On’

Sous l’oeil du septième art, portraits croisés d’une jeunesse militante en Iran

De la Révolution Iranienne de 1978 en passant par le Mouvement Vert de 2009, plusieurs cinéastes se sont saisi d’une vague contestataire, portée par de jeunes Iraniennes et Iraniens. À l’heure d’une montée médiatisée de soulèvements communs à plusieurs pays du Moyen-Orient, retour sur deux films engagés : Jasmine d’Alain Ughetto (2013), et Red Rose de Sepideh Farsi (2014). 

Synopsis

Jasmine prend place à la fin des années 1970, au coeur d’une révolution remplie d’espoirs et de violentes répressions, qui mènera à la chute du régime du Shah mis en place depuis 1941 par Muhammad Reza Pahlavi, et à l’instauration de la République islamique de Khomeyni. C’est avant tout le récit d’une histoire d’amour réellement vécue par le réalisateur avec une jeune Iranienne, une histoire imprégnée de voyages et d’échanges épistolaires entre la France et l’Iran.  

Quant à Red Rose, l’action se déroule en 2009 à Téhéran, à la suite de l’élection présidentielle usurpée du président Mahmoud Ahmadinedjad qui mena aux révoltes de la « Vague verte ». Le film est porté par Sara, une jeune manifestante relayant les informations anonymement sur les réseaux sociaux, au sein de l’appartement d’un homme plus âgé avec qui elle entretient une relation amoureuse. Ce dernier, Ali, observe avec une certaine distance l’engagement de Sara… 

De l’animation à la prise de vue réelle : le choix d’un angle documentaire 

Si les deux approches sont totalement différentes – Jasmine faisant le choix de l’animation en pâte à modeler, Red Rose celui de la prise de vue réelle – les deux films se rejoignent par l’insertion de vidéos prises lors de manifestations. Il y a celles qu’Alain Ughetto a filmé lors de ses voyages en Iran au moment de la Révolution de 1978, puis celles reçues par Sepideh Farsi de la part des manifestants eux-mêmes. Ces courts extraits présents dans la narration font écho aux dernières émeutes qui traversent le pays depuis le mois de novembre dernier, à la suite de l’annonce de l’augmentation du prix du carburant par le gouvernement. Plus largement, elles s’inscrivent encore dans une lignée de manifestations anti-régimes portées, en partie, par de nombreux étudiants en Irak, au Liban, ou encore en Egypte. Et si la situation de chacun de ces pays est évidemment très différente, c’est une véritable similarité que l’on peut retrouver à travers leurs revendications. 

C’est de là que s’imprime alors un rapport au réel bouleversant. Ainsi, si ces deux films sont présentés sous l’angle de la fiction, la présence de ces vidéos documentaires témoigne d’un cinéma historique, voir anthropologique : comme si ces deux récits ne pouvaient être présentés sans un retour constant à la réalité. C’est alors notre expérience en tant que spectateur qui se retrouve chamboulée. 
 

Pourtant, c’est un réel qui semble toujours être présenté par le biais d’un regard extérieur. En Iran, tourner un film nécessite l’autorisation de plusieurs autorités (de la Police au Ministère de la Culture). Une censure que Sepideh Farsi a dû contourner par un tournage délocalisé au sein d’un appartement en Grèce. Dans Red Rose, l’un des points de vue principaux est celui du personnage d’Ali, qui observe ces révoltes de loin, toujours derrière sa fenêtre, presque immobile, sans y croire, sans espoir. On comprend par la suite qu’il a connu au cours de sa jeunesse la Révolution de 1978. Mais surtout, qu’il a aussi dû endurer la déception qui avait suivie le grand espoir d’un renouveau : moteur de ces révoltes contre le pouvoir. Quant à Jasmine, le narrateur principal est le réalisateur lui-même, vivant les événements à travers le regard de celle qu’il a aimé. 

C’est justement cette distance qui se trouve être l’une des plus grandes forces de ces deux longs-métrages. Il y a à la fois le choix d’Alain Ughetto de l’animation, créant un récit poétique, extrêmement riche de l’usage de métaphores propres à ce genre : les mollah (les chefs religieux islamiques) sont représentés par des turbans, la ville de Téhéran est faite de boîtes en polystyrène et les décors de fond sont constitués de photographies. Pourtant, de ces êtres en pâte à modeler qu’il a pu créer, ce sont les cris d’espoir de tout un peuple qui s’entendent. D’un autre côté, il y a le choix de Sepideh Farsi : le personnage d’Ali en ayant comme seul lien avec l’extérieur (Sara), se retrouve finalement au coeur des enjeux mêmes de ces manifestations, l’amenant finalement à reconsidérer cette réalité dont il s’était éloigné. 

Un espoir qui perdure à travers les générations  

À travers ces deux histoires, ce sont deux générations qui se croisent : deux histoires d’amour marquées toutes deux par la communication de leur temps. En effet, pendant que Jasmine échange par le biais de lettres, Sara rend compte d’une révolution sur les réseaux sociaux. Pourtant, de ces deux films ressort un même sentiment : celui de l’espoir d’un changement, sublimement incarné par deux personnages féminins dont les convictions dépassent la peur. 

Et si aujourd’hui certaines de ces manifestations prennent de plus en plus d’ampleur au Moyen-Orient, on ne peut qu’espérer l’émergence de d’autres metteurs en scène, qui, par un regard de près ou de loin, s’inscriront comme témoignages et symboles de cet engagement… comme mémoires d’une jeunesse qui se bat. Surtout, à travers le cinéma, c’est aussi une nouvelle manière de raconter l’Histoire qui s’instaure.

Anna Lodeho 

La rédaction

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.