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Penser ou panser la relation à distance ?

 À cœur battant est un film franco-israélien sorti le 30 septembre dernier, réalisé par Keren Ben Rafael avec Judith Chemla, Arieh Worthalter et Noémie Lvovsky. Entre frustration et destruction, l’histoire entre deux amoureux qui sont contraints de vivre dans deux pays différents offre une réflexion sur la distance dans les relations interpersonelles…

Résumé : Julie et Yuval s’aiment et vivent à Paris. Du jour au lendemain, ce couple fusionnel doit faire face à une séparation forcée. Lui à Tel Aviv, dans sa ville natale, elle à Paris avec leur bébé, ils continuent à vivre ensemble mais par écrans interposés. Cette vie par procuration va vite connaître ses limites. La distance mettra leur amour à rude épreuve…

Loin des yeux, près du cœur ? 

Nous, spectateurs, sommes les témoins d’un amour à distance qui s’effrite doucement mais sûrement à travers le temps… 

En nous confrontant aux différentes sentiments des personnages, À cœur battant nous donne un rôle intime, presque voyeuriste au sein du couple. Durant tout le film, nous traversons l’étape de la suspicion et de la jalousie quand Yuval demande où Julie va en soirée et avec qui. L’impuissance succède des deux côtés et le désir, souvent unilatéral. Puis l’impatience de se rejoindre, et que le mari ait ses papiers en ordre pour pouvoir retourner en France auprès de sa petite famille. Ensuite vient l’agacement et l’inquiétude quand il ne donne plus de réponse pendant plusieurs jours… C’est alors que la rage prend le dessus : la destruction du couple est désormais engagée. Le chagrin, la douleur et la nostalgie finissent par sceller leur relation. Finalement, nous pourrions penser que l’éloignement physique a pu ouvrir une brèche, et créer un éloignement sentimental entre les deux personnages. Mais alors, cette brèche aurait-elle pu être ouverte autrement ? Peut-être dans plusieurs mois, plusieurs années ou… jamais. La distance posséderait-elle un pouvoir révélateur sur les sentiments et la solidité d’une relation ? Et enfin, cette crise conjugale aurait-elle pu être évitée, ou le déterminisme de leur relation a été accélérée par cette séparation physique ?

Étroite relation avec le coronavirus 

Cette histoire semble particulièrement raisonner avec notre situation actuelle… Beaucoup d’activités doivent désormais se faire à distance et désorganise ainsi les rapports sociaux. Une distance qui peut nous offrir du recul sur nos sentiments mais qui intensifie aussi nos doutes, nos craintes. Évidemment, rien ne vaut le contact physique et la pandémie aura considérablement bouleversé nos rapports interpersonnels dans ce sens. En tout cas, quelques couples auront bien souffert de cet éloignement. Ces mêmes relations amoureuses ont indéniablement muté avec le temps et la distance devient une problématique digne d’intérêt pour les psychothérapeutes et les philosophes contemporains. Je laisserais délibérément toutes les pistes de réflexion précédentes sans réponse, mais si ces interrogations vous intéresse, il existe un article de la revue « sciences humaines » sur l’amour au XXIème siècle (https://www.scienceshumaines.com/l-amour-une-philosophie-nouvelle-pour-le-xxie-siecle_fr_31243.html). Pour avoir vu le film en avant-première (à distance), je dois avouer que ne suis pas fan du huis clos, bien que le format soit original. L’absence de bande-originale est un peu déroutante et le rythme est vraiment lent, ce qui dessert un peu l’originalité de ce format. J’ai aussi pensé qu’il serait pertinent de renommer ce film « à cœur distant » étant donné que la distance est davantage au cœur *jeu de mot* du film… 

Cynthia Zantout 

Source photo : Palikao Films 

Cynthia Zantout

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