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Malouines / Falkland : Tensions aux portes de l’Antarctique

Depuis trente-huit ans, l’Angleterre et l’Argentine revendiquent la souveraineté des îles qu’ils nomment respectivement Falkland et Malouines. Aucun des deux Etats n’est prêt à renoncer à ses prétentions sur l’archipel ainsi qu’aux ressources qu’offre sa proximité avec l’Antarctique.  

Découvertes au XVIème siècle, puis véritablement explorées un siècle plus tard par des navigateurs britanniques, les îles Malouines sont d’abord peuplées par des français et par une colonie britannique au XVIIIème siècle. Suite à l’expulsion des premiers par les espagnols et suite au départ des anglais, les argentins installent un gouverneur et une colonie sur l’archipel en 1820. En 1833, les anglais décident de réclamer leur souveraineté sur l’archipel et délogent la communauté. Aucune action ne sera menée pendant 150 ans, jusqu’en 1982, lorsqu’une guerre éclate suite à l’invasion de l’archipel par les argentins en vue d’en obtenir le contrôle définitif. Bien que le conflit ait été remporté par les anglais, des tensions demeurent et aucune des deux nations n’accepte de renoncer aux îles litigieuses. 

Emplacement des îles Malouines (Ontheworldmap.com)

La guerre de 1982, point de départ du conflit

Le 02 avril 1982, l’Argentine envahit l’archipel et déploie son armée à Stanley, la capitale des îles. En réclamant, la souveraineté des Malouines, le gouvernement argentin tente de redorer son image dans un contexte de contestations populaires et de difficultés économiques. La guerre des Malouines éclate alors, lorsque le gouvernement de Margaret Thatcher décide riposter militairement, prenant ainsi l’Etat argentin au dépourvu. Le conflit s’étend sur environ dix semaines, cause près de mille morts et est finalement remporté par le Royaume-Uni suite à la reddition de l’Argentine. Toutefois, le gouvernement argentin n’a pas renoncé à l’archipel et continue de revendiquer sa souveraineté sur le territoire. 

Les deux Etats ont donc recours au droit international pour légitimer leur souveraineté sur l’archipel. L’Argentine se fonde sur la Déclaration des Nations Unies sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux de 1965. Par ailleurs, le comité juridique inter américain a reconnu en 1976 un « droit de souveraineté irréfutable » à l’Etat argentin sur les Malouines. Le Royaume-Uni s’appuie pour sa part sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, reconnu dans plusieurs textes juridiques et notamment la Charte des Nations Unies. Un sondage argentin mené en 1994 avait en effet révélé que 87% des habitants de l’archipel étaient opposés à toute discussion avec l’Argentine sur leur souveraineté. De plus, lors d’un référendum organisé en 2013 avec un taux de participation de 90%, 1513 Malouins avaient voté en faveur de la souveraineté britannique. Seules trois personnes avaient émis une réponse négative. 

Cette situation soulève une certaine forme de contradiction. La Déclaration des Nations Unies de 1965 reconnaît certes un droit à l’indépendance des peuples, mais cette indépendance doit être obtenue en consultant le peuple, et donc en appliquant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. D’un point de vue juridique, on pourrait plus aisément considérer que l’archipel des Malouines constitue un territoire d’outre-mer du Royaume-Uni. 

Paysage caractéristique des îles Malouines (source : unsplash)

Un archipel aux enjeux multiples

Obtenir la reconnaissance de la souveraineté sur l’archipel aurait d’abord un impact positif sur la population du pays. L’Argentine ne veut pas céder ce qu’elle considère comme une part de son territoire. La notion de terre est d’ailleurs culturellement très importante pour les argentins. Le Royaume-Uni, pour sa part, considère déjà les îles Malouines comme un territoire d’outre-mer, mais la fin du conflit aurait des conséquences positives pour le pays. Au final, les deux Etats dénoncent le colonialisme de l’autre nation. Le pays obtenant la souveraineté sur les Malouines pourrait alors se présenter comme une nation libératrice, mettant fin à l’emprise coloniale de la partie adverse.  

De surcroît, l’archipel présente un intérêt non négligeable de par son emplacement, qui offre un accès vers l’Amérique du Sud et l’Antarctique. Par ailleurs, en vertu de la Convention des Nations Unies signée à Montego Bay en 1982, les Etats sont souverains sur leurs eaux intérieures, aussi bien à la surface des eaux, que dans le sous-sol marin et l’espace aérien. L’Etat côtier peut exercer un contrôle sur l’espace maritime jusqu’à la zone contiguë, qui s’étend à environ 44 kilomètres des côtes. Obtenir la souveraineté sur l’archipel permet donc l’exploitation des ressources naturelles telles que la pêche, ce qui favorise le commerce régional. Cela permettrait au Royaume-Uni de pouvoir commercer avec les pays de l’Amérique du Sud. Mais le véritable intérêt de l’île réside dans les hydrocarbures. Des études ont en effet révélé la présence de pétrole dans le sous-sol marin autour de l’archipel. Cela offrirait une source économique très avantageuse pour les deux pays. 

Source : unsplash

Entre fierté nationale et ressources naturelles présentant un réel intérêt économique, les tensions relatives à la revendication de la souveraineté de l’archipel par le Royaume-Uni et l’Argentine semblent destinées à perdurer. L’ONU appelle régulièrement à des négociations entre les deux Etats, mais les discussions s’enlisent. Les inquiétudes des Malouins sont toutefois tournées vers les conséquences du Brexit, qui pourrait les priver de plusieurs financements européens. 

Mélanie Zabbal

Melanie Zabbal

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