On’

La jeunesse du monde et l’écologie

Pour ce premier grand format de l’année, nous nous sommes intéressés au rôle de la jeunesse mondiale dans la lutte contre le changement climatique. Actions, engagements, avancées, enjeux à venir : tour d’horizon du défi environnemental auquel la jeunesse souhaite apporter une réponse.

Grâce aux récentes marches pour le climat, on a tout un coup redécouvert que les jeunes avaient leur mot à dire en ce qui concerne la protection de l’environnement. Greta Thunberg, dont il n’est plus nécessaire de faire les présentations, fait certes face à  de nombreux détracteurs, mais retenir cela serait oublier l’essentiel: son message, qui dénonce de strictes vérités, et surtout  la mobilisation gigantesque des jeunes dont l’enjeu de la protection de l’environnement est majeur pour le futur plus ou moins proche. Mais qui sont-ils? Si certains ont vu d’un mauvais œil ces collégien.ne.s, lycéen.ne.s, étudiant.e.s qui désertent leur lieu d’étude le temps d’un après-midi pour aller manifester, ce sont avant tout les portes-paroles efficaces d’une cause globale, dont chacun est concerné. Par leur savoir-faire en termes de communication à travers les réseaux sociaux par exemple, ils permettent de mobiliser le plus grand nombre, et ainsi se faire entendre.  La conscientisation des enjeux environnementaux passe par l’éducation, et cela dès le plus jeune âge, pour se concrétiser dès les bancs de l’école puis à l’université. Cependant, on remarque à travers le monde les inégalités du combat écologique: si les pays riches peuvent se permettre de manifester pour le climat, beaucoup de pays en voie de développement font face à l’inefficacité des gouvernements, voire à la répression des militants.

La mobilisation de la jeunesse mondiale : où se situer aujourd’hui ?

Depuis maintenant deux ans, la jeunesse descend régulièrement dans la rue pour protester contre les changements climatiques et l’inaction des gouvernements sur cette cause. Ces mouvements ont débuté avec les « Fridays For Future » en 2018 sous l’impulsion de Greta Thunberg, l’adolescente suédoise désormais mondialement connue. Devenue le symbole du mouvement de la jeunesse pour le climat, elle véhiculait un message simple aux dirigeants du monde entier : « Écoutez la science, agissez pour le climat ». Deux années, des dizaines de manifestations (regroupant parfois plusieurs millions de personnes notamment en Allemagne) et une pandémie plus tard, où en est la jeunesse mondiale dans sa lutte ?

Le Covid-19 et la quarantaine décrétée au printemps dans une majorité des pays du monde ont bouleversé les pratiques et habitudes de la société, et le mouvement de la jeunesse pour le climat n’en a pas été exempt. Les mesures de mobilisation se sont adaptées avec notamment une numérisation de la mobilisation avec les hashtag #DigitalStrike et #ClimateStrikeOnline, des appels à publier des photos avec des pancartes sur les réseaux sociaux… Les mesures de distanciation sociale et l’interdiction des manifestations rendent compliqué l’organisation de marches pour le climat. Alors les actions sont plus périodiques et ciblées : occupation de l’espace public (comme devant la Commission européenne lors du vote de la Politique Agricole Commune), désobéissance civile, conférences sur internet… Le mouvement cible davantage les entreprises que les gouvernants, en axant le combat sur les projets non écologiques Cela a conduit une frange du mouvement à mener une action plus militante, comme on a pu le voir avec des actes dirigés contre des multinationales Domino’s Pizza ou Zara.
Malgré les difficultés de regroupement, des actions ont eu lieu un peu partout dans le monde les 25 et 26 septembre. Et tout porte à croire que la mobilisation peut – et va – continuer en dépit des contraintes. Déjà car la volonté de changement est grande, et que la jeunesse de la Terre voit son avenir personnel s’assombrir. Cette dimension individuelle est considérable selon Kathleen Rogers, présidente de l’organisation Earth Day Network, pour qui « l’une des caractéristiques des mouvements sociaux qui arrivent à leurs fins, c’est le fait que ces fins soient personnelles pour ceux qui y participent ». Par ailleurs, les jeunes vivent de manière interconnecté et maîtrisent parfaitement les outils technologiques à leur disposition. Là encore, les réseaux sociaux ont montré leur pouvoir rassembleur et leur capacité à sensibiliser le public plus jeune sur des questions de société. Enfin, le Covid-19 a exacerbé nombre de défis auxquels nos sociétés font face, avec en premier lieu l’enjeu environnemental. L’arrêt des économies et la suspension quasi intégrale des transports ont eu des effets directs et visibles sur la nature, qui apparaissent comme une lueur d’espoir. Si le changement est possible, il ne faut pas omettre que dans ce cas il était forcé et exceptionnel, ce qui amène à en relativiser l’imminence.

Jeunesse et politique : quelle place pour l’environnement ? 

Et si la mobilisation de la jeunesse passait par les urnes ? Le débat sur l’écologie s’est largement politisé ces dernières années, et les grèves pour le climat n’y sont sûrement pas pour rien. Aux dernières élections européennes, selon l’IFOP, 23 % des jeunes de 18-24 ans auraient porté leur voix sur le parti EELV. Les partis écologistes ont obtenu des scores à deux chiffres dans la plupart des pays européens, notamment en Allemagne, en Autriche, et aux Pays-Bas. Alice, étudiante à La Sorbonne, estime que « les partis écologistes ont été un échappatoire pour la jeunesse. Ils l’ont été pour moi. On ne se retrouve plus dans le clivage droite-gauche, alors on opte pour la troisième voie ». Les partis écologistes semblent être les seuls capables de comprendre les aspirations des jeunes générations.

