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La cité des eaux submergée

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, ville romantique par excellence, universellement connue pour son carnaval, Venise est en péril depuis plusieurs années. La fascinante « Sérénissime” est encore aujourd’hui à l’origine de nombreuses préoccupations et risque même de bientôt disparaître. 

Entre déferlement sauvage des touristes dans le cœur historique de la ville et crise climatique, la Cité des Doges doit faire face à des complications croissantes. Désertée par les habitants, qui la comparent désormais à un parc d’attractions faisant la joie des vacanciers, et menacée d’être engloutie par les eaux dans un futur (trop) proche, Venise est à genoux.  

Capitale mondiale du tourisme de masse

Les touristes affluent sans cesse à Venise, noircissant les ponts, les places et les rues du centre-ville. De larges paquebots de croisière déversent des marées humaines tout au long de l’année tandis que des vagues de visiteurs se propagent dans la Cité flottante. Cette augmentation constante des flux touristiques est telle que l’on commence à parler de “sur tourisme” lorsque l’on évoque la ville. Ainsi, sur la place Saint Marc, des agents sont chargés de surveiller la conduite des visiteurs, souvent tentés de laisser leurs ordures à même le sol devant le majestueux Palais des Doges, de nourrir les pigeons attirés par la masse informe devenue caractéristique du lieu, ou encore de se dénuder partiellement, voire de nager dans les canaux. Dans la ville entière, les ponts sont menacés d’effondrement par la pose de cadenas symbolisant l’amour absolu des voyageurs. Pour remédier à ce déferlement trop important de visiteurs, la ville a décidé d’instaurer une taxe d’entrée qui entrera bientôt en vigueur. On peut toutefois légitimement se demander si cela suffira à contenir ce tourisme de masse qui asphyxie la ville. Il n’est pas certain que l’instauration de cette taxe suffira à dissuader les touristes d’inonder la Reine de l’Adriatique.

Foule de touristes dans le centre historique de Venise (Reuters, RSI News)

Le mécontentement croissant des habitants

Venise voit progressivement ses habitants la déserter ou manifester leur frustration. De nombreux Vénitiens élèvent depuis plusieurs années leurs voix contre ce tourisme de masse, qui a des conséquences directes sur leurs vies. Les rues connaissent un éternel mouvement de va et vient entre les vacanciers entrant ou quittant la ville, et sont plongées dans une rumeur incessante de valises roulant sur les pavés. Les habitants, contraints de ne se déplacer qu’à pied, doivent continuellement se frayer un chemin dans la foule de chalands. La population se réduit considérablement, abandonnant les demeures historiques aux systèmes de location destinés aux visiteurs. Alors que le nombre de touristes visitant la ville par an avoisine les 30 millions, il ne reste plus que 52 mille habitants permanents dans la Cité des Ponts. A noter d’ailleurs que 5 500 logements vénitiens sont à louer sur Airbnb. Pour ne rien arranger, le coût de la vie à Venise fait partie des plus élevés en Italie. 

En conséquence, les mouvements de protestations se multiplient. Une manifestation a par exemple eu lieu en juin 2019 dans l’espoir d’interdire le passage des paquebots dans la lagune. Les Vénitiens refusent que leur cité devienne ce qu’ils surnomment déjà « VeniceLand », un nouveau Disneyland qui attirerait un nombre toujours croissant de touristes venus se divertir dans une ville dont la seule ambition serait de brasser inlassablement les visiteurs. 

Protestation contre le tourisme de masse (Simone Padovani, Getty Images)

La Cité flottante victime des eaux

Les lagunes et canaux, autrefois alliés des princes marchands vénitiens, semblent aujourd’hui se retourner contre la ville. Les phénomènes d’acqua alta (« eau haute » en italien) , accentués par le réchauffement climatique, prennent une ampleur désastreuse. Les acqua alta ont lieu depuis des siècles à Venise, lorsque le niveau de l’Adriatique augmente du fait de la marée. L’eau des canaux déborde alors et inonde la ville. Les parties les plus basses de la Cité flottante, telles que la place Saint Marc et les rues qui l’entoure, sont envahies par les eaux en premier. Ce phénomène garantit la propreté de la lagune. Mais récemment le niveau des acqua alta augmente drastiquement à cause des changements climatiques. Ainsi, en novembre 2019, près de 90% du centre a été inondé par près de deux mètres d’eau, ayant des conséquences préjudiciables pour toutes les activités commerciales. L’humidité et la forte teneur saline de l’eau de mer sont également néfastes pour les bâtiments, et plus largement pour les pierres, éléments caractéristiques de l’architecture vénitienne. Plus grave encore, l’augmentation du niveau des acqua alta fait peser la menace de l’engloutissement imminent de la cité des Doges. La seule solution pour remédier à l’inondation de la ville semble pour l’instant résider dans le projet Mose (« Moïse » en italien), qui envisage la construction de digues flottantes dans la lagune. 

Les conséquences des acqua alta ayant eu lieu en novembre 2019 (Paolo Colombatti, Rai Tgr Veneto)

Luigi Brugnaro, le maire de la ville a demandé en juin 2019 que la Cité des Doges soit inscrite sur la liste du Patrimoine mondial en péril de l’Unesco. Il s’agit selon lui de la seule façon de préserver la ville, abandonnée par les politiques italiens. Il semble en effet qu’en l’absence de solutions durables, Venise soit destinée à devenir une Atlantide moderne. 

Crédits photo de présentation : Alexandre Codarin

Mélanie Zabbal

Melanie Zabbal

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