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On’ a lu : « Je me suis tue » de Mathieu Ménégaux

Avec quatre romans parus depuis 2015, l’écrivain Mathieu Ménégaux se révèle on ne peut plus prolifique. Peignant violences sexuelles et meurtres avec précision, les œuvres du jeune auteur ont été primées à plusieurs occasions, notamment par une adaptation à l’écran en 2019 par France 2. Après la lecture de Je me suis tue, son premier-né littéraire, voici notre avis sur cette Agatha Christie masculine du XXIe siècle…

Il y a quelques années, lors d’un arrêt dans une librairie chartraine, je regardais les derniers arrivages de la rentrée. Un petit post-it jaune dépassait de l’un d’eux : « Très bon livre, émouvant, belle plume. Style simple mais prenant ». Intrigué, je fis vite de regarder sa quatrième de couverture, avant d’acquérir l’ouvrage sacré « prix du meilleur roman des lecteurs de Points » pour ma bibliothèque. 

Paru en 2015 chez Grasset, Je me suis tue est ainsi le premier roman de Mathieu Ménégaux ; un essai concluant, témoin d’une œuvre déjà incisive. Débutant dans une prison pour femmes, le récit crée une combinaison aux éléments radicalement opposés : celle de la maternité et du crime. Directement, « Crime » écrase « Maman ». Une seule possibilité nous vient : quelle que soit son identité, cette femme est une « folle », devant être attrapée, jugée, incarcérée. Bref : punie pour son acte.   

Une miséricorde partielle

Néanmoins, dès le deuxième chapitre, les origines de Claire nous sont expliquées. Les informations se cherchent et s’assemblent progressivement, jusqu’à reconstituer une sorte de puzzle. Rien de bien palpitant : Parisienne, un quotidien « métro-boulot-dodo », un petit mari. Et, surtout, ce sentiment que la vie n’a plus rien à vous offrir à quarante ans. Quoique… Claire caresse toujours un espoir : porter un enfant. Seulement, malgré les tentatives, les médecins sont formels : Antoine a 99% de risques d’être stérile. 

Alors, lorsque Claire a l’occasion d’avoir la descendance dont son couple a désespérément besoin, elle saisit l’opportunité sur le vif ; même si Pierre, son bébé, n’a qu’une chance sur cent de posséder les gênes de son compagnon. Se sentant coupable en constatant la joie d’Antoine à l’idée de devenir papa, Claire, victime, a peur de perdre son mari en lui disant la vérité. Et ainsi voir son image s’éroder aux yeux de tous. Mais comment entretenir le mensonge, et feindre une mine radieuse à la naissance du nourrisson ? 

Les méfaits d’un modèle parental oppressif

Dès lors, une certaine compassion pour le personnage de Claire naît. Toujours aujourd’hui, le couple hétérosexuel est perçu comme un moyen infaillible de construire des bases familiales solides… manifestement à tort. Dans un tel contexte, quel rôle accorder à une femme ne pouvant enfanter ? Réponse de Claire : « demi-femme ». Une demi-femme noyée au milieu de Vincent et Chloé, qui la frustrent un peu plus avec leur « famille parfaite, leur conversation assommante et leur cuisine sophistiquée ». Car, dans la société de Claire, « étrangement » semblable à la nôtre, tout est fait pour complexer les femmes seules ou sans enfant.

Les sources d’un assassinat

Roman usant de procédés psychologiques, Je me suis tue ne cherche pas à excuser l’acte du meurtre, mais à expliquer ses origines. Au-delà d’une description précise, il ramène à un constat bien réel. Indirectement, il questionne sur la place des femmes dans la société : que reste-t-il d’elles, lorsqu’on les ampute de leur fonction reproductrice ? En tous les cas, vous ne sortirez pas inchangés de ce curieux roman de cent-trente-sept pages, détaillant un microcosme profond et foisonnant de violences.

Paul Philipon

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