On’

L’Europe d’Emmanuel Macron (3/5)

L’Europe d’Emmanuel Macron est à plusieurs vitesses. Il s’agit d’une puissance supplémentaire accompagnant les autres. Une Europe fédéraliste et dont la souveraineté militaire ne serait plus dictée par les États-Unis. Telle est la vision présidentielle. Et il s’agit d’un vœu pieux.

Cette analyse constitue la troisième partie d’un ensemble de cinq articles.

Article #3 : Quels sont les progrès pour la défense européenne ?

L’OTAN et l’Europe : Vers la fin d’une Histoire complexe ?

E. Macron se heurte à de nombreuses difficultés sur la défense européenne. Cette Europe de la défense n’a jamais vraiment pu être construite et existait déjà, dans une certaine mesure, au travers de l’OTAN. Désormais, elle se heurte aux vicissitudes stratégiques étasuniennes sur l’OTAN. 

Pendant longtemps, la construction européenne de la défense paraissait inutile. Les Etats-Unis s’étaient portés garants de sa protection. Pour autant, l’Europe a essayé de construire une politique de défense avec tout d’abord la Communauté Européenne de la Défense en 1952, un échec pour plusieurs raisons qui peut être résumé par la superposition des intérêts étasuniens sur les intérêts européens (commandement par le chef de l’OTAN, quantité d’hommes limités, réarmement allemand, abandon du programme nucléaire français…) et le vote négatif par l’Assemblée Nationale du traité. 

Il parait complexe de construire un projet de défense, une capacité de guerre, pour une entité qui s’est construite sur la paix. Pour reprendre les mots du discours de la Sorbonne, l’Europe « c’est la promesse de paix, de liberté ».

Mais, cette construction a évolué au travers de la Politique de sécurité et défense commune, permettant une coopération entre États, afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale. Cette politique est coordonnée par le Haut Représentant de l’UE, Josep Borell, qui est en somme un ministre des Affaires Etrangères et de la Défense européennes. Mais, il est un ministre sans ministère, sans véritable force d’action sur le plan militaire et diplomatique

Toutefois, pour ce projet d’Europe de la défense, E. Macron bénéficie d’un tournant géopolitique et géoéconomique. Il serait faux de dire que le projet d’Europe de la Défense est réapparu suite à son élection et ses projets. L’adoption du traité de Lisbonne et surtout la présidence Obama ont marqué un tournant au travers de la doctrine du « pivot » vers l’Asie, initiée par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en 2009 pour développer les relations économiques Asie/États-Unis et retenir l’hégémonie chinoise. Ce tournant politique, renforcé par la présidence Trump, a laissé hébétés les Européens et leur a fait prendre conscience de leur solitude en termes de défense. E. Macron a saisi cette opportunité indéniablement dans une volonté de brusquer ces partenaires et de leur montrer la vérité comme avec la déclaration à The Economist sur « l’état de mort cérébrale de l’OTAN ». Les intentions de détachement de l’UE par rapport à l’OTAN se tournent vers plus d’indépendance. Cela est en tout cas inimaginable à l’heure d’aujourd’hui.

Beaucoup de projets 

Dans son discours programmatique de la Sorbonne sur l’Europe, le président de la République insiste sur trois projets dont l’essence fait écho à son passé chevènementiste et à son projet politique, un projet anti-Le Pen, de souveraineté européenne : un fonds européen de la défense, une culture stratégique commune et une initiative européenne d’intervention. Cela peut paraître très lacunaire et pompeux mais il s’agit d’actions concrètes ayant toutes été réalisées par le président de la République. Il s’agit d’un bilan exceptionnel, le plus abouti car toutes les propositions françaises ont été appliquées. 

Le 18 avril 2019, le Parlement européen a approuvé la création du Fonds Européen de la Défense. Il a pour objectif d’apporter en matière de recherche et développement un soutien financier aux projets communs de défense. Ce fonds de 13 milliards d’euros sur 7 ans permettrait de répondre à la logique de souveraineté européenne dessinée par le président. Mais les Etats-Unis ont menacé l’Europe de mesures de rétorsion. C’est une tentative supplémentaire de miner les efforts des européens pour se doter d’une défense commune. 

L’initiative européenne d’intervention permet de créer une culture stratégique commune conduisant à une meilleure cohésion entre les différentes armées nationales lors d’interventions de l’UE et donc à terme de mettre en place la conduite d’engagements opérationnels conjoints. En résumé, il s’agit de faire en sorte de constituer un noyau dur de partenaire prêt à intervenir sur le plan militaire et civil indépendant de l’UE. Pour exemple, lors du passage de l’ouragan Irma français, britanniques et néerlandais avaient agi chacun de leur côté. Une première réunion a eu lieu le 25 juin 2018 à Paris entre la ministre des Armées française, Florence Parly et neuf de ses homologues européens aboutissant à la signature d’une lettre d’intention. Les critiques sur l’OTAN ont permis à E.Macron d’approfondir et de relancer les coopérations structurées permanentes permettant de développer des collaborations dans le domaine de la défense au travers de la fabrication commune de matériel comme par exemple l’hélicoptère Tigre. L’intervention du président a permis de relancer 13 projets supplémentaires et de relancer cette coopération créée en 2007. 

En matière de sécurité

Le volet défensif s’accompagne d’un volet sécuritaire. Dans son livre programmatique Révolution, E. Macron souhaite investir dans une force commune de garde-côtes et de gardes-frontières. En somme, le Haut Fonctionnaire semble oublier que ce projet existe déjà. Il s’agit de Frontex. 

Frontex est chargé du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen. Le projet est composé de fonctionnaires à Varsovie et du corps des garde-côtes et gardes-frontières des États membres de l’espace Schengen afin de mettre en commun leurs moyens sur le terrain. Il n’y a donc rien de nouveau sur ce sujet.  

Dans le discours de la Sorbonne, le président de la République fait l’erreur de vouloir créer de nouvelles institutions chargées de la sécurité comme l’Académie Européenne du renseignement, un parquet européen, un office européen de l’asile alors que ce qui désarçonne les européens c’est le millefeuille bruxellois. 

L’un a effectivement été créé sous l’égide de la France. Le Collège Européen de renseignement a pour ambition d’associer l’ensemble des communautés du renseignement (services civils, militaires, intérieurs, extérieurs et techniques) des pays européens, les décideurs nationaux et européens et le monde académique afin de stimuler la réflexion stratégique et ainsi développer une culture commune du renseignement. Il est vrai que l’Europe manque de coordination en matière de renseignement : en témoignent les attentats de 2015 face au retard qu’a mis la Belgique à fournir des informations sur les terroristes à la France. Mais les deux autres projets sont déjà existants. La justice européenne est extrêmement organisée à Luxembourg et il existe déjà un bureau d’asile en Europe

 A l’inverse du volet défensif, le volet sécuritaire, quoique plus important pour les Européens, peut paraître lacunaire voire inexistant car il ne s’agit pour la plupart que du renforcement d’institutions existantes, pour les citoyens européens. Il est incomplet et sans nouveauté.

Mais la défense a un bilan extrêmement positif, avec de vraies nouveautés changeant la position traditionnelle de la France sur cette question qui était plutôt fermée depuis la CED, et respectant les engagements d’E. Macron. Le projet est malheureusement appauvri par les Etats-Unis. 

photo de bannière : NADAV KANDER FOR TIME

Adrien-Guillaume Padovan

La rédaction

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned invalid data.
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned invalid data.