On’

(DERNIER) What’s Up Confinement #23 – On’ philosophe avec Ada, qui anime des ateliers pour des adolescents !

Praticienne en philosophie, Ada est une apprentie-professeure avec un parcours hors-du-commun, guidé par des motivations philanthropiques et philosophiques. Depuis un an, dans le but d’accompagner et de structurer leurs réflexions, elle organise des ateliers pour des adolescents en situation de vulnérabilité…

On’ : Bonjour Ada, présente-toi…

« Je m’appelle Ada Loiret, et je suis diplômée d’un Master M.E.E.F de Philosophie, obtenu à l’INSPE de Paris (2020). J’ai fait des études de philosophie car je me suis rendu compte assez tôt que cela était utile pour bien vivre, et pour cerner les enjeux du monde contemporain. »

On’ : Comment est venue l’idée des ateliers philo ?

« Les stages que j’ai fait auparavant en agences et en entreprises m’ont fait réaliser que si j’avais une raison d’être, c’était dans l’accompagnement de l’autre à travers le dialogue. À mon sens, c’est là qu’il se passe vraiment quelque chose. C’est dans le langage que l’on se dévoile à soi et à l’autre.

Je ne souhaitais pas attendre de devenir enseignante pour transmettre la méthode du dialogue à des jeunes, qui, par ailleurs, se posent beaucoup la question du « pourquoi ? ». C’est ainsi que j’ai commencé les ateliers en octobre 2020. »

On’ : Où se passent tes ateliers, et à qui s’adressent-ils ?

« En foyer éducatif, en MECS [Maison d’Enfants à Caractère Social, NDLR] : les adolescents peuvent y vivre plusieurs années. Il s’agit d’un public particulièrement fragile, donc il faut faire attention à la portée des propos qu’on peut tenir.

C’est dans ces contextes qu’on réalise que la philosophie n’est pas forcément une discipline réservée à l’élite. Je considère vraiment ces adolescents comme des sujets capables de développer une pensée à caractère philosophique. D’ailleurs, à un aucun moment je ne passe par des références à d’autres philosophes ! Je pratique une sorte de maïeutique, un dialogue socratique, qui leur permet de libérer leur parole. »

On’ : Vois-tu un lien entre tes ateliers, et ta potentielle carrière de professeure de philosophie ?

« Alors, oui et non. Oui, parce que les deux s’inscrivent dans une volonté de transmettre. Mais non, parce que quand on enseigne pour l’éducation nationale, il y a un programme préétabli, ciblant un ensemble de connaissances, de contenus. Ainsi, il me semble qu’il peut y avoir là quelque chose d’un peu brusque et mécanique. Les élèves ne choisissent pas les thématiques abordées, les auteurs, les questionnements, etc.

Avec les ateliers, au contraire, il y a de la spontanéité ! Les participants sont impliqués dans le choix des sujets abordés, selon leurs envies et préoccupations du moment. De plus, je veille à entendre ce qui les travaille ici et maintenant, pour rebondir, et les aider à creuser et clarifier leurs idées et intuitions. »

On’ : Dis-nous en plus sur tes ateliers ! Comment se déroule une séance « classique » ? Et quels sont tes objectifs ?

« J’aime définir un espace sécurisant et propice à l’expression. Cependant, ce n’est pas parce que c’est un espace de libre expression qu’on fait et qu’on dit n’importe quoi : il y a un cadre. La spontanéité n’empêche pas de respecter certaines règles, et d’accueillir la parole des autres avec bienveillance.

En fin de séance, je demande aux adolescents le thème qu’ils veulent évoquer la semaine suivante, pour le préparer. Par exemple, lors du premier atelier, ils souhaitaient aborder le sujet « des hommes et des femmes ». Je leur ai donc proposé la question suivante : « Y a-t-il une différence entre les hommes et les femmes ? ». Au début, la réponse leur semblait évidente : « évidemment qu’il y a une différence entre les hommes et les femmes ! ». Mais au cours de l’atelier, ils ont déconstruit leurs croyances, en se rendant compte que cette question soulevait plusieurs d’enjeux : « de quelles différences parle-t-on ? Sont-elles culturelles ou bien naturelles ? Les différences biologiques sont-elles le résultat de la culture, de la coutume, de pratiques ? Pourquoi dit-on parfois « sois un homme » ? Qu’est-ce que la virilité ? Pourquoi considère-t-on que les filles sont parfois plus émotives que les garçons ? », etc. L’idée est que ce soit eux qui interrogent leurs propres représentations. »

Ada, en sortie au musée à Florence. © Copyright Ada Loiret

On’ : Et quel rôle tiens-tu dans les ateliers ?

« Les jeunes me font la demande explicite d’être une médiatrice de parole, en instaurant un espace d’expression, de débat. L’idée est de leur montrer que je peux répondre à leurs besoins. Je ne les infantilise pas, je cherche à voir en eux leur personnalité, leur potentiel… Ce qui fait qu’ils me témoignent beaucoup de bienveillance et de générosité. »

On’ : Suis-tu une méthode pédagogique particulière ?

« D’une part, je suis celle de Matthew Lipman [un ancien professeur de l’Université de Colombia, créateur d’une « philosophie pour les enfants », NDLR]. En ayant principalement recours à des questions, il s’agit de structurer l’échange et de mobiliser la pensée, y compris lors d’activités artistiques. La diversité des points de vue, présentés de la manière la plus argumentée possible, engage le questionnement. D’autre part, mon rôle s’inscrit dans la continuité du geste de Freinet [pédagogue français, NDLR], qui place les élèves comme acteurs de leur apprentissage. En me fiant à sa méthode, je laisse une place à l’improvisation, tout en restant attentive à ce qui se produit durant la séance, pour saisir le rythme et les besoins de chaque adolescent.

