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Protection animale : quelle réalité aujourd’hui en France ?

La protection animale est aujourd’hui un combat bien connu en France. Que ce soit par la SPA (Société Protectrice des Animaux), association vieille de plus de 175 ans, ou par les vidéos chocs diffusées par L214, les Français.e.s savent qu’il s’agit d’une cause défendue. Ils sont d’ailleurs nombreux à y être favorable, 89 % selon les statistiques de 2019 de l’IFOP. Mais malgré cela, des visions stéréotypées persistent, notamment à l’égard des militants activistes. On les dit parfois « extrémistes », et même « violents ».

Au milieu de ces représentations variées et parfois contradictoires, On’ essaye de comprendre ce qu’est la cause animale aujourd’hui, qui sont les gens qui la portent et quels moyens sont mis en œuvre pour la défendre.

Une cause plurielle, des profils variés

La cause animale peut se définir comme l’ensemble des actions qui visent à la protection, la libération et l’obtention de (plus de) droits pour les animaux.

Par la variété des animaux qui existent, et par l’ampleur des oppressions qu’ils subissent, la cause animale est très large et regroupe de nombreux acteurs et actrices. Des animaux domestiques de compagnie aux animaux sauvages exploités pour les loisirs ou chassés, en passant par ceux destinés à la consommation alimentaire ou à la recherche en laboratoire, les défendre peut prendre de nombreuses formes. Ce sont traditionnellement les associations et les ONG qui ont porté cette mission. La SPA par exemple, a été créée en 1845, et avait à l’époque pour but de protéger les chevaux maltraités par les cochers. Selon Juliette De La Cruz, bénévole à la SPA de Gennevilliers, cette ancienneté est un atout. Pour elle, « Le mot SPA fait tout de suite écho aujourd’hui et la longévité de l’association apporte un gage de sérieux auprès du public ». Et il est vrai qu’avec 30 Millions d’amis, la SPA est une des associations les plus reconnues, non seulement par le public, mais aussi par l’État, puisque ce sont elles qui reçoivent le plus de subventions.

A côté d’elles, d’autres grandes associations, plus récentes, mènent des actions sur d’autres champs. L214 Éthique & Animaux, association de loi 1908 fondée en 2008, centre ses actions sur les animaux destinés à la production alimentaire et combat l’élevage intensif. Elle porte une vision abolitionniste sur ces pratiques. Pierre-Edouard Olive, référent du groupe de bénévoles L214 dans le Calvados, rappelle : « à court terme, l’objectif est l’amélioration des conditions de vie et d’abattage des animaux, mais à long terme, L214 est pour l’abolition de l’élevage, parce que voir un animal comme une ressource, c’est permettre des pratiques qui vont à l’encontre du bien-être animal. On ne peut pas tuer avec respect. ». Cette position abolitionniste n’est pas partagée par toutes les associations, certaines prônent en effet des pratiques « welfaristes », terme dérivé de l’anglais qui signifie bien-être. CIWF, par exemple, défend aussi les animaux destinés à l’alimentation mais prône davantage la mise en place d’un élevage durable, dans lequel les animaux accèdent au bien-être.

Cause multiple, défendue par de nombreux acteurs et actrices, la cause animale n’a pas de « profil type », si ce n’est que la part des femmes engagées est plus importante (63 à 80% selon les sources disponibles). Elle regroupe des personnes de tous les âges, des salariés et des bénévoles, ainsi que des gens de tous régimes alimentaires (végétariens, végan ou non).

Par ailleurs, l’image des militant.e.s qui mènent des actions « choquantes » est très présente dans l’opinion publique. On pense typiquement aux actions de PETA (People for Ethical Treatment of Animals). Par exemple, le 23 août 2019, PETA a organisé une action mettant en scène un (faux) chien grillé sur un barbecue avec une pancarte « chien ou cochon, quelle différence ? ». Le but était de questionner sur le spécisme, c’est-à-dire la hiérarchie que nous avons construite entre les espèces en fonction des pays et des cultures, en considérant certains comme des produits d’exploitation ou nuisibles, et d’autres comme compagnons. Ces actions sont en réalité minoritaires. Elles sont en revanche beaucoup montrées et relayées dans les médias, ce qui a pour conséquence de rendre cette problématique plus visible, mais aussi de réduire le travail des associations à ce type d’action, alors que, sans nier l’intérêt des actions choc, le champ d’action des associations est en réalité bien plus grand.

