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L’Europe d’Emmanuel Macron (5/5)

#5 Vision : l’après Coronavirus en Europe

La chancelière allemande, Angela Merkel, lors d’une visioconférence de presse avec le président français, Emmanuel Macron, à Berlin, le 18 mai 2020. Crédits : Kay Nietfeld/Pool via REUTERS.  (c) dpa-Pool

Emmanuel Macron et Angela Merkel lors d’une visioconférence de presse le 18 mai 2020, proposant un plan de relance européenne de 500 milliards d’euros. https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/covid-19-macron-et-merkel-proposent-lue-un-audacieux-plan-de-relance-de-500

L’Union Européenne a connu beaucoup trop de réunions de la dernière chance ces dernières décennies, ce qui a conduit à la défection des citoyens et au renforcement des divisions. Cette crise agit comme un stress test pour l’Union. Elle en ressortira grandie ou à l’agonie, avec l’idéal de cette « union toujours plus étroite entre les peuples ». Les clefs reposent comme souvent sur le couple franco-allemand et plus particulièrement sur E. Macron. Demain, nous ne savons pas. Nous ne pouvons faire que des suppositions. 

Panne au démarrage jusqu’au drame italien 

Il est indéniable que l’Union Européenne ait connu un allumage tardif démontrant une forme d’impuissance face à cette épidémie et renforçant un sentiment d’impopularité. La faute revient aux traités. Les traités européens ne donnent aucune prérogative sanitaire à une quelconque instance supranationale. Seuls les Etats membres agissent sur leur système de santé nationale. Mais le traité de Lisbonne prévoit une clause d’assistance et de défense mutuelle. Or, pendant plusieurs semaines, les Etats seuls ont agi. Aucun dirigeant européen n’a parlé au nom de l’Union, au nom d’une même voix. L’Europe était ailleurs : Michel Barnier se plaignait du fait que les négociations sur les relations futures entre le Royaume et l’Union trainaient et le Commissaire européen à l’intégration se félicitait du progrès dans les négociations en cour pour l’adhésion des Balkans. 

Le temps s’allonge toujours durant les crises. Cette crise paraissait circonscrite jusqu’à ce que l’Italie soit catastrophiquement touchée. L’Italie a appelé à l’aide. Giuseppe Conte, le Président du Conseil italien, a appelé les dirigeants européens à prendre des mesures extraordinaires. Les nations européennes s’occupant de leur pré carré ont donné le sentiment de laisser les italiens. Ce qui faisait échos aux dernières crise européennes : crise de 2008 et 2011, l’Italie a été isolée, et crise migratoire, l’Italie n’existait même plus. Sans solidarité, les liens et les raisons d’être ensemble tombent à l’eau. La guerre des masques se fait sans aucune concertation européenne, en empêchant certaines nations d’en acquérir. Chacun agit dans son propre intérêt. La libre circulation, fondement de la construction européenne, est interdite. Les pays de l’Espace Schengen ont unilatéralement fermé leurs frontières. L’Italie a reçu plus rapidement de l’aide de la Russie et de la Chine que de l’Union. 

Cette crise aura des répercussions titanesques sur les équilibres politiques, diplomatiques, stratégiques et idéologiques de la planète et l’Europe aura donné l’impression, qui restera dans l’esprit des peuples et des populistes, d’être inutile. Malgré l’inexactitude de cette impression, c’est ce qu’il restera : la paralysie et le désintérêt face à des régimes surcommuniquant leurs aides comme la Russie et la Chine pour essayer d’enterrer les idéaux Occidentaux. Cette communication, dans le monde de demain, aura profondément blessé l’Europe, et verra l’émergence par les urnes d’Etats liberticides et dictatoriaux. Les populistes seront en embuscade. Nous ne pourrons compter sur la confiance de ces régimes modifiant les faits et surtout agissant à notre encontre après assistance. Certains y voient l’achèvement, la mort de l’UE.  

Mais avec un moteur puissant 

L’Union Européenne s’est positionnée dans des domaines précis. Dès le début de la crise, la BCE a injecté des centaines de milliards d’euros de liquidité dans la zone euro et a racheté massivement des titres de dettes des Etats repoussant indirectement le problème à plus tard. La présidente de la Commission a annoncé qu’un accord sur un plan de relance économique ne devrait être adopté que vers fin mai quand la France, plus prudente, évoque cet été. L’Europe semble être un paquebot se dirigeant vers un iceberg. 

L’action a cependant été plus rapide que par le passé et beaucoup a été fait. Heureusement, car selon le FMI l’impact sur le PIB sera négatif et le chômage devrait doubler. Un plan d’aide de 500 milliards d’euros sera mis en place. Un tiers provenant de la Banque européenne d’investissement pour financer les entreprises, un tiers pour financer le chômage partiel et un tiers par le mécanisme européen de stabilité (sans exiger des réformes d’austérité, budgétaires pour les pays demandant cette aide ce qui est une première a été adopté) non sans difficultés. Le pacte de stabilité (3% de déficit maximum et 60% d’endettement global) a été suspendu, ce qui est une première. Certains y voient la fin de ce pacte pourtant inscrit dans les traités. Une aide d’urgence sanitaire de 3 milliards d’euros a été activée, le rapatriement des ressortissants européens a été cordonné par Bruxelles et l’agence rescEU a été créé pour acheter et produire massivement du matériel médical. 

