ont d’ailleurs été repris à de nombreuses reprises lors de la campagne électorale de Joe Biden. Quant au cinéma, celui-ci souffre encore trop de la concurrence irlandaise et reste aussi bien souvent dans l’ombre des productions anglaises. De plus, la plupart des œuvres cinématographiques traitent des conflits passés. Une récurrence peut être responsable de cette timide émancipation du septième art nord-irlandais. Seulement, il y a quelques années une série phénomène désormais disponible sur Netflix est née en Irlande du Nord. Très populaire chez les nord-irlandais, la série « Derry Girls » a aussi su convaincre vers l’Europe et au-delà. Un succès dont sont très fiers les habitants de Derry où se dresse d’ailleurs un grand street-art à l’effigie de ses personnages.

Street art « Derry Girls » à Derry/ Credit Photo : Océane Caillat

Pour finir, on va s’intéresser au régime alimentaire des nord-irlandais. Les plats traditionnels se composent de mouton ou de saucisses. L’ail est souvent mis à l’honneur notamment avec la garlic sauce. Puis concernant les accompagnements, la pomme de terre est toujours très populaire dans les assiettes locales. Enfin, on ne peut pas évoquer l’Irlande du Nord sans marquer un arrêt au stand boissons. La bière fait parti des produits caractéristiques dont la célèbre Guinness appréciée pour son goût amer. Le cidre et le whisky trouvent aussi leurs amateurs. La Old Bushmills Distillery est d’ailleurs l’une des principales attractions touristiques de l’Irlande du Nord. En tout cas, si vous venez trinquer dans la région n’oubliez pas de dire « Cheerz » !

Océane Caillat

Credit photo image bannière : Saint Patrick Centre

Océane Caillat

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