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Tour d’horizon #3 : Le Tchad

Notre tour d’horizon de ce mois de décembre nous amène au Tchad, avec Mohamat, un tchadien né dans la capitale, N’Djemena, il y a vingt ans. C’est que le 1er décembre marquait les 30 ans de l’accession au pouvoir d’Idriss Deby, dans un pays où les élections se suivent et se ressemblent.

Géographie

Sur une superficie de 1 284 000 km2, ce grand pays d’Afrique centrale réunit dans ses frontières des milieux très différents. Au nord, c’est le désert tandis que le sud connaît un climat semi-tropical, avec une saison des pluies. Le centre du pays est quant à lui composé de zones semi-arides. 

Le Tchad est habité par une quinzaine de millions d’habitants et ses langues officielles sont le français et l’arabe. Pourtant « 172 dialectes sont parlés. Chaque ethnie a sa langue. » me dit Mohamat. Une grande partie de la population, située plutôt dans le Nord est musulmane, et les populations chrétiennes et animistes sont réunies dans le Sud du Tchad. 

Histoire 

Et si le Tchad était le berceau de l’humanité ? C’est ce que donnent à penser les récentes découvertes de « Toumaï », un fossile qui daterait de plus de 7 millions d’années

Trois empires ont dominé l’histoire du Tchad : Le Kanem-Bornou, le Ouaddaï et le Baguirmi, plus ou moins simultanément. Le premier et le dernier ont perduré jusqu’à la prise de pouvoir d’un marchand-guerrier soudanais dénommé Rabah. Mais ce coup de force contrevient aux intérêts de la France qui le renverse au cours de la bataille de Kousseri, le 22 avril 1900. Et les quinze années suivantes sont consacrées à conquérir l’ensemble du pays – la tâche se révélant particulièrement ardue. Le Tchad passe de protectorat à colonie en 1920. C’est donc sur cette conquête guerrière que s’ouvre la période de la colonisation française, qui durera jusqu’à l’année 1960. 

Après le vote « oui » à la Constitution de la Ve République et l’accession à l’indépendance, François Tombalbaye devient le premier président du Tchad. Mais ce pouvoir suscite de nombreuses résistances et notamment celles de populations musulmanes du Nord du pays. Une rébellion est déclenchée en 1965.  

Si le pays est indépendant, l’histoire tchadienne reste rythmée par les interventions et intérêts français, d’autant que les présidents tchadiens sont soutenus par l’Etat français. C’est ainsi qu’en 1969, un corps expéditionnaire français est envoyé pour anéantir le mouvement rebelle. Débute alors la guerre civile. Cette même année, le Frolinat (Front National de Libération du Tchad) est créé. 

Tombalbaye assassiné en 1975, nombreuses sont les factions armées qui cherchent à s’approprier le pouvoir. C’est finalement le chef des Forces Armées du Nord (FAN) qui s’en empare. Dénommé Hissène Habré, il met en place une dictature qui dure entre 1982 et 1989. Des années particulièrement sombres pour le peuple tchadien, qui subit tortures et exécution, et rendant les prisons tchadiennes célèbres pour leur dureté extrême. 

Habré est finalement écarté par le coup d’état de son conseiller militaire, Idriss Deby. Au pouvoir depuis 1990, Deby est le premier président élu au suffrage universel, en 1996. Deby est encore au pouvoir aujourd’hui, depuis 30 ans

Politique 

Idriss Deby, actuel Président du Tchad

Très complexe est la situation politique actuelle. Déjà, le président a fait changer la constitution en 2005, afin de pouvoir être réélu encore et encore. Il est aussi accusé de trafiquer les résultats pour garder la présidence dans ses mains. Par conséquent, les rébellions contre le pouvoir présidentiel sont multiples. 