Lors d’un atelier ayant pour sujet « Qu’est-ce que le courage ? », les jeunes ont dessiné une situation exposant les peurs d’une personne, puis une seconde situation où cette même personne vient les dépasser. L’idée est de pouvoir illustrer concrètement ce dont on parle. Combiner abstraction et vécu ! »

On’ : Peux-tu décrire une de tes plus belles expériences en atelier ?  

« C’était lors de la séance qui avait pour sujet « Pourquoi trouvons-nous que la nature est belle ? », où les jeunes ont d’eux-mêmes fait le lien entre les différents sens que revêt le mot « nature » (ressources naturelles, nature humaine, etc.). Ils l’ont admirablement analysé, suivant les types de beautés que je leur avais proposés : beauté intérieure et extérieure, naturelle et artificielle, proportionnée, spontanée. Je n’ai presque pas eu à intervenir : ils ont fait preuve de beaucoup d’autonomie dans la gestion de la parole. J’ai alors été convaincue de ma démarche. C’était une belle réussite, autant pour eux que pour moi, l’idée étant que je puisse m’effacer pour qu’ils interagissent entre eux dans le respect et l’écoute mutuels. Les jeunes prennent également conscience que leurs propos sont sensés, qu’ils peuvent construire une parole intelligente. »

Un dessin d’Ada mis en lien avec une citation de Marcel Proust, pour les jeunes d’un des ateliers. © Copyright Ada Loiret

On’ : Comment envisages-tu l’avenir ?

« J’aimerais bien pouvoir vivre de mes ateliers. Mais c’est compliqué : je les fais principalement le soir ou le week-end, les adolescents ayant école la journée. L’idée serait donc d’être professeure, afin d’avoir un emploi stable pour continuer mes ateliers à côté, et poursuivre mon travail avec les jeunes ! Je vais par ailleurs animer des ateliers dans un lycée dans lequel je suis actuellement assistante d’éducation (AED). Ce sera un public différent, et cela me réjouit d’essayer différents formats d’ateliers.

J’aimerais me servir de cette expérience pour à l’avenir alimenter mes cours de philosophie… Je commence aussi à songer à m’inscrire en fac de psychologie. La philosophie ne permet pas de tout comprendre : parfois, il semble qu’on doive avoir recours à la psychologie pour éclairer des zones d’ombres. J’aimerais pouvoir m’appuyer sur une étude du psychisme humain pour répondre à certaines questions. »

Vous pourrez donc peut-être prochainement retrouver Ada, dans un parcours à mi-chemin entre la psychologie et la philosophie… En tout cas, On’ lui souhaite beaucoup de joie pour la suite de ses ateliers ! Maintenant, On’ passe au « chili sin carne » végan de Kipo, qui lui est tout droit inspiré de son amie Adèle…

💸 : €€
🥗 : Recette végan
🍴 (3 personnes) : 100g de tofu fumé / 1 boîte de taille moyenne d’haricots rouges / pulpe de tomate en boîte / 1 oignon / 1 gousse d’ail / poivre / sel / paprika / cumin / origan / tabasco rouge / huile d’olive
💪 : Facile
✈️ : Mexicain 🇲🇽


Déjà, je voulais dire merci à ma copine Adèle pour l’inspiration !

• Dans un fait tout, mettez un filet d’huile d’olive, et faites caraméliser vos lamelles d’oignons. Ajoutez l’ail écrasé.
• Pendant ce temps, coupez votre tofu en petits dés. Puis rajoutez-les avec votre oignon. Laissez griller le tout quelques minutes.
• Ajoutez la pulpe de tomate ainsi que le poivre, sel, paprika, cumin et origan. Laissez mijoter, puis mettez dans la préparation les haricots rouges, ainsi que le tabasco.
• Laissez encore mijoter à feu doux pendant 10 minutes environ, servez avec du riz et c’est prêt !

Bon appétit !              

[La note de Paul, chef de rubrique] : Merci beaucoup à Ada et Kipo d’être intervenues sur ce What’s Up Confinement #23, qui clôt cette série de portraits étudiants !

J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à découvrir ces témoignages, que moi à les corriger et les retravailler. Je tiens à vivement féliciter nos 22 invité.e.s de leur investissement : en partageant fougueusement leurs passions, elles et ils ont pu nous faire prendre conscience de la nécessité et de la diversité des arts, de la littérature, de la cuisine, du sport, de l’étude des langues, ou encore, de la philosophie ! Bravo également aux 6 autres rédacteurs de la rubrique, Alix, Mathilda, Cynthia, Yasmine, Marc, et Clarisse. Chacun de leurs entretiens a été une petite bouffée d’air hebdomadaire, au milieu du chaos des sept derniers mois. Et n’oublions pas nos chères Jeanne et Ceyran, ayant assuré la relecture et la mise en ligne de ces articles. Dès la semaine prochaine, vous pourrez de nouveau écouter les conseils-sorties de Clarisse, rouvrant le bal des « What’s Up Paris » post-confinement. Prenez soin de vous, et surtout : « Stay On’ ! ».

Pour continuer à suivre Ada et Kipo…

Le site d’Ada, dédié à ses ateliers : https://www.lesateliersdephilosophie.com/.

Le compte Instagram de Kipo : @__food_kipoo__.

Mathilda Mille

Photo de couverture : ©Copyright Ada Loiret

Pour contacter la rubrique, écrire un article et/ou proposer un contenu : rubrique.sortiraparis@on-media.fr.

La rédaction

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