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Madre – La complexité d’une relation fusionnelle

Après El Reino, Rodrigo Sorogoyen revient cet été avec un drame franco-espagnol qui convie Marta Nieto, Jules Porier et Alex Brendemühl. On’ vous propose une analyse en trois parties pour revenir sur ce film autant bouleversant que déroutant…  

Synopsis : On suit le parcours d’Elena, une jeune mère espagnole qui tente de se reconstruire après la disparition de son fils de 6 ans sur une plage. Dix ans après son coup de téléphone, elle est venue s’installer dans la région de l’enlèvement où elle travaille comme serveuse dans un restaurant de bord de mer. Son existence prend encore un nouveau tournant le jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle son fils disparu. 

Une tension dramatique palpable

Le film commence par le coup de téléphone du petit Iván qui raconte qu’il ne retrouve plus son papa. C’est sa maman, interprétée par Marta Nieto, qui décroche et agit avec sang-froid : il ne surtout faut pas inquiéter le petit. L’actrice opère brillamment et de façon méthodique face à cette situation pour trouver des indices afin de le localiser. Une performance qui avec ce film qui lui aura valu trois prix de la meilleure actrice dans différents festivals espagnols ainsi qu’à la Mostra de Venise. On ressent alors toute l’urgence de la situation et assiste passivement à cette longue discussion espagnole. La tension est lourde et il est quasiment impossible de ne pas compatir dans son siège, haletant. Ensuite vient la détresse. On se met à la place de cette mère désorientée et impuissante. Les scènes vont crescendo et tout s’enchaine très rapidement, car chaque seconde est comptée. Le suspens enfin vient s’installer, et le spectateur attend impatiemment de connaitre l’issue de cette terrible situation… Un scénario juste et très bien organisé, que le réalisateur a pu avec construire avec la scénariste Isabel Peña. 

Des silences qui prêtent à réfléchir

On ressent réellement le vide dans la vie de cette femme. Personne ne parvient à combler le manque qui a été laissé. La solitude est omniprésente, même en compagnie de son conjoint (Alex Brendemühl) ou au travail. Et cette impression persiste durant un bon tiers du film… Les silences sont lourds car Elena n’est plus vraiment là, elle est absente de sa propre vie qui a désormais perdu tout son sens. L’ambiance est pesante. Les longs silences offrent néanmoins plusieurs occasions au spectateur de se questionner pendant le film ! Tandis qu’on se pose habituellement des questions à la sortie de la salle de cinéma, c’est assez déconcertant de vivre l’expérience pendant le visionnage. 

Une relation multiforme

Après avoir passé d’innombrables années dans cette seconde vie quasiment artificielle à prétendre être quelqu’un qu’elle n’est pas en réalité, ce n’est plus la femme mais bien la mère qui retrouve son essence. La relation fusionnelle qui née entre elle et cet ado (Jules Porier) qu’elle rencontre sur la plage, est semblable à une relation mère/fils dans tout ce qui a de plus naturel. Mais elle demeure inexpliquée. Parce que ce sont des inconnus avec une grande différence d’âge, ou qu’ils n’ont quasiment rien en commun… Le réalisateur joue alors avec l’ambiguïté de cette étrange – et presque dérangeante – relation, qu’on pourrait presque penser comme déviante. On se demande ce que chacun attend de l’autre. J’ai à titre personnel vécu cette fusion comme incestuelle mais le film cherche justement à réfléchir au sens profond d’une relation. De ses pluralités et de ses infinies possibilités. Plusieurs pistes de réflexion surviennent. Serait-ce du flirt ? En tout cas cela y ressemble. Est-ce une amitié ? Les personnages s’amusent beaucoup ensemble et l’adolescent offre un nouveau souffle dans la vie d’Elena. Sont-ils amants ? On pourrait le penser car tout ou presque s’en rapproche : son conjoint le jalouse, elle lit les textos du garçon en cachette, ils attendent impatiemment avant de se retrouver et les regards remplis de sens semblent tout exprimer. Est-ce enfin un lien maternel qui les unis ? Je vous dirais que sûrement (étant donné le titre du film), mais que c’est peut-être aussi toutes ses facettes-là fusionnées si l’on y pense… Elena est avant tout une mère et ne l’oubliera probablement jamais, c’est en tout cas ce qu’elle cherche à retrouver désespérément depuis tant d’années. C’est également une veuve, car sa perte est exactement semblable au deuil d’un mari décédé… Ce qui n’est sans rappeler leurs rapprochements physiques.  

Bilan : La BO composée par Olivier Arson accompagne assez pertinemment le film avec notamment le titre « Jeunesse lève-toi » de Damien Saez, qui raconte un amour vacillant et les traces indélébiles du passé. C’est une musique qui scelle la relation des deux protagonistes et célèbre une fougue juvénile à la façon d’un hymne à la liberté et à l’affranchissement comme avec cette phrase : « De ton triste sommeil, je t’en prie libère-toi » (pour évoquer l’âme perdue d’Elena). Une musique à la fois tendre, nostalgique et pleine d’espoir qui raisonne donc très bien avec le scénario. En somme, « Madre » est un film qui joue avec les codes et frôle à plusieurs reprises l’embarrassant, mais qui offre une bonne occasion pour réfléchir ! 

Cynthia Zantout 

Cynthia Zantout

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