J’en ai parlé avec Mohamat qui a grandi au Tchad jusqu’à ses 15 ans. Lui-même vient de l’ethnie Goran Toubou. Tout de suite, il me dit qu’il est « né dans une famille où tout le monde est lié à la politique ». En effet, son oncle est devenu chef d’un groupe armé Goran, en 2006. « Avant, le pouvoir appartenait à mon ethnie, l’ethnie Goran Toubou » me dit-il ensuite. Mais que le pouvoir est maintenant aux mains d’un Zaghawa, Deby, qui est soutenu par la France. 

Mohamat me dit qu’il y a « toujours des rébellions de [son] ethnie, aidées par Kadhafi. » C’est que les intérêts des puissances limitrophes ont beaucoup d’influence. Ainsi les Goran sont soutenus par Kadhafi alors que les arabes tchadiens ont l’appui de l’ancien président Soudanais, Omar el-Bechir. 

La politique tchadienne est une affaire d’ethnies, de corruption, de rébellions et de soutiens étrangers. Et « au Tchad, si tes proches sont dans la rebellion, ils vont venir te tuer ». Il me dit aussi qu’il n’y a pas de liberté d’expression puisque les radios de la capitale sont contrôlées par l’Etat.

Des élections présidentielles sont prévues pour le 11 avril 2021. Si la constitution votée en 2018 ne permet plus au Président de se représenter indéfiniment, la forme de la loi permet à Idriss Deby de se présenter deux fois encore. Selon Mohamat, cela ne changera rien : « on va à la rébellion pour prendre par la force, parce que par le vote, ça ne marche pas. Parce qu’Idriss Deby, c’est la France qui l’a mis au pouvoir. C’est une question d’intérêts. Donc si quelqu’un veut prendre le pouvoir, il doit passer un accord avec la France. »

Economie 

Quatrième pays à l’IDH le plus faible au monde, le Tchad est pourtant riche en ressources naturelles. Très riche. Si l’économie a longtemps été majoritairement agricole, le pétrole du Tchad est exploité depuis 2003. À ce sujet, Mohamat me dit « le peuple n’a le droit à aucune de ces richesses, elles sont appropriées par des puissances étrangères ou par le Président, qui en use pour acheter des armes. »

Or, pétrole et uranium : les ressources sont abondantes dans les montagnes du Nord. Et les jeunes qui y vivent sont engagés dans des forces d’auto-défenses, pour empêcher les entreprises étrangères de s’y installer. « Tout est miné par l’ancien président et seuls les habitants d’ici connaissent la route ».

Cuisine, sport et culture

La boule, plat national

Le plat de base, c’est la boule. Une bouillie de mil est positionnée en demi-sphère sur un plat. Chacun se sert à la main et plonge son morceau dans une sauce, au Gombo, au poisson ou encore à la viande. C’est que les tchadiens mangent beaucoup de viande. Non seulement elle est de bonne qualité mais elle est aussi très peu chère : « avant, on appelait les animaux « pétrole du Tchad » parce qu’il y a en a vraiment beaucoup ». Et c’est le lait qui remporte la palme de la boisson, que ce soit du lait de vache ou du lait de chamelle, dont les vertus sont bien connues. « Il guérit même le diabète ! » proclame Mohamat. 

Dans ce pays au cœur de l’Afrique, les athlètes courent et courent encore, et la Fédération Tchadienne d’Athlétisme est bien remplie. Sans compter le football auquel nombre de jeunes tchadiens jouent. 

A l’école, c’est surtout le français qui est enseigné, si bien que la littérature tchadienne est la plupart du temps en langue française. Et dans un pays qui a été bouleversé par les guerres civiles, des auteurs cherchent à passer par leurs œuvres des messages de paix et d’unité ; ou encore une dénonciation de la dictature, comme la pièce Commandant Chaka (1983) du dramaturge Baba Moustapha. Ainsi des cœurs battent fort au cœur de l’Afrique, et essayent de faire changer les choses. 

Claire Ramazeilles

Claire Ramazeilles

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