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Interview: la streameuse Nahomay

En complément du dernier grand format sur les nouvelles technologies consacré à la démocratisation du streaming sur Twitch, la parole des créateurs se devait aussi d’être mise en avant. Si nous avions vu comment beaucoup s’étaient initiés à la consommation de contenu sur Twitch durant l’année 2020, Nahomay, streameuse chevronnée, nous donne sa vision sur la plateforme et nous explique comment elle a vécu cette drôle d’année. Entretien.

– Tu peux te présenter, pour ceux qui ne te connaissent pas? Quand et comment as-tu découvert Twitch? 

Je suis streameuse depuis 5 ans, et j’ai découvert la plateforme il y a 7 ans. Je suis une streameuse multigaming, ce qui veut dire que je joue à différents jeux. J’essaie aussi de proposer des contenus conceptuels, et des lives où on discute avec les viewers.

J’ai commencé par YouTube. Cela m’a permis d’avoir une petite communauté au moment de me lancer sur Twitch. 

– Tu penses que cela est nécessaire d’être présent sur Twitch et Youtube en tant que streamer?

Les deux supports sont complémentaires. Cela permet aux viewers de rattraper ce qu’ils ont raté avec des best of, des condensés ou des replays intégraux. Les chaînes avec du contenu dynamique sont plutôt là pour acquérir de la communauté, tandis que les replays bruts sont plutôt là pour la communauté déjà établie et qui veut retrouver les vieux lives.

– Pourquoi Twitch et pas une autre plateforme? 

J’adore le concept d’interactivité, qu’il n’y avait pas sur YouTube en dehors des commentaires. J’ai découvert Twitch et j’en étais une habituée c’est donc cela qui m’a donné envie d’aller sur cette plateforme. Ensuite, mon contenu YouTube a évolué en fonction de ce que je voulais proposer sur Twitch, aujourd’hui je me sens plus streameuse que YouTubeuse. 

– Que penses-tu de l’évolution de Twitch toi qui es là depuis 5 ans? 

J’ai vu l’arrivée de nouvelles fonctionnalités liées au fait que Twitch soit la propriété d’Amazon. Les abonnements avec Amazon Prime d’abord, qui font que les gens peuvent s’abonner plus facilement. Il y a eu l’arrivée des bounty twitch aussi, j’ai même du mal avec ça. Ce sont des opérations sponsorisées, négociées auprès d’entreprises que Twitch vient alors nous proposer. Cela concerne souvent la présentation d’un jeu en particulier. Le problème, c’est que l’on est toujours à la limite de remplir ses objectifs qui permettraient d’avoir un versement d’argent, c’est un peu punitif mais encourageant pour les petits et moyens streamers car Twitch s’adapte au nombre de viewers afin de proposer les quotas à remplir. Il y a ensuite l’arrivée des youtubeurs et de leur communauté qui a bousculé Twitch, avec une nette augmentation de l’audience. Arrivée de médias traditionnels aussi, je pense à Samuel Etienne (journaliste présentateur de “Questions pour un champion” et de la matinale de France Info) ou encore Jamy (ancien présentateur de “C’est pas sorcier”) . Le milieu se professionnalise, même les streamers que je suivais depuis 5 ans ont changé, et sont montés en qualité.

– Durant l’année 2020, la plateforme a tout bonnement explosé et s’est ouverte à un nouveau public. Comment tu l’as ressenti? 

Honnêtement, je n’ai pas ressenti de différence. Ma communauté est restée la même. Ça s’est joué à haut niveau, le monde attire le monde, c’est chez les plus gros streamers que la différence a dû se faire ressentir. Pour les streamers qui tournent autour de 100-300 viewers comme moi, la fluctuation n’est pas visible.

– Que penses-tu de cet intérêt pour la plateforme: selon toi, est-ce une bonne chose pour la plateforme d’avoir ce nouveau public plutôt novice ou cela peut avoir des désavantages? 

Face à ce nouvel afflux de personnes, il y a eu des nouvelles réglementations, sur la musique notamment, on peut se faire bannir à tout moment. Pareil pour les insultes, ce qui est on peut le dire assez commun pour les gamers. Certains ont même créé leur image là-dessus. Cela se rapproche d’un CSA alors que les gens venaient chercher une spontanéité et une liberté d’expression que l’on ne trouve pas à la télé par exemple. On glisse lentement vers un encadrement et une perte de liberté progressive. Personnellement, je ne me sens pas concernée, cela m’arrange même, car il peut y avoir des dérives notamment quand on est une femme qui joue aux jeux vidéos. Beaucoup de choses qui ne devraient pas être dites le sont sous couvert d’anonymat.

– Tu penses que cet intérêt ne faisait partie que d’un phénomène créé en 2020 ou d’une tendance plus pérenne ? Twitch est destiné à avoir de plus en plus d’audience selon toi?

Cela va durer, oui. Avec des émissions dignes de la télévision, cela ne peut que monter en puissance.

– Twitch – comme d’autres plateformes de streaming – pourraient-elles concurrencer Youtube ou TikTok et devenir un leader du divertissement? 

Ce sont des contenus complètement différents, Twitch est très chronophage. On peut venir sur Twitch et rester pour un let’s play de 6h! Sur YouTube on suit beaucoup de monde et le format a évolué vers des vidéos de 8-10 minutes, Tiktok c’est encore plus court avec des vidéos de quelques secondes à peine qui buzzent. Twitch c’est l’antithèse de tout ça, ça propose un rythme plus lent, tout est en direct, spontané et sans montage.

– 2020 a été une année particulière pour le streaming dans le monde entier. Quand tout le monde a dû s’arrêter de travailler, vous avez eu la chance de pouvoir continuer à travailler pendant le confinement. Comment as-tu vécu ça? 

Effectivement, nous avons eu cette chance de pouvoir continuer à vivre de notre activité pendant cette période, même si en fonction des situations c’est plus ou moins facile. Dans mon cas, devant partager l’espace de vie avec une personne qui, elle, avait dû arrêter de travailler, je n’ai pas réellement profité du confinement.

Je n’ai pas doublé les heures, alors que j’aurais pu car les gens étaient en recherche d’interactions sociales! Il y avait matière à travailler, mais cela montre aussi que streamer n’est pas juste jouer à un jeu. Il faut être constamment actif sur la plateforme, il ne faut pas disparaître, ne pas prendre de vacances ou très peu, gérer constamment sa communauté. Contrairement à Youtube où l’on peut arrêter et revenir comme si de rien était car on prépare du contenu à l’avance, et où les gens ne remarquent même pas ton absence. On repart de plus bas à chaque retour. C’est beaucoup de pression que les gens ne réalisent peut-être pas. On a peur de décevoir et envie de plaire, et cela demande des grandes qualités, même sur le niveau de jeu, même si moi les gens sont habitués à mes fails. *rires* Si l’on part trop longtemps, et que le viewer va voir d’autres lives et qu’il s’y plaît, il nous trouve alors un remplaçant. Les streamers proposent aussi des contenus de plus en plus longs, et personnellement j’ai du mal avec cette idée, car je pense que pour le long terme il est important de consacrer du temps à des activités hors-live et d’avoir une bonne hygiène de vie.

Propos recueillis par Bruno Esteban Garay, avec la contribution de Cynthia Zantout et Céline Surget.

La rédaction

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