Agir auprès des animaux et pour les animaux

Sensibiliser le public à la cause animale, c’est un des objectifs que partagent beaucoup d’acteurs et d’actrices de la défense animale. Juliette De La Cruz, bénévole à la SPA, et Pierre-Edouard Olive de L214 insistent tous les deux sur la part importante que cela représente. L’enjeu est ici de faire évoluer l’opinion publique, d’encourager une prise de conscience sur ce que subissent les animaux ainsi que des changements de certaines habitudes de consommation. En tant que co-référent de L214 dans le Calvados, Pierre-Edouard Olive organise ou coordonne régulièrement des actions de sensibilisation pour l’association. Elles peuvent prendre plusieurs formes. « Il y a d’abord des actions au niveau national, qui peuvent être organisées en fonction du calendrier. Par exemple, à la Chandeleur, on propose aux gens de goûter des crêpes vegan, et on sensibilise en même temps à l’exploitation des animaux pour le lait et les œufs. Au niveau local, on peut aussi tenir des stands à des événements ou forums. Et enfin, L214 mène des actions en ligne ». Ce dernier aspect, la sensibilisation en ligne, s’est particulièrement développée pendant le confinement. Les retours sont décrits comme positifs, majoritairement, ce qui confirme un début de prise de conscience et d’intérêt pour la cause animale.

Une autre manière d’agir pour les animaux est évidemment le sauvetage et l’accueil. La SPA est particulièrement active sur ce point. Elle prend en charge des animaux de compagnie principalement, mais aussi des animaux de ferme dans les refuges qui ont la capacité d’accueil nécessaire. Juliette De La Cruz, bénévole SPA, estime que « le refuge est important, car il permet de désengorger les fourrières et ainsi d’éviter beaucoup d’euthanasies ». En 2020, la SPA a accueilli 40 000 animaux et en a fait adopter 38 000. Sachant que 100 000 animaux de compagnie sont abandonnés chaque année, ces chiffres montrent l’ampleur de l’action d’accueil de la SPA. Plus localement, des refuges ou sanctuaires prennent en charge des animaux de compagnie ou de ferme. L’association GroinGroin, dans la Sarthe, par exemple, est un refuge spécialisé dans l’accueil de cochons. Les animaux sauvages, blessés ou orphelins peuvent eux aussi être accueillis dans des refuges spécialisés en raison des besoins que requièrent ces animaux mais aussi parce que la législation pour l’accueil de la faune sauvage est très stricte. A l’échelle nationale, le sauvetage et l’accueil permettent une réelle amélioration du bien-être des animaux.

De plus en plus d’actions institutionnelles et en politique

Aux élections européennes de 2019, le Parti Animaliste a obtenu 2,2 % des voix. Plus récemment, en janvier 2021, une loi à été votée à l’Assemblée contre la maltraitance des animaux domestiques. Depuis quelques années, les actions au niveau des institutions se multiplient et de nouveaux acteurs importants émergent. Créé en 2016, le Parti Animaliste envisage et agit en faveur d’« une évolution de société qui prend en compte les intérêts des animaux et qui repense la relation entre les animaux et les humains ». Laurence Volbart, aujourd’hui correspondante à Paris pour ce parti, dit l’avoir rejoint à sa création en 2016 car il permettait de porter la cause animale plus loin en politique. Elle estime que le Parti Animaliste joue le rôle d’un « aiguillon » en politique. « Notre but n’est pas d’être élus aux élections présidentielles, puisque le programme [du parti] ne concerne que les animaux, mais plutôt d’obtenir des représentants dans différentes instances, pour que la question des animaux soit mieux défendue ». S’il n’a pas eu de député européen en 2019, le parti a obtenu récemment ses 11 premiers élus aux municipales de 2020. « Leur présence est d’abord symbolique, explique Laurence Volbart, mais elle permet aussi la mise en place d’actions et de mesures concrètes en faveur des animaux ». Eddine Aritztegui, par exemple, est adjoint au maire chargé du bien-être animal à Montpellier. Il initie des mesures visant à améliorer la protection animale sur Montpellier, entre autres la création d’un hôpital pour la faune sauvage, et la formation d’un officier de police municipale référent sur les questions liées aux animaux.

Moins connue, mais tout aussi importante, Convergence Animaux Politique (CAP) est une association de lobbying, l’unique du genre, qui agit exclusivement en politique. Milton Federici, chargé des affaires publiques de l’association, décrit CAP comme un « acteur facilitateur de liens entre les associations de protection animale et les politiques ». À travers l’organisation d’événements, de rencontres, de rendez-vous parlementaires, CAP permet la construction d’un réseau d’acteurs et d’actrices qui défendent la cause animale. «  On n’est pas une force politique en tant que telle, on est neutre, rappelle Milton Federici, mais nos actions permettent de politiser la question animale, et de mener à des actions institutionnelles. ». Il estime également que CAP est complémentaire des associations de protection animale et du Parti Animaliste.

La défense de la cause animale prend de multiples formes d’actions et réunit de nombreuses personnes. Si les modes d’actions traditionnelles sont le sauvetage, l’accueil, et la sensibilisation, une réelle politisation semble s’opérer depuis plusieurs années. Cela laisse espérer que de nombreux progrès seront réalisés prochainement.

Juliette Benguigui

Crédit Image : Viviane de SSP

Juliette Benguigui

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