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Portrait citadin 2 : San Pedro de Cholula, sanctuaire estudiantin cosmopolite et la ville aux cent églises

Majestueuse et historique

Une pyramide qui daterait du IIIème siècle avant Jésus-Christ surplombe la ville, hissée au rang de village magique (voir article sur les Pueblos Mágicos : https://on-media.fr/2020/02/16/lappellation-pueblo-magico-moteur-du-tourisme-mexicain/). La ville de Cholula, cousine fêtarde de Puebla se divise en deux majeures parties : San Pedro de Cholula et San Andrés de Cholula. La rue principale est la Catorce. Attention de bien compter les rues, ici on compte les parallèles en nombre pair et les rues perpendiculaires en nombre impair. Du haut de la pyramide, s’est érigée une église, dans une volonté notable de conversion par les missionnaires espagnols au XVIème siècle. L’église est couverte d’azulejos, sorte de mosaïque qui lui confèrent un côté oriental. Le temple religieux est dédié à Quetzalcoatl, dieu ‘serpent à plumes’.

 Quand on rentre dans l’église Nuestra Señora de los Remedios , jaune, couleur du soleil (n’est-ce pas une couleur rapprochant du divin?), mes narines sont immédiatement submergées par cette odeur enivrante que diffuse les lys ouverts, offerts aux visiteurs et pieux, majestueux dans leur blancheur immaculée. Et le baroque mexicain, encore plus chargé que l’espagnol au niveau pictural observe une saturation de l’espace.

Façade de l’église
Intérieur de l’église, avec bouquets de fleurs fraiches dont lys embaumant

Du haut de cette esplanade, on apprécie un très joli point de vue sur la ville, et on peut alors penser à cette dénomination que l’on colle à Cholula : la ville aux cent églises. Et de fait, des toits  bombés ou de croix se démarquent de la surface plane quand on regarde les bâtiments colorés en bas. En face, entre deux croix et un ange, le Popocatepetl (culminant à 5452 mètres) se distingue, des neiges à son sommet. J’irais le voir de plus près sous peu, en grimpant l’Iztaccihuatl, celle qu’on appelle la « femme blanche » ou « femme endormie ». Les différentes étapes de l’ascension étant nommées selon les points d’un corps féminin sensuel : tête, poitrine, genoux, pieds… La légende aztèque se plaît à raconter les aventures d’une princesse nommée Iztaccihuatl qui tomba amoureuse d’un soldat de son père, envoyé au front. On lui fit croire qu’il y mourut, et dans un geste de désespoir la princesse se donna la mort. Quand l’amant rentra et trouva le corps de  sa bien-aimée inerte, il ne s’en remit pas.  Les dieux les auraient ensuite changés en montagne, les recouvrant de neige. Iztaccihuatl culminant à 5215 mètres ressemblerait alors à une femme allongée sur le dos, et le Popocatépetl, son amant, crache encore sa rage régulièrement. 


Vue de l’Iztaccihuatl avant sa montée, on y distingue les 4 points principaux – de gauche à droite : la tête, la poitrine, les genoux et les pieds de la ‘femme endormie’ selon la légende

On se rend compte alors de la supercherie : la photographie touristique qui fait la promotion de la ville est en fait, erronée faisant d’un collage de la pyramide et du volcan, une parfaite superposition. 

Vue de l’Iztaccihuatl sur le volcan Popocatepetl


Site touristique de la ville : la photographie parfaite et un brin retouchée sur le site de l’office de tourisme de la ville, crédit photo : https://www.visitmexico.com/fr/principales-destinations/puebla/cholula

Le musée régional, hébergé dans un ancien hôpital psychiatrique érigé sous le gouvernement de Porfirio Diaz (voir aussi l’article sur l’exposition Zapata et le Palais des Beaux-Arts, monument de marbre impressionnant érigé sous la présidence de Diaz : https://on-media.fr/2020/05/25/lexposition-subversive-zapata-apres-zapata/ ). 

