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Dijon : une récupération politique flagrante

Les violences à Dijon mi-juin ont donné lieu à une récupération politique, aussi bien du côté de la droite et de l’extrême-droite que du côté de la gauche et de l’extrême-gauche, à quelques jours du scrutin du deuxième tour des municipales 2020. 

Du 12 au 16 juin dernier, des violences ont secoué la ville de Dijon. La capitale des Ducs a vu des centaines de tchétchènes se rassembler pour mener une « expédition punitive » en centre-ville ainsi que dans le quartier sensible des Grésilles. Sur fond de règlements de compte avec des dealers maghrébins, l’expédition a été menée après que ces derniers ont agressé un jeune tchétchène la veille au soir, dans le cadre d’un trafic de drogue. 

Droite et extrême-droite sur le devant de la scène

Suite aux violences à Dijon, une récupération politique de droite -voire d’extrême droite- a eu lieu, notamment suite aux vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Dès le 15 juin au soir, de nombreuses personnalités politiques ont réagi. Sur CNEWS, Eric Zemmour parle d’une « guerre des communautés » dans laquelle il voit le « résultat d’une politique d’immigration complètement dingue ». Pour le chroniqueur, le problème découlerait de l’immigration et d’individus « qui ne s’assimilent plus, parce qu’ils sont trop nombreux et ils ne le veulent pas ». Pour lui, la France doit expulser ces Tchétchènes « violents », ainsi que les « dealers maghrébins ». 

Marine Le Pen, dans la perspective des présidentielles de 2022, s’engage dans une récupération de l’événement avec la tenue d’une conférence de presse à Dijon le 16 juin, au lendemain des violences. Dans cette conférence, mal accueillie par une partie de la population dijonnaise, le service d’ordre a été assuré par des CRS et policiers. Ils ont dès lors empêché certains journalistes –notamment l’équipe de Quotidien– d’assister à l’événement. 

 Marine le Pen évoque une « exhibition d’armes de guerre », comparant ainsi la capitale des Ducs à Bagdad, voire au Far West américain du XIXe siècle, dénonçant une « humiliation ». Pourtant, Dijon est loin d’être une zone de guerre, d’autant plus que ces règlements de compte ne touchaient « que » des zones sensibles de la métropole, sur fond de crime organisé. La présidente du Rassemblement National appelle à une expulsion des acteurs de ces violences, et, en même temps, à durcir le ton sur l’immigration pour « remettre la France en ordre » en élisant son parti à la tête du pays aux prochaines élections.

Ce n’est pas seulement la présidente du parti qui s’insère dans ce contexte de récupération politique, mais tout le RN avec ses députés qui n’hésitent pas à prendre la parole sur ce sujet, comme Nicolas Bay sur CNEWS. Sur le plateau qui accueille Éric Zemmour, il a affirmé : « l’ordre républicain a été remplacé par un ordre politico-religieux : l’armistice conclue entre les tchétchènes et les maghrébins a eu lieu à la mosquée du coin avec un imam issu des Frères musulmans. On voit bien que dans ces quartiers-là, non seulement l’ordre républicain s’efface, les lois de la république ne sont plus en vigueur, mais de surcroit c’est un autre ordre, celui des barbus, qui a pris la place ». 

Mais cette récupération éléctoraliste s’inscrivait aussi dans le contexte du second tour des élections municipales. La liste Agir pour Dijon avec le candidat Emmanuel Bichot demandait un couvre-feu dans le quartier des Grésilles et rappelait les mesures que son association souhaitait mettre en place à Dijon, en opposition avec le maire sortant socialiste, François Rebsamen. Chez les plus jeunes, La Cocarde étudiante, mouvement des étudiants de droite et extrême droite de Dijon, a pointé du doigt le « communautarisme » sur Twitter  : « Dijon est devenue le théâtre d’un affrontement entre racailles armées et guerriers tchétchènes. Nous n’avons que trop cédé de terrain face au communautarisme. »

Violences à Dijon: Marine Le Pen dénonce "un séparatisme républicain affiché" 
Marine Le Pen lors de sa conférence de presse au nom du Rassemblement National, Dijon, 16 juin 2020. 

La France Insoumise face à une gauche en retrait

La droite n’a pas été la seule à réagir : dans une moindre mesure, la gauche s’est exprimée, en particulier Jean-Luc Mélenchon et le parti La France Insoumise. Les violences à Dijon s’inscrivent dans un contexte où le mouvement Black Lives Matter et la question des violences policières ont eu un écho certain en France, au même moment que les Etats-Unis. Jean-Luc Mélenchon, suite à sa proposition de désarmer la Police pour prévenir les violences et les abus, a été vivement critiqué et a tenté de se justifier. En effet, pour lui, les « gardiens de la paix n’ont pas à être armés ». En prenant exemple sur Dijon, où les policiers sont armés mais n’ont pas pu arrêter cette brutalité, il explique que ce n’est pas leur rôle, ajoutant que la lutte contre la délinquance armée incombe à des corps de police et gendarmerie spécialisés, comme le GIGN. Par la même occasion, lors de son intervention au micro de BFMTV, le député France Insoumise des Bouches-du-Rhône a avancé l’idée d’un déploiement de plus de ressources humaines aussi bien dans la Police que dans les renseignements intérieurs. 

Son président n’est pas le seul à réagir, puisque le mouvement de la France Insoumise a estimé, dans son entièreté, que les habitants du quartier des Grésilles, comme toutes et tous les Dijonnaises et Dijonnais, ont droit à la sécurité. La France Insoumise considère que le recrutement d’agents administratifs, et donc des moyens humains, permettraient de lutter plus efficacement contre le crime organisé ; ou encore en refondant l’Ecole pour miser sur l’éducation républicaine ou en éradiquant la misère et le chômage.

Cette violence découle d’un manque de moyens humains pour permettre de libérer la police et la gendarmerie, mais aussi de la hausse des inégalités socio-économiques qui entraine inexorablement chômage et misère, et donc augmentation de la délinquance. 

Malgré de nombreux désaccords, la gauche et la droite s’assemblent pour affirmer la « nécessité » d’expulser les personnalités violentes qui entachent le pacte républicain. Cette récupération politique en vue du deuxième tour des municipales, le dimanche 28 juin, n’a, pourtant, pas eu grand effet dans la métropole dijonnaise puisque son maire sortant François Rebsamen a été réélu pour un nouveau mandat, malgré les nombreuses critiques qui ont pu avoir été émises à son égard. 

Image de présentation : Des scènes de violences ont fait réagir la classe politique, parlant de « chaos » voire de « scènes de guerre ». © PHILIPPE DESMAZES / AFP

Sarah Lavoine

La rédaction

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