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Les prisons brésiliennes, écoles du crime


Le Brésil est l’un des dix pays les plus violents au monde. Face au déchaînement de la criminalité, le système carcéral est en pleine explosion. Entre gangs, trafics et mutineries, la sauvagerie qui règne dans les prisons pour hommes en fait de véritables écoles du crime. Le pays doit ainsi relever le défi pénitentiaire dans un climat de violence perpétuelle.

Pays de la crainte, le Brésil connaît une hausse toujours plus importante de sa criminalité, et ce notamment du fait de l’importance du trafic de drogue. De nombreuses substances illicites y transitent en effet avant d’être exportées en Europe Centrale ou en Amérique du Nord. Ce commerce est principalement géré par des factions criminelles qui contrôlent la majorité des favelas et dont le pouvoir s’étend jusqu’au cœur des prisons. Ces groupuscules sont d’ailleurs souvent protégés par des policiers ou des gardiens corrompus. 

Les minorités font également les frais de la criminalité brésilienne. On note en effet une part très importante de féminicides, d’abus sexuels, y compris sur des enfants, et de meurtres liés à l’orientation sexuelle ou au racisme. A noter d’ailleurs que même si l’ensemble du pays est gangréné par la criminalité, la situation est particulièrement grave dans la région du Nordeste en Amazonie. Les inégalités sociales, les failles de l’éducation, le manque d’opportunités et le port d’armes illégal sont autant de facteurs qui favorisent le règne de la violence. Une société parallèle se développe alors dans les établissements pénitenciers surpeuplés, où sont incarcérés les membres de gangs adverses, qui se livrent à de nombreux trafics et n’hésitent pas à recourir à la violence. 

La guerre de factions en Amazonie dévoile la fragilité du système carcéral brésilien (Arquivo/Agencia Brasil)



Le quotidien des prisons brésiliennes

Si vous entrez dans une prison brésilienne, vous serez marqué par la vue de cellules de 5m2 surpeuplées, du linge des détenus débordant des fenêtres, et surtout par la saleté des infrastructures tombant en ruine. La sécurité des détenus comme celle des gardiens est tant bien que mal assurée dans cet univers ultra violent. Avant d’entrer dans la prison, chaque personne doit passer sous un détecteur de métaux. Les gardiens sont armés et équipés d’un gilet pare-balles, et des grilles dans les couloirs les séparent des détenus, qui doivent avancer bras croisés pour éviter tout assaut envers un prisonnier ou un membre du personnel. Les cellules sont régulièrement fouillées. Pour autant, des attaques à l’encontre de gardiens ou de détenus ont régulièrement lieu.

Mais il faut surtout craindre les factions criminelles, qui régissent en grande partie la vie des prisonniers. Au quotidien, les leaders de bande parlent affaires dans la cour. Ils ont régulièrement recours à l’intimidation, notamment lorsque certains prisonniers leur doivent de l’argent ou ne font partie d’aucune faction, et résolvent les problèmes des détenus en échange de sommes importantes. Le PCC (Premier Commando de la Capitale) demeure la faction la plus connue et la plus puissante. Elle s’apparente en fait à une véritable mafia des prisons. Ses membres, incarcérés ou non, fournissent un apport monétaire chaque mois et montent en grade en effectuant « des missions de confiance », notamment des crimes et des trafics. Cette faction prévoit souvent des actions criminelles en dehors du milieu carcéral, corrompt de nombreux gardiens et n’hésite pas à attaquer les membres des factions adverses dans une logique de guerre de territoires. 

Une mutinerie a par exemple éclaté en juillet 2019 dans une prison de Manaus, en Amazonie. Les membres du PCC ont mis le feu à un pavillon occupé par une faction locale, provoquant la mort par asphyxie de nombreux détenus. Ils se sont également livrés à des décapitations, ou à des étranglements. Ce soulèvement a été filmé par de nombreux détenus avec des téléphones portables, souvent dissimulés dans des livres ou des jouets. Le trafic d’arme est par ailleurs monnaie courante dans les prisons du Brésil : des fusils sont souvent cachés sous le sol des cellules, et sont régulièrement utilisés au cours de rébellions. 

La réalité des prisons brésiliennes : le surpeuplement des cellules (Marcos Do sacramento, Limpinho e Cheiroso)


La nécessité d’une réaffirmation du pouvoir de l’Etat au sein des prisons

Pour espérer reprendre le contrôle de cet univers chaotique, le gouvernement doit se concentrer sur l’adoption de nouvelles politiques pénitentiaires. Parmi les principaux défis à relever demeure celui des factions, qui font office de direction parallèle au sein des prisons. Les agents de l’Etat ont de fait peu d’autorités sur les détenus : ils se livrent régulièrement à des fouilles sans parvenir à mettre fin aux trafics, peuvent facilement être corrompus, et les recours à l’administration sont trop souvent longs et procéduriers. Les mutineries qui ont régulièrement lieu n’épargnent d’ailleurs pas les gardiens, qui craignent chaque jour pour leurs vies. Face à la faiblesse du pouvoir étatique, les prisonniers font appel aux factions pour régler leurs affaires. Dans certains centres pénitenciers, des chaveiros font même office de surveillants. Ces hommes condamnés à de longues peines se livrent à des activités incombant usuellement aux gardiens. Ils peuvent par exemple ouvrir et fermer les cellules, faire l’appel des détenus, les escorter et parfois même déterminer les transferts. L’Etat semble presque en retrait de l’univers carcéral brésilien. 

Une loi anti criminalité a été adoptée en décembre 2019 afin de réformer plusieurs articles du code pénal brésilien. Une nouvelle disposition hausse notamment la durée maximale de la peine restrictive de liberté de trente à quarante ans, la Constitution du Brésil excluant la réclusion criminelle à perpétuité. Cette réforme risque d’aggraver la situation de surpopulation carcérale, d’autant que des débats ont régulièrement lieu pour abaisser la majorité pénale de 18 à 16 ans. La situation pénitentiaire au Brésil semble ainsi endiguée, entre les défis relatifs au quotidien des prisons et la nécessité de punir les infractions . 

Mélanie Zabbal

Melanie Zabbal

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