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Cobra Kai ou comment faire de la nostalgie et du fan-service son fer de lance

Fort d’un démarrage explosif sur la plateforme de Streaming Netflix suite à son récent rachat, la série Cobra Kai a des ambitions à la hauteur du projet d’origine. Réunir le casting original du film The Karate Kid (1984) pour conter la suite de ce film culte, 30 ans après : tel était le pari initial. Il est cependant projet ardu de ressusciter une licence des années après son arrêt, et beaucoup s’y sont déjà cassés les dents… Heureusement qu’il reste encore des œuvres qui nous permettent d’éviter d’en faire une vérité générale. 

Des tentatives de déterrer des licences populaires vieilles de plusieurs décennies, ce n’est pas ce qui a manqué ces dernières années. On notera par exemple Jurassic World (2015), qui se veut être le prolongement du cultissime Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg et de la saga qui s’en est suivie. Ou encore Creed (2015), la suite de la toute aussi célèbre saga Rocky de Jonh G. Avildsen. L’annonce d’une suite de son œuvre préférée peut effrayer. On se rappelle par exemple de la grande levée de boucliers d’une partie de la communauté des fans de Star Wars après l’annonce d’une nouvelle trilogie orchestrée cette fois-ci par Disney. La peur de voir son œuvre salie, dénaturalisée ou mal comprise par les gens qui en reprennent les rênes est une peur légitime qui s’illustre dans le cinéma mais aussi dans bien d’autres médias, se soldant par de nombreux échecs commerciaux et artistiques ainsi qu’une réception parfois houleuse du public. Si l’on peut se poser des questions sur l’utilité et l’apport de ces suites à des œuvres qui se sont suffi à elles-mêmes pendant des années, les considérer uniquement comme des moyens de monétiser la nostalgie des fans peut certes s’avérer exact quelques fois, mais est aussi très réducteur pour des œuvres qui ont su s’adapter à leur temps et renouveler de manière très juste l’œuvre qu’ils voulaient réhabiliter. John G. Avildsen justement, ne s’est pas arrêté à Rocky dans les années 80. Il a marqué toute une génération de son empreinte avec une autre œuvre qui trouve encore toute sa résonance aujourd’hui : The Karate Kid (1984)

Un héritage à assumer

Karate Kid, c’est l’histoire de Daniel LaRusso, jeune adolescent brimé par des camarades qu’il a eu le malheur de froisser à son arrivée en Californie. Arraché à ses repères et fréquemment molesté, Daniel s’éprend d’une jeune fille, Ali : une amourette entre les deux personnages qui représente tout un arc narratif du scénario. L’autre pan important du film,  c’est le karaté. Plus qu’un sport de combat, c’est un mode de vie que l’on peut retrouver dans tous les gestes du quotidien. Il est enseigné au héros par Miyagi, un vétéran de guerre d’origine japonaise, nouveau mentor et ami de Daniel dont on se pose encore la question des limites de sa sagesse… Brillamment incarnés par Ralph Macchio pour Daniel et Pat Morita pour Miyagi, ces personnages ont su former un des duos les plus attachants du cinéma des années 80.

Ces années 80 justement, le film en est un véritable hommage. Cela se traduit par l’ambiance si insouciante de la jeunesse de cette époque, les salles d’arcades ou le style vestimentaire si particulier pour ne citer que ça… Mais surtout par la bande originale qui arriverait presque à nous rendre nostalgique d’une époque que l’on n’a pourtant jamais connue. Encore aujourd’hui, des répliques du film sont restées culte, des musiques gravées dans nos mémoires et des mouvements comme le « Crane Kick » devenus légendaires. L’héritage était donc lourd, et l’annonce en 2018 par YouTube Premium d’une série reprenant l’opposition de Daniel Larusso et Jonnhy Lawrence 36 ans plus tard, jouée par les acteurs originaux, avait tout pour laisser perplexe. La série a pourtant réussi à rester fidèle à l’œuvre originale tout en y ajoutant sa part d’innovation. Si les deux premières saisons avaient été appréciées par leur maigre public, la série souffrait de la plateforme sur laquelle elle était diffusée. Les choses changèrent quand Netflix sentit le potentiel de la série et acheta les droits d’exclusivité de la série pour la proposer à son tour en streaming dès août 2020. 

Se renouveler sans trahir son essence

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 9 jours d’affilé au sommet du classement des programmes les plus vus de la plateforme et sixième programme le plus regardé de l’année 2020 jusqu’aujourd’hui. Un succès explosif, qui a de quoi laisser pantois au vu d’un lancement timoré sur YouTube (mais qui est totalement logique si on se penche un peu plus sur cette série). Daniel et Johnny sont désormais dans leur cinquantaine et leur vie a bien changé depuis ce tournoi qui les a vu s’opposer en 1984. Cette vieille rivalité revoit soudainement le jour, mais prend cette fois le point de vue de l’ancien « méchant » . Johnny, en quête de rédemption après avoir été mis à terre par la vie, se décide à refonder son ancien dojo « Cobra Kai ». Traitant de la transmission de flambeau à la nouvelle génération, le casting accueille une ribambelle de nouveaux acteurs tous aussi jeunes que les acteurs originaux du film de 1984 au moment du tournage. C’est là que la série se démarque. Le film original, aussi culte soit-il, parle en grande majorité à des gens qui ont aujourd’hui au moins la quarantaine, ou aux gens un peu trop curieux, au choix. Faire une série qui ne leur serait accessible qu’à eux serait synonyme d’un succès en demi-teinte, et les producteurs ont bien compris ce besoin de toucher un nouveau public. Avoir vu la première trilogie n’est qu’un plus, une clé qui permet de percevoir l’œuvre différemment tant les références disséminées au long des épisodes sont discrètes et viennent subtilement arracher un sourire mélancolique au fan de la première heure. Faire une série basée sur un film vieux de 36 ans exclusivement pour le « fan service » aurait rapidement montré ses limites, car faire plaisir aux fans en leur remémorant de joyeux souvenirs n’a pas à être une fin. Le fan service de Cobra Kai est brillant, venant pertinemment compléter l’expérience de ceux qui ont vu le film de 1984, et ne vient pas pour autant perdre le nouveau spectateur car tout est justifié et logique avec le scénario.

Véritable modèle pour tous les reboots et autres suites inespérées qui sortiraient ces prochaines années, Cobra Kai a déjà convaincu son public originel et l’a élargi de façon ambitieuse. Une saison 3 est prévue pour janvier 2021, tandis qu’une quatrième saison est déjà dans les tuyaux.

Bruno ESTEBAN GARAY

Jeanne Aulanier

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