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Écologie politique : une montée en puissance ?

L’écologie politique s’est imposée lors des dernières élections municipales françaises, marquées par la crise sanitaire provoquée par le nouveau coronavirus, Covid-19. La France n’est pourtant pas la seule à connaître ce phénomène politique. 

Le 28 juin dernier, près de deux mois après le confinement causé par la Covid-19, les Verts se sont imposés dans différentes métropoles françaises lors du second tour des Municipales. Sans doute ont-ils bénéficié de cette crise sanitaire et de l’urgence de créer une nouvelle relation avec la biodiversité afin d’éviter notamment de nouvelles pandémies. 

Le mouvement écologiste face à l’écologie en politique 

L’écologie politique est un concept qui naît dans les années 1970, incarné par René Dumont. Cet homme, agronome, fut le premier candidat écologiste de France à se présenter à des élections – l’élection présidentielle – en 1974. Il a fallu attendre 1979 pour qu’un mouvement politique soit fondé dans ce sens, et 1984 pour que les Verts apparaissent. Enfin, en 2010, EELV naît de la fusion des Verts avec Europe Ecologie. 

Leur programme, axé sur la protection de l’environnement, de la biodiversité, sur la lutte contre le réchauffement climatique et contre la pollution entre autres, permet de proposer un nouveau « projet de société ». Europe Ecologie-Les Verts sort de sa dynamique d’écologie en politique pour s’inscrire dans une réelle volonté d’écologie politique.

L’écologie en politique représente un « ajustement du modèle néolibéral industriel et mondialisé actuel », d’après Béligh Nabli et Margot Holvoet, analystes politiques pour la revue Chronik ; tandis que l’écologie politique est plus « révolutionnaire » : décroissance, relation entre justice climatique et justice sociale, transformation en profondeur des rapports au monde et des modes de vie. Cette corrélation entre les différentes justices est par exemple présente lors des récentes manifestations du mouvement Black Lives Matter ou celui, en France, qui réclame justice pour Adama Traoré. Les militants considèrent – à juste titre – que les premiers touchés par la crise climatique sont les mêmes touchés par les inégalités croissantes, et les derniers à bénéficier de meilleures conditions de vie. 

L’écologie en politique n’est que superficielle, perpétuant le même modèle que l’on connaît aujourd’hui, tandis que la seconde voie est plus douloureuse car elle implique des changements radicaux de notre société. 

L’urgence écologique 

Pourtant, l’urgence écologique est là. Certains parlent de point de non-retour et du temps qu’il reste pour limiter les dégâts : 2020 est une année décisive. Les mouvements écologistes, notamment menés par la jeunesse, supplient les gouvernements de prendre des décisions marquantes. Malgré cela, il suffit de se pencher sur les crises dans lesquelles nous nous trouvons pour se rendre compte de cette urgence : les contacts avec les virus se multiplient, la fonte de la calotte glaciaire du Groenland est irrémédiable – et ce même si le réchauffement climatique s’arrêtait aujourd’hui -, les innombrables incendies de l’Australie à la Californie en passant par la Sibérie et l’Europe… 

Cependant, ces faits ne semblent pas interpeller les dirigeants et les lobbyistes. En effet, plusieurs mesures gouvernementales ont été prises en France, allant à l’encontre des différents mouvements, conseils de défense écologique, ou encore de la Convention citoyenne pour le climat. Récemment, l’actuelle ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a autorisé par dérogation l’usage des néonicotinoïdes dans les cultures de betteraves : des insecticides « tueurs d’abeilles », et plus généralement tueurs de pollinisateurs. Cette dérogation intervient dans un contexte où des pucerons verts, vecteurs du virus de la jaunisse, font effondrer les rendements de betteraves, mettant à mal l’industrie sucrière française. Une mesure controversée prise alors que les écologistes alertent sur la menace qui plane sur les pollinisateurs. De plus, le lobby de la chasse mène une campagne publicitaire sans précédent dans l’indifférence de la société et avec le soutien du gouvernement. 

Ces décisions – ou ce manque de décisions – vont à l’encontre du discours gouvernemental dans lequel le Premier Ministre Jean Castex affirme un tournant politique plus vert suite à la débâcle LREM lors des municipales 2020 et à la victoire des verts. 

Manifestation pour le climat à Paris, le 21 septembre 2019. Elle fut violemment réprimée par la police. © AFP / Elko Hirsch 

La victoire des verts partout en Europe 

2020 est également l’année où de nombreuses victoires autour du monde ont été accordées aux Verts. En effet, les élections municipales en France ont été marquées par une vague verte qui a emporté certaines grandes villes : Lyon, Bordeaux et Strasbourg, voire Paris où la maire Anne Hidalgo s’est alliée aux Verts pour décrocher son second mandat. En Europe, près de 80 communes sont aujourd’hui gérées par les Verts, comme Stuttgart, en Allemagne – Fritz Kuhn fut le premier maire écologiste d’une capitale régionale allemande en 2012. En 2019, c’est l’écologiste Gergely Karácsony qui est élu à la tête de la capitale hongroise, Budapest, face au parti ultra-conservateur de Viktor Orbán qui est à la tête du pays. A Amsterdam, la première femme et la première écologiste, Femke Halsema, est élue maire de la ville. Ce n’est pas simplement une vague européenne, puisqu’en Colombie, Claudia Lopez fut élue maire de Bogota le 27 octobre dernier, axant son programme sur l’environnement et les transports. 

Même si les Verts triomphent dans plusieurs métropoles mondiales ou régionales, des préjugés persistent, ce qui ne manque pas d’entacher leur crédibilité. Ils veulent se positionner comme une véritable alternative aux gouvernements, notamment en France, et un contre-pouvoir, par la même occasion. Lors des dernières journées d’été, la branche française d’EELV, par le biais de son secrétaire national Julien Bayou, a décrété la création d’un « pôle écologiste ». Selon Benjamin Lucas, le porte-parole de Génération.s – mouvement fondé par Benoît Hamon – l’important est de « convaincre les citoyens (qu’ils sont) prêts à l’exercice politique ». Les écologistes ne veulent pas encore se précipiter pour les présidentielles 2022, afin de préparer au mieux le terrain. 

L’écologie politique ne peut que se présenter comme une évidence face à l’urgence environnementale dans laquelle le monde est plongé. Les prochaines élections françaises, européennes, et même mondiales, seront décisives pour l’avenir de ce mouvement. 

Image de présentation : L’écologie dans les urnes : des municipales vertes. Illustration Adria Fruitos 

Sarah Lavoine

La rédaction

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