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Prix On’ 2021 / Romans : « Les bons garçons » de Pierre Adrian

Pour cette nouvelle édition du Prix littéraire On’, nos jurés se sont penchés sur six romans de la rentrée littéraire de septembre 2020. Toutes les deux semaines, découvrez ce qu’ils ont pensé des livres en compétition. Au programme cette semaine : Les bons garçons de Pierre Adrian, aux éditions Les Equateurs.

Rome, 1975. Alors que les vacances d’été touchent à leur fin, Raffaella et Maria Grazia, deux jeunes Italiennes du peuple, profitent des derniers instants de liberté. Les deux amies débordent d’ambition et d’envie, et semblent bien décidées à provoquer la chance au détour d’une rencontre. Et lorsque leur chemin croise celui de trois garçons des beaux quartiers, Raffaella et Maria Grazia voient l’opportunité d’enfin côtoyer la belle société, celle qui s’est toujours refusée à elles, cantonnées à l’appartement familial bondé et aux odeurs d’huile et de linge propre. Aveuglées par leur volonté de s’élever socialement, les deux jeunes filles ne verront pas le danger approcher et deviendront, malgré elles, les victimes du « massacre du Circeo ».

Aymée Nakasato : « Un style vif et fluide »

Jusqu’où un drame peut faire écho à la mythologie ? « Là-bas, racontait-on, les bateaux d’Ulysse et de ses compagnons avaient débarqué non du palais de Circé. Au cours d’un banquet de fête, la magicienne avait ensorcelé les marins. Et les hommes s’étaient transformés en porcs ». Ce roman noir retrace la rencontre entre trois jeunes hommes des beaux quartiers de Rome et deux jeunes filles des faubourgs populaires qui vire au cauchemar, dans une immense villa, comme un piège tendu en évidence un soir d’été 1975 où « les visages inconnus n’étaient pas les bienvenus, les étrangers étaient déjà présumés coupables ». Un roman qui vous emmène dans l’Italie de Pasolini à travers l’insouciance de la jeunesse, les jeux de séduction, le mépris de classe et l’amitié dans un style vif et fluide.

Estelle Cocco : « Un roman puissant au sujet brûlant »

Basée sur un fait réel, l’histoire relatée dans Les bons garçons glace le sang. Tout au long du texte, la barbarie côtoie l’innocence, la violence gravite autour de la pureté. Dans l’effervescence d’une fin d’été merveilleusement racontée par l’auteur, Raffaella et Maria Grazia vont effectivement goûter à la cruauté de ne pas faire partie du bon monde. Trop jeunes, trop naïves ou tout simplement trop vivantes, les deux jeunes filles paieront cher leur soif d’ascension sociale face à la brutalité des privilégiés. En s’inspirant du tristement célèbre « massacre du Circeo », Pierre Adrian signe ainsi un roman puissant au sujet brûlant, puisque les évènements prenant place dans l’Italie des années 1970 pourraient tout-à-fait trouver leur pertinence dans l’actualité du 21e siècle. En effet, aujourd’hui, rien n’a changé. Les femmes sont toujours tuées pour le simple fait d’être femme, et traiter d’un tel sujet au travers de l’écriture contribue grandement au rayonnement de la cause. D’autant plus que l’auteur fait preuve d’une grande délicatesse en accordant plus d’importance au développement de ses personnages et de leurs sentiments qu’à la description de l’acte odieux. Ainsi, Pierre Adrian ne tombe pas dans l’exercice regrettable et pervers consistant à dépeindre l’excès qui est dénoncé, permettant alors de satisfaire l’inavouable esprit malsain de certains. Le seul bémol à relever dans Les bons garçons tient peut-être à l’écriture de Pierre Adrian. Si les premières pages du récit font penser à un scénario tant l’immersion par les cinq sens est totale pour le lecteur, il n’en est pas de même pour les suivantes. Avec une écriture parfois abstraite et déséquilibrée, l’auteur signe un roman inégal dans sa forme où les trop nombreux passages décrivant les paysages empiètent sur ceux beaucoup plus dynamiques et qui fondent réellement le récit.

Juliette Guérit : « L’écriture est remarquable »

Un livre qu’on a du mal à lâcher. Pierre Adrian nous embarque dans l’univers de deux jeunes italiennes issue des quartiers pauvres de Rome. Dans l’atmosphère à la fois séduisante et inquiétante de l’été, elles font la rencontre d’une bande de garçons des beaux quartiers. Comme elles, on se laisse avoir par leur charme. L’auteur nous emmène doucement jusqu’au moment où l’histoire va basculer dans l’horreur, distillant quelques indices sur la personnalité des garçons au fil des pages. L’écriture est remarquable. Un passage du récit est particulièrement réussi : le trajet en voiture entre Rome et le Mont Circeo, le lieu où le drame va se nouer. Notre angoisse monte en même temps que celles des héroïnes, au fur et à mesure que le piège se ferme derrière elles. Pierre Adrian fait un parfait parallèle entre le mythe de Circé et l’histoire du roman. « Les hommes s’étaient transformés en porcs. » La phrase glace le sang. Dès lors, on devine que l’issue sera tragique pour Maria et Gabriella. Comme les lieux du drame, on reste longtemps hanté par l’histoire de ces deux filles.

Source image de bannière : Les Equateurs

Aymée Nakasato, Estelle Cocco, Juliette Guérit

La rédaction

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