On’

Yannick Agnel : « Je veux mettre une pierre humble à l’édifice de l’esport en France »

Après une brillante carrière de nageur professionnel, Yannick Agnel, double médaille d’or aux Jeux Olympiques de 2012, occupe aujourd’hui le poste de directeur sportif dans le club d’esport MCES. Passionné par les jeux vidéo depuis son plus jeune âge, On’ s’est intéressé à l’avis d’un ancien sportif de haut niveau sur l’esport et son développement, entre constats et perspectives d’avenir. Entretien.

Comment as-tu rejoint MCES ? S’agissait-il plutôt de ton initiative ou de la leur ?

Ni l’une ni l’autre . Il y a deux ans, un ami commun au fondateur de MCES et à moi même nous a mis en contact. Étant un sportif de haut niveau en reconversion et passionné par l’esport, nous étions fait pour nous entendre, et j’ai rapidement été intéressé par le projet.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de te reconvertir dans l’esport ?

Ce n’est pas mon unique reconversion, je touche à d’autres univers bien différents. L’esport fait appel à plein de domaines dans lesquels j’ai acquis de l’expérience au long de ma vie. Le sport est un milieu où il fait être passionné pour survivre, et les jeux vidéo ont longtemps représenté un échappatoire et un moyen de rester en contact avec mes amis, notamment outre-Atlantique  . Ayant l’idée de concilier ces deux passions dans un club, mais aussi de vouloir mettre une pierre humble à l’édifice de l’esport en France, c’était l’occasion rêvée de le faire avec MCES. De plus, à MCES, on a un réel équilibre entre la vie « réelle » avec de l’exercice physique notamment, et la vie « virtuelle », c’est notre marque de fabrique.

Quel est concrètement le rôle d’un directeur sportif dans l’esport ?

Je m’occupe de toute la méthodologie de l’entraînement en dehors du jeu vidéo, ainsi que tout ce qui est en rapport au médical, gérer l’état psychologique des joueurs… Je suis un peu le rouage entre les joueurs et les coachs ou autres personnels encadrants. Mon rôle est aussi d’être en croisade pour l’esport, et d’en véhiculer une image positive notamment dans les médias.

Comment penses-tu qu’il faudrait développer l’esport ? 

L’esport à haut niveau est déjà très développé aujourd’hui. Ce qu’il faut développer est la pratique amateure. La problématique qui se pose est de savoir comment proposer à des millions de joueurs un environnement sain, mais aussi social pour qu’ils ne s’enferment pas dans leur bulle. Créer des clubs de quartier pour les jeunes par exemple, permettrait aux gens de se retrouver et de pratiquer avec du bon matériel. Ils pourraient ensuite vivre des événements, faire des compétitions, et certains pourraient même se faire repérer pour rejoindre uns structure professionnelle. 

Pour l’instant  je trouve quand même que l’esport reste assez niche. Qu’est-ce qui va faire que l’esport va attirer de plus en plus de monde ?

Je ne trouve pas que ce soit niche. On parle quand même d’un monde qui a réussi à réunir 40 millions de spectateurs sur internet pour la finale des championnats du monde de League Of Legends en 2019, et qui a rempli Bercy par la même occasion.

Ce qui manque actuellement, c’est une fédération. Il y a encore du progrès à faire à ce niveau là. On a France Esports( https://www.france-esports.org/ ) qui se développe, mais c’est encore insuffisant. Il y a plein de gens qui sont prêts à se lancer, il leur faut juste des occasions, des lieux pour pratiquer. Avec MCES, on essaye de résoudre ce problème. De plus avec MCES, on résout également le problème parental qui est récurent. Les parents s’inquiètent de voir leurs enfants s’enfermer dans les jeux vidéo, mais chez nous ils savent qu’ils seront encadrés et accompagnés.

Il faudrait donc des institutions et un encadrement de la pratique en France pour la faire prospérer ?

Tout à fait. Bien que l’esport a compris qu’il pouvait exister par lui même, une fédération pourrait tout structurer et proposer un cadre stable aux joueurs. Des institutions reconnues par l’Etat apporteraient encore plus de légitimité à la discipline.

Comment faire comprendre au grand public que l’esport est une véritable discipline ? Quand on voit les commentaires sous les articles de l’Equipe par exemple, on voit que les gens sont très conservateurs . D’ailleurs est-ce que tu penses qu’on en a réellement le besoin, de convaincre ces gens ?

Il y a en réalité deux types de populations. La première, celle qui commente de façon très péjorative   les articles de l’Equipe sur l’esport, a déjà sa passion. Ils n’ont pas grandi – pour la plupart – avec les jeux vidéo et ont donc tendance a les rejeter car ils ne les comprennent pas. Les plus clairvoyants d’entre eux vont reprocher à l’esport d’exister uniquement pour le côté marketing de ce dernier, et on ne peut leur enlever cela car il est vrai que c’est un point très important dans le milieu.

La seconde population, de notre âge, comprend le rapport étroit et les similitudes entre le sport traditionnel et l’esport : la compétition et le fait de viser le haut niveau en font partie. Avec le temps, cette population grandira, et la première population comprendra que l’esport se pratique de façon saine ; ce qui est donc bien loin de l’image péjorative qu’ils se font du « geek ».

Quelle est la scène compétitive que tu préfères suivre, regarder ? 

Je pense que la plus complète et la plus développée est celle de League of Legends. Cependant je trouve celle de CSGO (Counter Strike : Global Offensive) tout aussi géniale. Le fait que ce soit un jeu violent, il faut l’admettre, le dessert un peu. (CSGO est un jeu d’équipe en 5 contre 5 où une équipe de terroristes doit poser une bombe sur un point, tandis que l’autre équipe doit les en empêcher; ndlr). Fifa est aussi très intéressant à suivre, on peut même en voir parfois sur Canal+. Après il y en a beaucoup d’autres, mais je n’ai pas le temps de tout suivre !

On voit beaucoup de sportifs (G.Monfils, C.Leclerc, même de temps en temps A.Griezmann) se lancer dans le streaming, est-ce que c’est toi aussi un domaine qui t’intéresse?

Pour être honnête, j’aurais déjà commencé à streamer pendant ce confinement si j’avais le matos nécessaire à ma disposition ainsi qu’une bonne connexion internet. Ce n’est que partie remise cependant.

Je remercie énormément Yannick Agnel de nous avoir accordé de son temps pour répondre à mes questions. Vous trouverez ci-dessous les liens vers le site de MCES pour vous renseigner sur la structure ainsi que vers son Twitter personnel.

Entretien mené par Bruno ESTEBAN GARAY

Bruno Esteban Garay

Ajouter un commentaire

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.
Logo On'

Instagram On’ Media

Instagram has returned empty data. Please check your username/hashtag.