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Europe Macron 2

L’Europe d’Emmanuel Macron (2/5)

« L’Europe est notre chance pour retrouver notre pleine souveraineté » écrit Emmanuel Macron dans son livre Révolution. Dans son duel affiché contre Marine Le Pen, E. Macron a habilement érigé la souveraineté européenne face à la souveraineté nationale. Il s’agit d’une idée se définissant par une volonté d’indépendance absolue dans l’ordre international. L’indépendance de cette Europe s’illustrerait par une économie saine, une armée apte et une démocratie renouvelée. L’économie est l’un des sujets les plus ambitieux pour le président de la République à l’échelle européenne. 

Cette analyse constitue la deuxième partie d’un ensemble de cinq articles.

Article #2 Quel bilan pour Emmanuel Macron dans la construction européenne ?

Photo de famille des dirigeants européens lors du Conseil européen des 12 et 13 décembre - Crédits : Union européenne
Photo de famille des dirigeants européens lors du Conseil européen des 12 et 13 décembre – Crédits : Union européenne https://www.touteleurope.eu/actualite/neutralite-carbone-un-accord-sans-la-pologne-pour-2050.html

Souvenirs

Remémorons-nous un peu l’année 2014. Un tournant de la rigueur est alors acté par l’arrivée de M. Valls, nommé Premier Ministre, et d’E. Macron nommé ministre de l’économie. La politique de François Hollande entre 2012 et 2014 a discrédité la France sur le plan européen. La cause est surtout due aux dissensions et au manque de solidarité entre Berlin et Paris sur tous les dossiers tels que la crise migratoire ou la Grèce. Dès les premiers jours de F. Hollande au pouvoir, la rencontre avec A. Merkel ne pouvait être bonne en raison de son soutien pour N. Sarkozy. 

De plus, le Président élu a tout fait pour renégocier le nouveau pacte budgétaire qui visait à contenir l’endettement et les déficits alors que F. Hollande souhaitait appliquer un plan économique fondée sur l’utilisation des déficits. Malgré cela, le traité a été ratifié le 11 octobre 2012. Ajoutons à cela le non-respect par la France des traités européens et l’attente par l’Allemagne de réformes structurelles majeures. La France et l’Allemagne ne pouvaient s’entendre sur les dossiers européens. C’est sur cette base qu’E. Macron a dû fonder sa vision européenne : restaurer la confiance auprès des partenaires européens. Le président de la République a alors respecté les engagements des traités et entrepris des réformes pour clamer sa vision européenne avec son discours de la Sorbonne. 

Bilan économique

Dans une zone économique dont la croissance est la plus faible parmi l’ensemble des aires économiques mondiales, le redémarrage est une priorité. Il faudrait pour cela une politique coordonnée allant au-delà de la politique budgétaire. C’est ce qu’a proposé maintes fois E. Macron avec un budget de la zone euro piloté par un nouveau Parlement. Il proposerait des taxes et impôts transnationaux et serait dirigé par un superministre des finances européens. Ce budget de la zone euro a été validé par les ministres européens et aboutira à budget opérationnel en 2021. 

Certes ce budget va exister mais on est à des années-lumière de l’idée défendue sans relâche par M. Macron. De l’aveu de la commission, il ne s’agit plus d’un budget mais d’un outil budgétaire de convergence économique et de compétitivité représentant 1 % du PIB de l’UE. On est loin des centaines de milliards d’euros qui permettrait d’amortir les chocs en cas de crise et d’investir massivement dans les projets d’avenir. Les pays du Nord, craignant que ce budget puisse financer les dérives des pays du Sud, ont modifié le projet. Le montant de l’enveloppe est dérisoire. Ce budget ne sera pas autonome mais contrôlé par la Commission européenne et ne sera alimenté par aucune taxe européenne comme celle sur les transactions financières. 

L’idée du SMIC européen a également été relancée dans le discours de la Sorbonne. La Commission européenne a annoncé le lancement d’une consultation avec ses partenaires sociaux. L’idée n’est aucunement de définir un SMIC uniforme à toute l’UE, une perspective irréaliste économiquement et politiquement. L’objectif est de bâtir un mécanisme commun de définition d’un minimum local adapté à la réalité économique de chacun. La création d’un régime européen d’assurance-chômage, fera l’objet de consultations en fin d’année.

La plus grande promesse de M. Macron pour l’Europe a été la modification de la directive travailleur détaché. Les travailleurs détachés sont des salariés réalisant une mission dans un pays de l’UE autre que celui où ils travaillent habituellement et rémunérés selon les modalités de leur pays d’origine. Ce qui aboutit à un dumping social, concurrence entre les employeurs opérée par les Etats afin d’abaisser le coût du travail, dans l’UE. En aout 2017, cette volonté de changement a créé une crise diplomatique entre Varsovie et Paris, principal pourvoyeur de travailleurs détachés en Europe. Mais l’activisme diplomatique d’E. Macron a permis d’arracher un accord en 2017 pour la modification de cette directive réduisant la durée maximale du détachement de 3 à 1 an, alignant les rémunérations des travailleurs locaux aux travailleurs détachés, renforçant les contrôles et les sanctions. L’Europe sociale avec ce bouclier européen progresse, c’est un succès indéniable pour le Président. 

Il n’y a pas eu de véritables actions françaises pour l’industrie. Toutefois, en terme d’investissement dans les technologies, les initiatives ont abouti à des actes. La France a lancé l’idée de DARPA (agence du département de la Défense des États-Unis chargée de la recherche et développement des nouvelles technologies) européenne. C’est chose faite avec le Joint European Disruptive Initiative, une initiative franco-allemande qui fédère plusieurs entreprises et institutions avec quatre objectifs principaux : le changement climatique, la santé, la transition digitale et les nouvelles frontières. L’objectif est donc de faire de l’Europe un leader technologique avec un budget de 230 millions d’euros soit 10% de celui de la DARPA… Il s’agit donc d’un bilan économique en demi-teinte avec d’un côté des projets essentiels n’ayant pas abouti au côté de sujets mineurs victorieux. Le bilan est tout autre pour la défense et la démocratie. 

Adrien-Guillaume Padovan

La rédaction

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