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La romance inavouée de Matthias et Maxime

Sorti le 30 mars 2020 sur les plateformes de VOD, je voudrais revenir sur ce huitième film de Xavier Dolan sous un angle purement interprétatif. Ce drame canadien met en scène Xavier Dolan en personne, qui a décidément revêtit de nombreuses casquettes sur le plateau, outre celle de réalisateur, comédien, monteur, producteur et même de costumier ! Nous retrouvons sa fidèle protégée Anne Dorval ainsi que le séduisant Gabriel D’Almeida Freitas.

La lutte contre les éléments 

Ce qui m’a le plus marqué dans le film… ce sont les éléments. Je ne parle pas des éléments narratifs ou décoratifs, je parle des éléments naturels qui ont une place omniprésente dans la mise en scène. C’est assez troublant aux premiers abords, je vous explique. D’abord, une banale scène au lac près de la maison de vacances des jeunes amis. Les éclats de rire et la musique qui résonnent laissent flotter une atmosphère de liesse décontractée. Puis de manière plus surprenante, Matthias découvre qu’il devra partager un matelas… en eau, avec Maxime. Quelques brossages de dents et gargarismes plus tard, Matthias quitte le matelas flottant à l’aube pour plonger dans le lac. Il nage et se débat, la quiétude laisse place à la fureur et au désarroi. Dolan filme sous l’eau les jambes battantes, les bulles frémissantes en gros plan et le nageur dans une prise de vue en plongée (jeu de mot involontaire). Si j’étais psychanalyste, je dirais que Matthias fait corps avec l’eau. Après avoir embrassé son ami, ce qu’il a ressenti l’a bouleversé : il commence à lutter contre son instinct, contre les éléments. L’eau plate en apparence, est pourtant bien profonde et ses sentiments le sont autant. Une eau citronnée et une violente bagarre mère-fils plus tard (si chère au réalisateur), Matthias se rend à l’évidence dans un tourbillon de feuilles mortes. Le vent, léger, apaise les maux et c’est le tonnerre qui gronde enfin  pour célébrer haut et fort leur union… À moins que leur désir n’émane encore plus fort. Puis vient la pluie, fin de scène. Fête, intérieur, nuit. Maxime hait son visage devant un robinet. Ensuite, vient la tendresse de la neige. Elle se pose délicatement sur son visage, comme une caresse. « Bois tu assez d’eau, Max ? Aimes-tu ça, l’eau ? Oui t’aimes ça. » sont les mots de la mère de Matthias. Me voilà ravie ! Cela corrobore ma théorie sur l’eau, me suis-je dit. Enfin, avouez que ce n’est pas anodin ce genre de dialogue… Évidemment qu’il aime l’eau, quelle question idiote. L’eau est un élément vital à sa vie, elle nous compose et nous transcende à chaque moment, sans que nous le voulions. Nous pouvons la défier mais elle nous submerge. Ainsi, se résume l’amour entre ces deux hommes. Les plans qui montrent Matthias courir et nager illustre parfaitement sa fuite qui pourtant… est vouée à rejoindre son amant. 

La lutte contre les normes 

Dans ce film, il est encore question de masculinité. Les copains se charrient, ils blaguent sur le fait de se câliner entre eux comme pour assouvir un besoin de tendresse refoulé. C’est précisément de cela que parle l’histoire. Le refoulement des désirs, des sentiments homosexuels, de la fragilité et de toute autre sensibilité qui ne serait pas assez virile. Les scènes de bagarres viennent nous rappeler ce culte de la masculinité. Du côté de Maxime, sa mère l’assène de « bah alors, elle chouine ? »  Aussi dévalorisant qu’humiliant. Devoir camoufler sa fragilité devient donc une véritable blessure et assumer ses faiblesses, un devoir. Quant à Matthias, il subit la pression de devoir se caser, de monter dans une entreprise. Pourtant, les scènes au bureau montrent que son regard et ses pensées sont bien ailleurs… Il est aussi confronté au culte du mariage et des belles gonzesses dont ne cesse de parler son collègue de travail durant la scène au bar ou en boite de strip tease. En parallèle, les deux protagonistes sont excessivement passifs-agressifs l’un avec l’autre. Leur jalousie est palpable mais leurs destins sont inexorablement liés comme ce dessin de Matthias destiné à Matthias quand il était petit… Comme une preuve d’amour scellée dans le temps. Enfin un petit mot sur le montage de Dolan. Les plans accélérés et ralentis toujours aussi novateurs, beaux et émouvants mais surtout jamais inconvenants.  

Source photo : les inrocks 

Cynthia Zantout

Cynthia Zantout

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