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La banalisation du racisme anti-asiatique en France

Charles Flageul nous incite aujourd’hui à prendre conscience d’un racisme croissant envers les asiatiques. Il nous parle notamment de la talentueuse auteure Grace Ly, de la peur du COVID 19 ayant une répercussion sur les asiatiques et #JeNeSuisPasUnVirus.

Dans une interview réalisée par Konbini, Grace Ly, auteure du roman Jeune fille modèle, paru en 2018, nous rappelle que le racisme ne devrait jamais être ordinaire. Elle y dénonce les discriminations que de nombreuses personnes d’origine asiatique subissent au quotidien et y dresse une liste non-exhaustive des stéréotypes sur la communauté asiatique.

« Quand je suis dans la rue, on me dit « Ni hao ! », on me dit « Ching Cheng Chong », quand je vais au square avec mes enfants on me demande si je suis la nounou, si je suis avec un homme il arrive à des personnes de me demander combien ça coûte. »

Grace Ly

Cependant, le problème majeur est que la question du racisme anti-asiatique est très peu abordée dans notre société car il est « nourri de préjugés que l’on dit positifs. »  C’est comme s’il était rentré naturellement dans le langage quotidien et les mœurs alors qu’il ne devrait pas l’être. Et l’objectif, selon elle, est de déconstruire les stéréotypes dits « positifs » et lutter contre la banalisation du racisme anti-asiatique dans notre société.

Le racisme anti-asiatique, conséquence d’une société décomplexée

Alors qu’aujourd’hui le débat tourne exclusivement autour de la question du racisme anti-noir et des bavures policières suite à la mort brutale de Georges Floyd aux USA, on peut constater que le silence demeure quant aux problématiques du racisme « anti-jaune » en France et partout ailleurs.

Pourtant, les moqueries, les blagues systématiques ou encore les stéréotypes les plus affligeants concernant la communauté asiatique persistent encore aujourd’hui. Pire encore, on pourrait aller jusqu’à dire que le racisme anti-asiatique est devenu quasiment « ordinaire ». Toutefois, Grace Ly tient à nous interpeller sur ce paradoxe car ces deux termes « racisme » et « ordinaire » ne doivent pas, en principe, cohabiter ensemble.

La banalisation du racisme anti-asiatique est d’autant plus inquiétante car cela voudrait dire que ce racisme se trouve totalement décomplexé et que l’on ne prend pas en considération la souffrance des asiatiques face à ces préjugés. Personne n’hésite aujourd’hui à se moquer de leur accent, à commenter leur nourriture ou encore à entonner le fameux « Ching Chang Chong ».

Pour vous donner un exemple, voici une petite énumération de commentaires que les asiatiques ont l’habitude d’entendre dans leur entourage proche ou professionnel selon Grace Ly.

« Vous êtes forts en maths, vos femmes sont douces, vos hommes sont laborieux, vous êtes de bons immigrés. »

Le danger, c’est de voir ce genre de remarques, infondées et très souvent erronées, s’ancrer dans la norme et le langage quotidien. Il faudrait, selon Grace Ly, rappeler à la société que ces commentaires affectent les personnes concernées même si elle ne s’en rend pas forcément compte. Pour donner un autre exemple, Grace Ly révèle que la vie des femmes asiatiques n’est pas simple, elles sont souvent victimes d’agression sexuelle car elles ont l’image de la femme hypersexualisée que l’on voit habituellement dans les films pornographiques d’aujourd’hui. Par conséquent, le racisme anti-asiatique est très menaçant car il rassemble de très nombreux clichés qui peuvent porter préjudice aux personnes issues de la communauté asiatique.

Dans son interview pour Konbini, elle critique vivement le sketch de Gad Elmhaleh et Kev Adams dans lequel les deux humoristes reprennent les clichés asiatiques les plus traditionnels. Les yeux plissés, les blagues sur la viande de chien, l’accent surjoué et exagéré, tout y est pour déclencher l’hilarité du public. Mais s’il y en a bien une qui n’a pas plaisanté, c’est elle, Grace Ly. Elle juge ce sketch « insultant » pour la communauté car, selon elle, utiliser les stéréotypes peut parfois blesser et affecter la vie des asiatiques.

Elle rappelle que l’on peut rire mais on ne peut pas ridiculiser, humilier et rabaisser l’être humain à sa couleur de peau ou à son appartenance culturelle.  

La violence et les discriminations pendant la crise du COVID-19

Même si l’on s’accorde pour dire que le racisme anti-asiatique est un sujet assez méconnu pour les raisons que l’on vient de voir, la propagation du COVID-19 a amplifié la visibilité des réactions racistes dans notre société. En effet, depuis l’arrivée du coronavirus en Europe, le racisme anti-asiatique a atteint son paroxysme.

Depuis Décembre 2019, certains individus ont commencé à voir dans la communauté asiatique une menace pour la santé et le bien commun de tous. L’hiver dernier, en France et partout ailleurs, une vague d’amalgames et de messages anti-asiatiques a refait surface. Dans le métro bruxellois, des dizaines d’asiatiques se sont dit victimes de discrimination et d’amalgames, en France, une femme s’est fait éjecter d’un train pendant les grèves sous prétexte qu’elle était asiatique et donc porteuse du virus. Dans la rue, le regard méfiant, certains individus évitaient ou arrêtaient de respirer lorsqu’ils passaient à côté d’asiatiques.

De plus, sur les réseaux sociaux, on a pu constater la libération d’une parole raciste décomplexée, certains utilisateurs déclaraient avoir peur des asiatiques :

« À chaque fois que je croise des chinois dans la rue j’ai peur d’avoir le virus. »

« Je suis dans un resto chinois, vous pensez je vais avoir le coronavirus ? »

D’autant plus que l’origine ethnique n’a aucun lien avec le virus, chacun peut être porteur comme on l’a vu pendant la crise. Suite à cet acharnement, une internaute a lancé l’hashtag #JeNeSuisPasUnVirus pour dénoncer cette avalanche de haine à l’égard de la communauté asiatique et mettre un stop aux insultes et à l’intolérance raciales.

Tout ça pour dire que le COVID n’a pas amélioré les choses en termes de racisme anti-asiatique et qu’il serait temps pour la société de tenir compte des propos intolérants et de les condamner plutôt que de les promouvoir et les employer au quotidien.

Charles Flageul

Charles Flageul

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