Permettre une prise de conscience environnementale : l’enseignement de l’écologie, de l’école primaire à l’université

Et qu’en est-il des enfants ? La sensibilisation à l’environnement doit se faire dès le plus jeune âge, pour que ces enjeux soient intériorisés et les gestes écologiques soient considérés comme naturels. Pour cela, l’agenda 21 adopté à Rio en 1992 a consacré un chapitre entier relatif à l’éducation à l’environnement, et l’ONU rappelle régulièrement que cette éducation est un moyen de faire changer les mentalités. Elle vise à former à la formation d’un « éco-citoyen » c’est-à-dire d’un citoyen responsable de ses actes.
Au Liban par exemple, les réformes éducatives de 1997 (qui sont toujours d’actualité) ont intégré les thématiques environnementales et ont conduit à un développement de la sensibilité écologique des élèves. Cela se fait par le biais d’une approche transversale, souvent au moyen de la discussion. Le ministère de l’Éducation a également exigé de la part des écoles la mise en place de clubs d’environnement au sein des établissements. En Suède, la dimension morale de l’éducation à l’environnement est très forte. L’école a pour mission d’enseigner et promouvoir les valeurs à partir desquelles les élèves vont se forger une conscience écologique, afin de leur faire comprendre le respect que l’on doit à la planète. Depuis plusieurs dizaines d’années, la dimension écologique est largement intégrée aux cours de biologie dans les écoles primaires. En France, une circulaire de 1977, revue en 2004, organise l’éducation a l’environnement, avec comme objectif de rendre l’élève responsable à l’égard de l’environnement. Mais cette volonté s’est avérée compliquée, la transdisciplinarité ayant du mal à se mettre en place, et les enseignants manquant de formation sur cette thématique.

Sur les bancs de la fac, l’enseignement de l’écologie perdure, et se développe même. De nombreuses perspectives professionnelles s’ouvrent dans ce domaine, ce qui a conduit les universités à faire évoluer leur offre de formation en la matière. Celles-ci voient leur bonnes performances récompensées dans le classement du Times Higher Education consacré à l’écologie. Réalisé selon trois critères  (la recherche sur le sujet de l’écologie, la sensibilisation et la gestion responsable de l’environnement), il constitue une grille de lecture intéressante pour comparer les efforts faits par les différentes universités du monde pour lutter contre le réchauffement climatique. Au total, 376 établissements de 70 pays différents apparaissent dans le classement ; la palme revient à l’Université de British Columbia, qui projette de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 100% d’ici 2050. Là encore, la France fait partie des mauvais élèves, avec seulement une seule université de l’Hexagone parvenant à se hisser dans le top 20 (PSL). De maigres tentatives ont pourtant émergé ces dernières années, comme le label “éco-campus”, mais qui est peu exploité en raison du manque de budget.

L’inégalité d’accès au combat pour l’écologie à travers le monde: une sensibilisation environnementale à géométrie variable

 Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne en ce qui concerne la protection de l’environnement et la sensibilisation à l’écologie en général. Nous avons pu discuter avec Jessenia, une étudiante à l’Alliance Française de Managua, au Nicaragua: La préservation de l’environnement est un enjeu majeur chez nous, les jeunes. Cependant, nous nous heurtons au gouvernement qui reste inactif en ce qui concerne l’écologie. Au contraire, les politiques d’actions favorisent plutôt l’appauvrissement voire la destruction des réserves naturelles. D’ailleurs, il nous est très difficile de mener un activisme concret, quelque soit sa nature, car c’est tout simplement interdit. Celui ou celle qui s’y frotte risque la prison. “ Au Nicaragua, même s’il n’y a pas eu de marche pour le climat, le terrain de bataille a plutôt été les réseaux sociaux, qui permettent de  renseigner, de mobiliser et surtout de solidariser: “Beaucoup de jeunes connaissent Greta Thumberg qui a été à l’initiative des marches pour le climat. Grâce aux réseaux sociaux, les jeunes Nicaraguayen.ne.s peuvent prendre connaissance de toutes les actions menées par delà le monde. En revanche, il faut savoir qu’au Nicaragua une partie de la société n’a toujours pas accès à internet, ce qui rend difficile ne serait-ce que la sensibilisation au changement climatique. ” La conscientisation des jeunes, par exemple à l’université, est très faible: peu ou pas de mesures mises en place, manque d’informations à disposition des étudiants, ce qui a pour conséquence de rendre encore sceptiques un grand nombre de nicaraguayen.ne.s de la nécessité d’agir pour l’environnement: “Quand j’étais à la fac, il n’y avait pas beaucoup de mesures écologiques. En fait, la seule mesure était de jeter les déchets dans la poubelle en les triant. En général, les gens restent assez peu conscients des problèmes environnementaux. Beaucoup hésitent encore à croire que la planète est vraiment en crise.” 

Des détritus jonchent les bords du Grand lac du Nicaragua — Photo Inti Ocon AFP

Le plus grand lac d’Amérique Centrale est menacé par la déforestation et déversement quotidien de déchets, d’eaux usées et de produits chimiques.

Dans les pays pauvres et en quête de développement, la question du militantisme écologique n’existe que si la population est consciente des problèmes environnementaux. Cependant, on remarque que beaucoup se heurtent à la défaillance des institutions, qui privilégient les activités économiques en exploitant les ressources naturelles, ce qui cause de graves dégradations environnementales dont les populations sont les premières victimes. 

Romain Bouteille & Marisol Roullier

La rédaction

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.