Mais la crainte est sur l’après, le nouveau monde. La Commission malgré son travail pour un Green Deal va tout faire pour relancer l’économie aux détriments de certaines normes écologiques. La relance écologique, afin de résister à la tentation de solutions à court terme, n’est pas acquise malgré l’appel de 11 ministres européens de l’environnement. A ce manque de solidarité et de communication s’ajoutent les divisions territoriales européennes. Les pays de l’Est vont devoir contribuer au financement d’une crise pour laquelle ils ont eu des conséquences moindres. Les pays du Nord sont parmi les Etats ayant le mieux gérés la crise sur le continent. Les pays du Sud ont été dépassés. Tandis que la France, entre Europe du Nord et du Sud, a été dans une situation médiane emprunt des deux contextes. Les fractures régionales resurgissent au détriment de l’unité. 

Les pays du sud ont l’impression que certains Etats, actuellement plus forts économiquement, vont utiliser cette crise pour l’être encore davantage. Et ceux du Nord pensent que leurs voisins du Sud vont profiter de la pandémie pour leur léguer le fardeau de la dette qu’ils ont contractée par le passé. Les pays du Nord ont toutefois compris que les divisions sont mortelles. Seuls les Pays-Bas restent inflexibles. Les pays du Sud, soutenus par la France, veulent une mutualisation de la dette contractée au travers des coronabonds. L’intérêt serait de pouvoir bénéficier de nos faibles taux d’intérêts et chacun rembourseraient proportionnellement à son PIB la part du gâteau. L’opinion publique française est plutôt en faveur de cette idée mais ce serait oublier la conséquence sur les déficits publics déjà abyssaux, le retour de la planche à billets et surtout de l’inflation déjà perceptible menaçant la stabilité voire la survie de l’euro. Les pays du Nord, soutenus en partie par la France, voudront revenir à une politique d’austérité après l’utilisation et la création d’un fond de reconstruction des pays avec des modalités de remboursement strictes. Il s’agirait d’un retour au politique d’austérité comme en Grèce. Sauf que la Grèce a payé sa mauvaise gestion. Que payeraient les pays touchés ? De ne pas avoir prédit l’avenir…? Ces politiques éteindront le rêve et le désir européen. L’Europe ne deviendrait plus qu’un outil économique synonyme de stabilité mais de faible prospérité et d’endettement. 

Suffisamment puissant pour demain ? 

Le monde de demain sera par conséquent plus ancré dans une divisions, non plus entre communisme et capitalisme mais entre démocratie et dictature, avec moins de solidarité, un renforcement des divisions européennes, une hausse significatifs de la pollution et une économie atone. Certains prôneront une économie dématérialisée, synonyme de plus fortes inégalités que le monde actuel, quand d’autres prôneront un monde démondialisé, ce qui, tout compte fait, ne veut pas dire grand-chose. D’autres clameront la fin du néolibéralisme présent uniquement dans les pays anglophones. Demain sera encore plus difficile et égoïste. Il faudrait un homme providentiel pouvant aller de l’avant, incarnant Roosevelt lors de la crise de 1929. 

E. Macron pourrait incarner cet homme. Revenons à la centralité de notre série : la compréhension de la politique européenne du président. Il le sera par nécessité vitale. Tout d’abord car à l’image de F. Hollande ayant lié son quinquennat aux résultats du chômage, le président de la République a indirectement lié son quinquennat, en s’incarnant leader de l’Europe, aux résultats européens. Si l’Europe après cette crise parait impuissante, inefficace aux yeux de l’opinion comme cela est en train d’apparaitre, il ne sera pas réélu. Peu importe les résultats plutôt positifs qu’il a obtenu antérieurement cette crise a rabattu les cartes. Les citoyens verront son action européenne par rapport à cette crise. 

Cela demanderait un changement profond de politique afin de relancer la croissance pour au moins quelques années. Nous passerions d’une politique de l’offre à une politique de demande. Ce ne sont pas les entreprises qui auront besoin de simplicité, de baisse de salaires ou de chocs de compétitivité mais les ménages qui auront besoin de retrouver le pouvoir d’achat d’avant crise et surtout de consommer normalement. Ce qui n’arrivera qu’avec un vaccin et une relance coordonnée en Europe. Avant de revenir à une politique d’offre, il faudra créer les structures économiques stables pour la France synonyme de bien-être. Si le président de la République n’incarne pas le leadership européen, comme l’a fait A. Merkel en 2008, il restera dans l’Histoire non plus comme l’homme ayant relancé le projet européen mais comme celui l’ayant tué. Actuellement, hélas peut-être dans un intérêt politicien ou plus simplement face à difficulté de gestion de la crise sanitaire en France, son action européenne est nuancée. Il faudra noter si le président prend le risque nécessaire du pari européen ou si par avidité, il se détache de l’Europe pour ses intérêts politiques et indirectement ceux de la France. Monnet disait que « l’Europe avance toujours dans les crises ». Si cela est vrai, l’Union va faire un grand bond en avant.

Adrien-Guillaume Padovan

La rédaction

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