Celui-ci héberge des salles dédiées à la céramique artisanale (la talavera poblana-voir article Puebla), et les alebrijes, animaux multicolores en papier mâché ou bois, dotés d’une spiritualité. On les mets d’ailleurs bien à l’honneur dans le film Coco (ou de son titre original Día de Los Muertos), produit en 2017 par Disney et Pixar, où l’on suit les aventures d’un petit garçon, nommé Coco, lors de la fête des morts, notre Toussaint à nous (lien du blog wordpress de Jeanne https://wordpress.com/block-editor/post/jeannemexique.wordpress.com/102)

Alebrije sorte d’animal hybride ici un jaguar ailé, à Valladolid

Les souterrains aux allures de labyrinthe qui passent sous la pyramide lui accordent sa part de mysticisme. 

Les souterrains de la pyramide

Cossue, cosmopolite, y souffle un vent européen 

Ne manque pas les points de vue qui se targuent d’une perspective imprenable sur la pyramide, qui en fait le phare de la ville, comme pour les marins : un point d’orientation, mais aussi un point de fuite qui semble découler de l’organisation hiérarchisée d’une ville quadrillée.

De ces commerces qui foisonnent dans la ville s’en distingue la liquorería San Pedro, où on y sirote des cocktails comme des bières fraîches dans une ambiance détendue mais le décor amène un air distingué au lieu.

La façade de la licoreria San Pedro, rooftop branché de la ville avec vue sur la pyramide

Moi profitant d’une bière fraîche sur la terrasse du bar 

Les (très) vastes campus estudiantins de l’UDLAP et du Tec’ (abréviation qui vaut pour technologico) de Monterrey (pourtant situé à Cholula) achèvent de donner l’impression d’une ville cosmopolite. De fait, s’y regroupent de nombreuses nationalités sur ces pelouses vertes toujours tondues toujours au brin près. On y parle, d’ailleurs, majoritairement anglais, et non pas la langue locale. 

Volkswaggen, entreprise automobile allemande, également implantée à la périphérie de Cholula, participe au taux d’immigrants européens par l’import de salariés étrangers, mais aussi, en employant de la main d’oeuvre locale, une opportunité laborale pour eux quand on sait que le salaire moyen mexicain plafonne à 4000 pesos, soit environ 160 euros, pour des semaines avoisinant les 40 heures. Bien sûr le faible coût de la vie entre en balance avec ce qui nous semble un maigre salaire mensuel, n’excluant pas, toutefois, les difficultés à économiser, ou à joindre les deux bouts en cas de tout problème qui viendrait à survenir. 

La Catorce d’ailleurs, regorge de petits commerces et restaurants qui permettent de manger de façon diversifée, autant local, que des pizzas, des sushis, mais aussi des plats allemands, italiens, français… bref, une variété qui sait ravir les papilles des européens en retrouvant une saveur de chez eux.

Le marché, pourtant, comme tous les autres, ne paie pas de mine. Ce jour là, premier jour du mois, on y fait la queue pour payer le gaz avant qu’il ne soit coupé, ce qui paralyse les activités quotidiennes domestiques. 

Dans cette ville où j’ai vécu environ un mois, en février dernier, j’ai pu observer ce fort contraste entre les gens fortunés et ceux qui continuent de lutter pour boucler les fins de mois le plus dignement possible. J’ai pu apprécier l’artisanat varié et magnifiquement travaillé qui fait de cette ville un ‘village magique’, à l’instar de la vannerie ou des céramiques. Je me suis nourrie de la spiritualité présente par cette pyramide dominant la ville et j’ai regardé le Popocatepetl, comme lors de mes réveils à Tlaxcala, autre point de repère, celui ci minéral. 

Atelier et magasin de vente de vannerie, justifiant du statut de ‘pueblo mágico’ de la ville, ici par l’artisanat
Stand de boucherie au marché principal couvert de la ville

Jeanne Aulanier

Photos non créditées : Jeanne Aulanier

Jeanne Aulanier

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