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What’s Up Confinement #12 – Avec Alix, « le spectacle doit continuer » !

Le spectacle aura-t-il lieu? Profondément perturbé par la pandémie, le théâtre est un art vivant qui a la vie dure en ce moment. Retour sur le parcours et les questionnements d’une jeune comédienne: Alix Oliveau s’exprime sur sa vie et son sentiment au tournant de cette période de crise, véritable mise à l’épreuve de la créativité.

Un parcours riche, centré autour du théâtre

« Je m’appelle Alix Oliveau, j’ai 18 ans, et je suis en première année à l’école de théâtre Studio JLMB. L’année dernière j’étais en L1 Lettres et arts, dans la classe de Keziah, Mathilde, Paul, Soline et Kipo (voir What’s Up Confinement précédents). J’ai fait un bout de semestre en début d’année; puis j’ai arrêté, car ça ne plaisait pas vraiment. Je voulais faire une école de théâtre. Je fais aussi du chant: je suis dans une chorale et je fais de la flûte traversière depuis dix ans. Puis, il y a le ukulélé et le piano, mais je vois plus ça comme un accompagnement pour le chant. Le théâtre et la musique sont deux aspects très importants de ma vie. Déjà, d’un point de vue technique: en théâtre, il faut avoir une bonne maîtrise de la portée de sa voix et de son souffle, pour s’exprimer sur scène. Mais de toute manière, je pense que j’ai envie d’inclure le chant dans ce que je fais sur scène.

J’ai commencé le théâtre en primaire, à huit ans. Mais c’est seulement autour de mes seize ans que j’ai réalisé que c’était une part très importante de ma vie. Quand j’étais petite, je voulais être écrivaine, puis je me suis dit qu’il fallait « trouver un vrai métier ». Le théâtre me paraissait plus concret, plus palpable. Il y avait ce rapport direct de la scène au public. »

Photographie prise par Sara Litmanowicz, lors du spectacle d’Alix. Elle y porte son costume d’Alice et de Lady Macbeth.

Un projet artistique humaniste en devenir

« Le théâtre, et l’art en règle générale, permettent de montrer des choses sous un certain point de vu, un point de vu qu’on n’aurait pas soupçonné. Et grâce à l’exposition de ce point de vue, on dévoile une certaine forme de beauté, d’espoir, d’humanité. Avec l’art on exprime qui on est en tant qu’être humain, on met de soi, on ne peut pas mentir. C’est important, ça nous permet de garder espoir dans la nature humaine, surtout en ce moment, où on est chacun dans son coin. Il y en a qui sauvent des vies grâce à la médecine, et moi j’aimerai sauver les choses grâce à l’art! Une musique, une peinture peuvent nous permettre de prendre de la distance par rapport à la morosité du quotidien. Puis, le fait de partager des émotions difficiles nous aide à tenir. On découvre qu’il y a des issues qu’on n’imaginait pas, et qu’on n’est pas seul. C’est un écho de l’artiste qui résonne au public, et qui nous fait partager une vérité commune. Le masque tombe! C’est le côté paradoxal du théâtre: en se mettant dans la peau d’un autre personnage, on découvre en nous une vulnérabilité, une humanité qui avait pu nous échapper, et on la partage avec les spectateurs. »

Cliché pris par Etienne Oliveau (l’oncle d’Alix), lors du spectacle.

Le spectacle n’aura pas lieu!

« J’ai très mal vécu le premier confinement. C’est tombé deux jours avant mon anniversaire des 18 ans… J’étais dans un conservatoire à ce moment-là. On n’était pas prêt à basculer en distanciel. On ne peut pas vraiment faire des cours de théâtre par Zoom. Mais bon, le prof du conservatoire a quand même maintenu une communication régulière par mail et on a eu un cours par webcam. L’examen de fin de cycle était aussi à distance, il fallait se filmer en train d’interpréter un monologue. On nous a annoncé ça un mois et demi avant la date butoir, alors qu’on avait préparé un dialogue avec une amie. Je n’ai pas réussi à trouver la motivation de faire quelque chose.

