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Soi-même comme un autre : La dépersonnalisation


Crédits :PoL Úbeda Hervàs

On a tous déjà eu la tête ailleurs, dans les nuages, ce moment où la réalité physique autour de nous est perçue par nos sens de manière différente. On s’est – presque – tous un jour réveillés un lendemain de cuite avec un gros bleu sur le bras sans même la veille n’avoir pourtant ressenti une quelconque douleur lors du choc. Une sensation grisante après quelques verres de trop, des perceptions sensorielles déformées, un nuage cotonneux, un flottement qui nous parachute au-dessus du trop terre-à-terre quotidien. Le trouble de dépersonnalisation peut se rapprocher de ces phénomènes par cette sensation d’étrangeté par rapport à nous-mêmes mais s’en éloigne grandement par sa teneur hautement tragique. Nul besoin d’avoir recours à une quelconque substance pour que toutes ces émotions et sensations soient anesthésiées. Le cerveau seul, suffit à transformer ces manifestations, non pas en dépaysement mais en tragédie.

D’OÙ ÇA VIENT ?


La dépersonnalisation est un trouble psychologique provoqué par la dissociation fonctionnelle des éléments psychiques chez un individu, c’est un dysfonctionnement mental qui crée une disparition des sens. C’est un détachement de soi-même.
Que ces manifestations surviennent après un choc émotionnel, qu’elles persistent dans le temps lors d’une anxiété généralisée menant souvent à la dépression, ou qu’elles surgissent après une consommation de psychotropes, elles sont dans chaque cas tout aussi effrayantes pour l’individu.
Même si l’on sait que ce trouble touche autant les hommes que les femmes, l’explication de la difficulté à donner des chiffres exacts quant aux nombres de personnes touchées trouve sa réponse dans un article de l’Encyclopédiedie médico-chirurgicale. Comme l’expliquent Olivier Saladini et Jean-Pierre Luauté, tous deux praticiens hospitaliers : « Cette difficulté à quantifier de manière correcte le phénomène en termes de fréquence est liée à l’utilisation de critères différents de définitions. Elle est également liée à sa sous-évaluation du fait de sa co-occurrence fréquente avec une autre pathologie psychiatrique ainsi qu’à l’incapacité des dépersonnalisés à ressentir des émotions et à rapporter leurs symptômes ».

COMMENT ÇA SE TRADUIT ?

C’est l’identité même de l’individu qui est remise en question. La perception qu’il a de lui-même est mise en branle : Ça peut-être ce bras qu’il regarde, qu’il sait sien mais qu’il ne ressent plus comme lui appartenant, ou encore ce visage qu’il regarde dans le miroir mais qu’il perçoit comme le visage d’un autre. C’est un état où la personne a la sensation de flotter à coté ou au-dessus de son corps. La personne est consciente que ce corps dans lequel elle est lui appartient, mais entre cette conscience et ses sens un lien s’est rompu.
C’est après une sorte de burn-out mental que ces symptômes psychologiques dissociatifs adviennent, rendant la vie de ceux qui le vivent insipide. Imaginez cette glace, en plein été, que vous mangiez habituellement avec délectation après des heures passées au soleil. Imaginez maintenant cette même glace n’être qu’une substance sucrée, avalée sans les émotions de plaisir qui l’accompagnent habituellement. Imaginez encore cette soirée entre amis où les rires se font entendre et sont vécus par ceux qui les produisent comme une manière d’exprimer l’exaltation et la joie du moment vécu. Imaginez maintenant cette même soirée où la personne en dépersonnalisation regarde ces mêmes amis avec l’impression étrange de ne plus partager l’exaltation générale qui devrait accompagner les cris qui sortent pourtant de sa bouche. 

Voici ce que beaucoup vivent sans même encore parfois avoir mis des mots dessus. Ils prennent souvent conscience que quelque chose ne va pas mais se réfugient dans le déni, ou restent muets sur ce qu’ils vivent en espérant que ce ne soit que passager, ce qui peut l’être parfois mais pas toujours. Quoi qu’il en soit ce trouble psychologique se traite. En lisant cet article, peut-être vous êtes-vous reconnus à des degrés divers dans ces manifestations. Toutefois, seule une consultation avec un psychothérapeute permettra de diagnostiquer ou non ce trouble. À la suite du diagnostic d’un professionnel, dans les cas les plus graves, des médicaments peuvent être prescrits mais des médecines parallèles comme la mindfulness – plus communément appelée la méditation pleine conscience – ou des thérapies cognitives et comportementales, peuvent aussi être une autre manière de traiter ces manifestations. L’essentiel est de prendre en compte chaque histoire individuelle pour comprendre d’où cela provient et mettre en œuvre de la manière la plus juste possible le traitement.

Manon Martin

La rédaction

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