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Agir en faveur d’une sobriété numérique

Le déploiement de la 5G a mis en avant le débat autour de la sobriété numérique, aujourd’hui plus que nécessaire en pleine crise environnementale. Quels sont les impacts écologiques du numérique ? Comment agir en tant qu’utilisateur ?

Les impacts environnementaux du numérique

L’an dernier, le think tank « The Shift Project » qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone, alertait les pouvoirs publics sur la pollution numérique engendrée par les nouvelles technologies, trop souvent sous-estimée. En 2019, le numérique a engendré 4% des gaz à effet de serre dans le monde, soit le double du transport aérien civil. 

« Le trafic de données est responsable de plus de la moitié de l’impact énergétique mondial du numérique », essentiellement représentés par les flux vidéos. Parmi ces flux vidéos, 60% concernent la vidéo en ligne. La vidéo en ligne désigne les usages « à la demande » : des fichiers vidéos d’une plateforme de diffusion (Netflix, YouTube) ou de circuits de diffusion directe (bouquets opérateurs) sans qu’ils aient été téléchargés de manière définitive. Elle consomme beaucoup d’énergie car est acheminée, avant d’arriver sur nos écrans, par de nombreux réseaux (câbles, fibre optique, modems, antennes de réseaux mobiles), qui consomment eux-mêmes de l’électricité. À titre d’exemple, les émissions de gaz à effet de serre (GES) des services de vidéo à la demande équivalent à celles du Chili. C’est aussi un support d’information dense. En effet, « 10h de film haute définition, c’est davantage de données que l’intégralité des articles en anglais de Wikipédia en format texte ! ». Au-delà de la vidéo en ligne, l’envoi de mails est énergivore car un mail parcourt en moyenne 15000 km de câbles avant d’arriver à son destinataire. Selon l’ADEME, envoyer une trentaine de mails quotidiens à plusieurs destinataires pendant 1 an consomme environ 330 kg de CO2, soit l’équivalent de plusieurs milliers de km d’essence en voiture. 

Le constat est d’autant plus alarmant que le numérique accroit sa consommation d’énergie annuelle de 9%, ce qui le conduirait à émettre 8% des émissions de GES d’ici 2025 (l’équivalent des émissions actuelles des voitures et des deux roues). Afin de respecter l’Accord de Paris qui engage les états à diminuer considérablement leurs émissions de CO2 d’ici la fin de la décennie, il devient urgent de repenser le secteur du numérique 

Déployer la sobriété numérique

Repenser le secteur du numérique, c’est déployer la sobriété numérique. C’est d’ailleurs le titre du nouveau rapport du Shift Project à l’attention des décideurs, dont l’objectif est de réduire l’empreinte écologique des nouveaux outils numériques. Pour se faire, il présente un modèle mathématique « STERN » (Smart Technologies Energy Relevance Model) qui permet aux organisations de mieux piloter leurs Systèmes d’Information en évaluant la pertinence énergétique des technologies connectées. Autrement dit, cela permet d’évaluer le coût complet des technologies (coût énergétique, infrastructures, besoin de maintenance, consommation de ressources, plus-value par rapport à des technologies non-connectées). Afin de conserver les apports essentiels du numérique, cette pertinence énergétique doit être systématiquement croisée avec l’apport social : un choix technologique est un choix social. 

« La sobriété numérique c’est passer d’un numérique instinctif à un numérique conscient et réfléchi » The Shift Project

Cette nouvelle approche du numérique doit concerner toutes les organisations avec par exemple l’instauration de réelles démarches d’entreprise (supervisées par des directions générales et du numérique) et politiques publiques (campagnes de santé publique pour prévenir l’addiction au numérique, régulation des techniques de design qui fonctionnent sur les automatismes de consommation comme l’autoplay, révision des stratégies économiques des services numériques, etc). 

Comment être « numériquement sobre » ? 

Il est possible d’agir à l’échelle individuelle en faveur de la sobriété numérique. Tout d’abord, vous pouvez privilégier la réparation à l’achat en faisant valoir votre garantie ou en vous tournant vers un Repair Café, un atelier de réparation collaboratif à votre disposition. Pour un achat, vous pouvez choisir des appareils reconditionnés. En leur donnant une seconde vie, vous évitez tous les coûts nécessaires à sa production (matières premières, transports,…). Les appareils reconditionnés sont fiables car contrairement aux appareils d’occasion, ces derniers ont été révisés et vérifiés. Ensuite, en terme de navigation sur le web, il existe des bonnes pratiques web (optimiser la taille des pièces jointes, éviter les destinataires inutiles qui multiplie par quatre l’impact environnemental du message). Enfin, il est préférable de limiter la consommation d’énergie sur les vidéos en ligne (désactiver la lecture automatique, adapter la résolution de l’image à la dimension de l’écran et privilégier les plateformes de streaming audio pour éviter les clips vidéo qui consomment davantage). 

Toutefois, cette hyperconsommation numérique dépasse les pratiques individuelles et doit être questionnée à l’échelle collective. C’est pour cette raison que les impacts des innovations technologiques doivent faire l’objet d’un débat éclairé et transparent tels que les objets connectés, la 5G, l’Intelligence Artificielle ou encore le edge computing qui est une méthode d’optimisation pour traiter les données à la périphérie du réseau.  

Aymée Nakasato

Aymee Nakasato

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