Mais heureusement, le jour de l’échéance, le prof nous a accordé 2 jours de délai supplémentaires, compte tenu des circonstances. Après cela, j’ai eu une conversation avec une amie, elle a trouvé les mots pour m’encourager et je me suis décidée à le faire. J’avais 48H… Mais je me suis lancée, c’était un vrai défi! C’était à peu près au moment du déconfinement. Le tout dernier jour de l’échéance, je suis allée dans un parc et j’ai récité mon texte en face des passants. Finalement, j’ai eu les compliments d’un professeur, qui a trouvé cela authentique.

Le confinement m’a poussée à me recentrer sur moi-même, en me confrontant à tout ce qui n’allait pas dans ma vie. Mais il m’a aussi permis de réaliser à quel point j’avais besoin du contact social pour créer. J’ai vraiment besoin d’être stimulée par d’autres personnes, d’être dans un groupe. C’est ma façon de travailler. Puis, pendant le confinement, on a fait des petits jam session avec ma famille. C’était très sympa: la musique adoucit vraiment les mœurs! »

“The show must go on!”

« Pour le second confinement, je n’ai pas été confinée, puisque le gouvernement autorisait toujours les répétitions. C’était vraiment bien de pouvoir continuer. Le contact était maintenu et le projet aussi! On l’a rendu il y a deux semaines. On a pu inviter un public, en nombre très restreint. Il s’agit d’une pièce qu’on a créé nous-même, composée de plusieurs textes autour du thème de la « folie ». Mais, on n’aime pas trop utiliser ce terme: on voulait juste parler des différentes perceptions de la réalité. Notre prof nous disait: « si vous jouez un fou vous devez vraiment croire en ce que vous voyez ». Personnellement, j’étais un mélange d’Alice dans Alice aux Pays des Merveilles (de Lewis Carol), et de Lady Macbeth dans la pièce Macbeth (de Shakespeare).

Il y avait des extraits de En attendant Godot de Samuel Beckett, du Journal d’un fou de Nicolas Gogol, des poèmes de François Villon, des petites phrases sorties de Tintin, des extraits d’Une maison de poupées d’Henrik Ibsen, un extrait de la Bible (l’Apocalypse selon Saint-Jean), etc. Il y avait des éléments très obscurs. Le prof nous a donné une liste de propositions de ce qu’il avait envie de voir, mais on pouvait prendre ce qu’on voulait. Le but était de rassembler différentes paroles autour d’un personnage, en trouvant des points de jonction, des carrefours communs pour créer une intersubjectivité en émulsion. On a fait en sorte d’avoir tous le même temps de parole, en ayant chacun un motif récurrent lié à l’histoire, et aux caractères de nos personnages. Ainsi quand je faisais Alice, je me faisais agresser par tout le monde en montant progressivement en pression, ce qui avait pour effet de me transformer en Lady Macbeth.

Dans la pièce de Shakespeare, Lady Macbeth tue des gens, puis commence à avoir de la culpabilité:  elle a l’impression d’avoir du sang sur les mains, ce qui nous a fait penser à la couleur rouge dans Alice aux pays des Merveilles. Les serviteurs de la reine de cœur ont planté des rosiers blancs, mais la Reine de cœur voulait des roses rouges, donc ils peignent les roses en rouge. Dans notre version j’avais une petite robe blanche et finalement, c’est moi qu’ils devaient peindre en rouge. J’étais à la fois Alice et Lady Macbeth, c’était comme deux facettes d’un même personnage.

