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Pépite du FIFIB : Just 6.5, la loi de Téhéran (Metri shesh va nim) de Saeed Roustaee


Le temps d’un week-end, On’ fait le plein de films à la neuvième édition du rendez-vous automnale des cinéphiles bordelais : le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux. Retour sur l’un des coups de cœur de la Compétition Internationale : Just 6.5, la loi de Téhéran (Metri shesh va nim), deuxième long-métrage du jeune et brillant réalisateur iranien Saeed Roustaee (son premier film Perpétuité et un jour, avait connu un important succès dans les salles iraniennes).

Synopsis : Au terme d’une traque de plusieurs années et d’une série de coups fourrés, Samad, policier obstiné, met enfin la main sur le parrain de la drogue : Nasser K. Alors qu’il pensait l’affaire classée, celle-ci va prendre une tournure étrange…

Peu importe la quantité de drogue possédée, la justice iranienne la punira d’une lourde peine, allant jusqu’à la mort. Et pourtant, le chiffre 6,5 correspond aux millions de personnes qui en consomme dans tout le pays où elle circule plus ou moins facilement, venant souvent de l’Afghanistan : l’un des plus grands producteurs au monde. C’est de ce bilan que démarre alors un polar extrêmement bien maîtrisé – genre peu commun en Iran – nous emportant dès les premiers instants par une course poursuite qui coupe le souffle, transperce, bouleverse, terrifie, aussi. On le comprend rapidement, le film oscillera entre deux mondes : celui de la police, de la justice, et celui des consommateurs, des dealers. Ces derniers sont incarnés respectivement par Samad et Nasser, qui ne cesseront de se faire face, encore et encore. Mais l’on remarquera également, peu à peu, malgré toute la haine qu’ils semblent éprouver l’un pour l’autre, que leurs origines sociales ne sont pas si différentes… 

Regards documentés sur la capitale iranienne

Après une année passée auprès de la brigade des stupéfiants, de prisonniers, de trafiquants, de condamnés à mort, ou encore de juges, Saeed Roustaee débute l’écriture de cette histoire. Et cette empreinte du réel a une présence impressionnante, semblant s’imprimer au sein de nombreuses scènes, renforcée par une intention particulière pour les plans de foule, où des dizaines de visages et de mains occupent soudainement l’entièreté du cadre. Une séquence particulièrement marquante s’inscrit dans cette lignée, lorsque des policiers débarquent sur un campement de toxicomanes, afin de les embarquer au poste. C’est alors des centaines d’humains totalement éteints qui se croisent et se décroisent, corps défaillants et affaiblis, prenant place dans de sombres tonneaux gris empilés faisant office de toit.

Après leur départ du camp, Saeed Roustaee filme aussi ce lieu désormais vidé, devenant encore plus inquiétant : ces êtres errants semblent encore présents sous une autre forme, invisibles, tels des êtres fantomatiques. Un troublant constat se pose, présentant la drogue comme un refuge apaisant, un médicament contre l’anxiété et la peur pour ceux qui la consomment, face à une situation d’une extrême pauvreté. Cette scène prend encore une tournure plus forte, lorsque l’on apprend que toutes ces personnes n’étaient pas de simples figurants, et que tous ces regards sans vie sont littéralement réels.

Une histoire qui s’affranchit des codes du polar

C’est ainsi que le film s’inscrit dans un mouvement complexifiant brillamment le genre même du polar et n’en adoptant pas forcément toujours les codes. Le réalisateur met souvent en lumière un certain contexte social, et n’enlève en rien le suspens de cette intrigue. Surtout, la richesse du récit réside dans son ambiguïté, questionnant et approfondissant  toujours les origines des actes de chacun. Peu importe d’où ils viennent, peu importe le monde auquel ils appartiennent.

Ici, personne n’est diabolisé. La narration invite agilement les spectateurs à comprendre  les deux personnages très bien construits, loin de toute vision manichéenne, et travaille sur l’influence et l’impact de l’environnement sociétal et familial. Car Saeed Roustaee signe aussi et surtout une réflexion sur tout un système judiciaire répressif, qui ne parvient pas à contrôler une situation qui continue de se développer. De là se crée ce polar si singulier, confirmant bel et bien la naissance d’un grand cinéaste.
 
* Sortie le 6 janvier 2021. Produit par Boshra Film / Distribué par Wild Bunch Distribution (Iran, 2019, polar, 134 minutes).  


Anna Lodeho 

La rédaction

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