Pour la mise en scène, on est parti du film 12 jours de Raymond Depardon, tourné dans un hôpital psychiatrique. On a pris des paroles de ce film pour qu’il y ait de vraies paroles au milieu de la fiction, en essayant de faire en sorte que tout s’enchaîne dans une même continuité. Moi par exemple, dans mon personnage d’Alice, j’ai rencontré plusieurs personnages issus de pièces différentes, et on communiquait selon nos codes respectifs. Dans une même scène je donnais une réplique d’Alice, et on pouvait me répondre en Beckett.  Les univers se croisaient, en révélant des perceptions multiples d’une réalité commune. »

Inspiration et profondeurs

« Je m’en sors assez bien pour créer dans l’émulsion d’un groupe. Quand je suis chez moi j’ai toujours plus d’idées, quand je viens d’écouter une musique ou de lire quelque chose. J’essaye de m’observer moi, d’observer les autres, de prendre des images de la vie quotidienne. Par exemple, un pote qui me raconte que sa mère s’énerve toute seule quand elle n’arrive pas à cuire une tarte, ou alors mes parents qui s’engueulent pour une affaire de salade. La question qui m’intéresse est toujours : « Qu’est-ce qu’il y a derrière ? ». Cela va de pair avec le travail d’interprétation : « qu’est-ce qui fait que mon personnage prononce ces mots ? ». Je pense qu’il faut essayer de le vivre, et le public pourra voir de lui-même ce qui se cache derrière le visible. Si les gens y sont disposés, ils recevront forcément quelque chose. On m’apprend peu à peu à dé-intellectualiser le théâtre. J’ai ce côté vachement analyse de texte, comme en Lettres; mais on essaye de m’apprendre à dire le texte, et se concentrer sur ce qu’il crée en moi. Il s’agit de revenir au corps. Si on dit un texte, c’est qu’il vient de quelque part dans le corps, il est produit par un besoin de dire quelque chose de profond, de l’incarner. »

Pour les petits gourmands-curieux, en accompagnement d’extraits vidéo du spectacle d’Alix (disponibles sur https://fb.watch/3GOfzIHfVa/)… Kipo vous propose cette semaine ses bentos végétariens!

🌿 : Végétarien

💸 : €

🍴 (1 personne) : deux tranches de pain de mie aux graines / un avocat / piment en poudre / ail en poudre / fromage blanc / ciboulette / poivre / riz / algues de nori / graines de sésame / champignons

💪 : facile

• Pour commencer, faites cuire votre riz à sushis🍣.

• Ensuite, grillez vos tranches de pain de mie. 

• Dans un bol, mélangez une à deux cuillères de fromage blanc avec un peu de ciboulette, de poivre et d’ail.

• Puis, à l’aide d’un pinceau de cuisine, badigeonnez votre préparation sur vos tranches de pain grillées🍞.

• Ensuite écrasez un avocat et mélangez-le avec le reste de votre préparation restante dans le bol. Une fois cela fait, rajoutez un peu de piment dans votre bol et mélangez bien. Libre à vous de rajouter d’autres épices si besoin🥑. 

• Mettez le tout sur le pain, refermez et voilà !

• Pour la recette des onigiris, j’ai déjà fait deux publications à ce sujet (voir le What’s Up Confinement #1) ! Ici, j’ai fait griller des champignons. Mais ma version préférée est celle du tofu cuisiné avec la sauce Maggi…

• Enfin, agrémentez votre plat avec des petites graines !

Bon appétit !

Un grand merci à Kipo et surtout à Alix, pour sa participation à l’interview! Sa conception du spectacle vivant m’a permis de me replonger dans les salles de théâtre (du moins par la pensée). Un grand « Merde ! » pour la suite, Alix! Quant à nous chers lecteurs, On’ se retrouve très bientôt pour la découverte d’un nouveau talent étudiant: portez-vous bien, et à la semaine prochaine!

Pour en savoir plus sur les recettes de Kipo et sur l’école d’Alix et la pièce de théâtre qu’elle prépare:

Alix :

Le site officiel de l’école de théâtre Studio JlMB

https://studio-jlmb.fr/

La page Facebook de l’école

https://www.facebook.com/studio.jlmb

Vidéo contenant des extraits du spectacle

https://fb.watch/3GOfzIHfVa/

Kipo :

Les recettes de Kipo sur Instagram : @__kipoo__ (https://instagram.com/__kipoo__?igshid=rpc4rt2sue4c)

Mathilda Mille

La rédaction

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